Entre espoir et désespoir

Mercredi 14 janvier 2009, dans Conjoncture

Les der­niers mois de l’année 2008 ont été par­ti­cu­liè­re­ment mauvais.

La pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers a enre­gis­tré un nou­veau recul, plus pro­noncé encore que celui de l’été. Et le mar­ché de l’ancien a confirmé son dévissage.

L’année 2009 com­mence cepen­dant avec une note d’espoir, les taux d’intérêt reculent vite et fort…

Dès novembre 2008, la hausse des taux des prêts du sec­teur concur­ren­tiel (hors assu­rance et coût des sûre­tés) s’est interrompue.

Les taux s’étaient alors établis à 5,15 % en moyenne, contre 5,14 % en octobre : ils avaient ainsi pris 51 points de base depuis le début de l’année 2008.

En décembre, le mou­ve­ment de repli des taux des cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers s’est enclen­ché et il est rapide, la plu­part des établis­se­ments de cré­dit ayant ainsi choisi de redy­na­mi­ser le mar­ché (une baisse des taux de 100 points de base est équi­va­lente en terme de sol­va­bi­lité de la demande à une baisse des prix de l’ordre de 10 %).

Alors que les banques n’avaient remonté leurs taux que len­te­ment et de façon modé­rée entre mai et octobre, afin de limi­ter l’ampleur de la réces­sion des mar­chés immo­bi­liers, la baisse est forte : en jan­vier, les taux se sont établis en moyenne à 4,78 % (4,72 % pour l’accession dans le neuf et 4,75 % pour l’accession dans l’ancien).

En deux mois, les taux ont donc reculé de 37 points de base : une telle baisse n’avait pas été obser­vée depuis 1993 !

«Les mar­chés devraient pour­voir se res­sai­sir en 2010, le plan de relance pou­vant alors pro­duire les effets atten­dus, notam­ment lorsque l’appareil de pro­duc­tion du sec­teur aura retrouvé ses pleines capacités.»

Durées de prêts plus courtes

En outre, si en 2007 l’allongement des durées avait été au total de l’ordre de huit mois, dès l’automne le mou­ve­ment avait com­mencé à s’inverser pour amor­cer un lent recul.

Le repli s’est accé­léré depuis le début de 2008 : il a été de l’ordre de huit mois au total sur l’ensemble de l’année.

Au-delà des fluc­tua­tions qui se constatent d’un mois sur l’autre, le mou­ve­ment de rac­cour­cis­se­ment des durées s’est alors pour­suivi en jan­vier 2009 : la ten­dance à la baisse des taux per­met en effet cela, sans risque d’altération de la sol­va­bi­lité des emprun teurs.

Dans ce contexte et quelle que soit la  réfé­rence prise, les condi­tions de cré­dit se sont donc amé­lio­rées depuis novembre 2008 : le niveau des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal emprunté s’est en effet réduit de 4 % en deux mois !

Et, même en dépit des évolu­tions inter­ve­nues jusqu’en octobre der­nier, le niveau est main­te­nant revenu à celui du prin­temps 2006.

La baisse du coût moyen des opé­ra­tions réa­li­sée s’est ajou­tée à cela : – 1,6 % en jan­vier 2009 sur un an, contre – 1,8 % en 2008, après + 3,6 % en 2007 et + 7,9 % en 2006.

Il est vrai que, en ce début d’année 2009, les ménages qui ont réa­lisé leur pro­jet sont plus modestes que par le passé, confir­mant en cela le constat effec­tué en 2008.

Sta­bi­li­sa­tion de la sol­va­bi­lité des ménages

Ainsi, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande s’est sta­bi­lisé à un haut niveau en jan­vier 2009.

Cette sta­bi­li­sa­tion inter­vient dans le cadre d’un moindre recours à l’endettement (en baisse de 4 % en moyenne en jan­vier 2009 sur un an, contre – 2,3 % en 2008, après + 3,2 % en 2007 et + 8,2 % en 2006), un mou­ve­ment rendu pos­sible par une légère aug­men­ta­tion de l’apport per­son­nel (un apport moyen encore en hausse de 1,7 % sur un an).

Jusqu’en octobre 2008, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande avait pu béné­fi­cier assez lar­ge­ment de la baisse du coût moyen des opé­ra­tions réa­li­sées et donc d’un moindre recours à l’endettement : il pro­fite main­te­nant, en plus, de l’amélioration des condi­tions de cré­dit, pro­gres­sant de l’ordre de 5 % depuis six mois.

Inquié­tudes per­sis­tantes sur la pro­duc­tion de crédits

Le recul du mar­ché des cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers s’est pour­tant ampli­fié tout au long de l’année 2008.

Alors que, au pre­mier tri­mestre, il avait été de 9,2 % sur un an, de tri­mestre à tri­mestre, puis de 10,9 % au deuxième tri­mestre, il s’est établi à – 19,3 % au troi­sième tri­mestre et enfin à – 27,7 % au qua­trième trimestre !

La pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers a donc des­cendu une marche sup­plé­men­taire durant les mois d’été, et, sur l’ensemble de l’année 2008, le mar­ché a reculé de 16,9 %.

Dans ce contexte, les replis de pro­duc­tion consta­tés sur le mar­ché du neuf et sur celui de l’ancien sont com­pa­rables, de l’ordre de 18 % sur un an.

Si la crise finan­cière inter­na­tio­nale et les consé­quences qu’elle imprime sur l’offre de cré­dits au sec­teur de l’immobilier trouvent une réponse rapide, les mar­chés devraient cepen­dant pou­voir se res­sai­sir en 2010, les dis­po­si­tions du plan de relance pou­vant alors pro­duire tous les effets attendus.

L’année 2009, en revanche, connaî­tra encore très pro­ba­ble­ment une dégra­da­tion de l’activité : plus modé­rée, certes, mais tout de même signi­fi­ca­tive tant que les écono­mies n’auront pas gommé les effets de la réces­sion qui les para­lysent maintenant.

Et sur­tout tant que l’appareil de pro­duc­tion du sec­teur n’aura pas retrouvé ses pleines capacités.

La pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers a par exemple peu de chance de véri­ta­ble­ment se res­sai­sir en 2009.

Dans le contexte des incer­ti­tudes per­sis­tantes, le scé­na­rio qui se des­sine est celui d’une pro­duc­tion de 120 à 130 mil­liards d’euros dans le meilleur des cas, contre 170 mil­liards en 2007 et 141 mil­liards en 2008.

Et rien pour l’heure ne per­met d’attendre une amé­lio­ra­tion du scé­na­rio pour cette année.

Il est même à craindre, compte tenu de la dégra­da­tion de la demande qui est main­te­nant visible, que 2009 soit moins bonne que prévu.

Dans ce scé­na­rio, le mar­ché de l’ancien devrait redes­cendre vers 500 000 tran­sac­tions en 2009… et au mieux (c’est-à-dire si l’offre de cré­dits se redresse plus vite qu’escompté) se sta­bi­li­ser légè­re­ment au-dessus des 540 000 transactions.

Mais encore faudrait-il que la crise finan­cière soit elle réglée.

Sinon, il ne fau­dra pas attendre de sor­tie de crise avant 2011.

Michel Mouillart,
Pro­fes­seur d’économie de l’université
de Paris X-Nanterre

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