Contrats de syndic, la liberté n’a pas de prix !

Dimanche 27 janvier 2008, dans Administration de biens

A l’heure où les pou­voirs publics prônent plus de trans­pa­rence pour les syn­dics, la pro­fes­sion devrait en pro­fi­ter pour revoir ses pra­tiques et redo­rer son bla­son. Le point de vue de Ber­nard Char­luet, consul­tant formateur.

Le Conseil natio­nal de la consom­ma­tion (CNC) a émis, le 27 sep­tembre der­nier, un avis sur « l’amélioration de la trans­pa­rence tari­faire des pres­ta­tions des syn­dics de copro­priété », fixant un cadre aux contrats de syn­dics et une liste des pres­ta­tions rele­vant nor­ma­le­ment de la ges­tion cou­rante. Mais au-delà de cet avis, c’est toute l’attitude des syn­dics qui est à revoir. Cet avis du 27 sep­tembre, enté­rine les tra­vaux confiés à un groupe de tra­vail com­posé de repré­sen­tants des pro­fes­sion­nels et des asso­cia­tions de consom­ma­teurs, sous la res­pon­sa­bi­lité de la Direc­tion géné­rale de la concur­rence, de la consom­ma­tion et de la répres­sion des fraudes. Ce tra­vail s’est ins­crit dans la lignée de tra­vaux déjà menés par la Com­mis­sion des clauses abu­sives en 1996 et le Conseil natio­nal de la consom­ma­tion en 1997, mais les avis émis à l’époque n’avaient pas reçu les suites espérées…

Des contrats encore flous

Le contrat de syn­dic est un élément essen­tiel du choix, par l’assemblée géné­rale des copro­prié­taires, de leur repré­sen­tant légal. Or, les contrats ne sont sou­mis à aucune norme et les copro­prié­taires ont beau­coup de dif­fi­cul­tés à com­pa­rer les pres­ta­tions et leurs coûts pro­po­sés par quelques 12 000 cabi­nets de syn­dics en France. Et même si on observe depuis plu­sieurs années un mou­ve­ment de concen­tra­tions autour de groupes connus (Fon­cia, Lamy, Urba­nia, Citya…), les com­pa­rai­sons n’en ont pas été facilitées.

A cette dif­fi­culté s’ajoute le « mélange » opéré par les syn­dics entre les pres­ta­tions qui relèvent de la ges­tion cou­rante –dont les hono­raires for­fai­taires sont votés en assem­blée géné­rale et connus à l’avance des copro­prié­taires– et celles qui relèvent des pres­ta­tions par­ti­cu­lières dont la pré­vi­sion est très aléa­toire. Cer­tains syn­dics n’hésitant pas à limi­ter les hono­raires de ges­tion cou­rante pour s’attirer les faveurs des copro­prié­taires, se rat­tra­pant au fil de l’année sur les fac­tu­ra­tions des pres­ta­tions par­ti­cu­lières. Aujourd’hui, cet avis du Conseil natio­nal de la consom­ma­tion fixe une liste des pres­ta­tions qui doivent entrer dans la ges­tion courante.

Il faut recon­naître que cette liste ne dif­fère pas fon­da­men­ta­le­ment de celle qui figu­rait déjà dans l’avis de 1997 du même organisme…et les asso­cia­tions de consom­ma­teurs ont beau jeu de faire valoir que ce nou­vel avis risque d’être aussi peu suivi que le pré­cé­dent ! Sauf que la conclu­sion du nou­vel avis met les syn­dics devant leurs res­pon­sa­bi­li­tés : la DGCCDF fera, fin 2008, un bilan de l’application de l’avis et, en cas de non res­pect, le ministre publiera un arrêté de publi­cité des prix !

A la recherche de la ren­ta­bi­lité perdue

Il est cer­tain que l’activité de syn­dic de copro­priété est net­te­ment moins ren­table que les autres métiers de l’immobilier (tran­sac­tion et gérance loca­tive notam­ment) et ne dégage que de très faibles marges. Les frais de per­son­nel y sont plus élevés, notam­ment à cause de la charge de tra­vail et des horaires « exten­sibles » des assem­blées géné­rales tar­dives et des nom­breuses réunions avec les conseils syn­di­caux. Et, de plus, les syn­dics ne fac­turent sou­vent qu’une par­tie des hono­raires qui leur sont nor­ma­le­ment dus au regard de leurs contrats.

La charge de tra­vail, la ges­tion dif­fi­cile des emplois du temps, la pres­sion des conseils syn­di­caux, en sont res­pon­sables. La crainte aussi de se voir mis en concur­rence. Mais un syn­di­cat de copro­prié­taires ne quitte pas un syn­dic parce qu’il est cher. On change de syn­dic quand on estime qu’il ne rem­plit pas cor­rec­te­ment sa mis­sion, autre­ment dit, qu’il ne fait pas son tra­vail, ce qui est différent.

 On observe aussi, depuis plus de dix ans, une charge de tra­vail qui s’intensifie sous l’action pro­li­fique du légis­la­teur – diag­nos­tics obli­ga­toires, car­net d’entretien, pro­tec­tion du per­son­nel, nou­velles règles comp­tables…- autant de nou­velles tâches pour les­quelles les syn­dics n’ont pas rééva­lué sen­si­ble­ment leurs honoraires.

Et si le cou­rage était au rendez-vous ?

Depuis quelques années, la pres­sion d’associations de consom­ma­teurs est plus pesante et l’on observe que les syn­dics font «pro­fil bas». Ces der­niers sont constam­ment sur la défen­sive devant des cri­tiques venant le plus sou­vent de per­sonnes sans dis­cer­ne­ment et qui n’ont aucune connais­sance «pra­tique» du métier. Ce métier est com­plexe, il demande beau­coup de qua­li­tés, de connais­sances, de cou­rage, d’abnégation…mais qui met en lumière la valeur de ces femmes et de ces hommes ? Ils sont confron­tés quo­ti­dien­ne­ment aux syn­di­cats de copro­prié­taires qui sont, cha­cun, une repré­sen­ta­tion minia­ture de notre société avec tout ce qu’elle porte d’intérêt mais aussi de désagréments…dans les rela­tions humaines. Ces hommes et femmes méritent beau­coup mieux que le silence assour­dis­sant uni­que­ment inter­rompu par des critiques.

Qui osera un jour prendre une posi­tion cou­ra­geuse pour valo­ri­ser ce métier et ceux qui le pra­tiquent ? Pour le faire rému­né­rer à son juste prix ? Et si cet avis du Conseil natio­nal de la consom­ma­tion, qui se doit d’être res­pecté, était l’occasion à sai­sir par les syn­dics pour enfin redé­fi­nir le péri­mètre de leurs rela­tions avec les copro­prié­taires, se recen­trer sur le coeur de leur métier et de leur mis­sion, valo­ri­ser et posi­ti­ver leur action, et redé­fi­nir le vrai prix de leurs pres­ta­tions. Et pré­ser­ver ainsi cette liberté des prix et de la concur­rence qu’il serait irres­pon­sable d’aliéner.

Ber­nard CHARLUET

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Voir aussi :

  1. Les syn­dics priés de cla­ri­fier leur tarification
  2. Mr Novelli recon­nait les efforts des syndics
  3. Benoist Apparu et Hervé Novelli au pre­mier Congrès de l’Union des Syn­di­cats de l’Immobilier (UNIS)
  4. Bercy épingle les agents immobiliers

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