Et plus tard… la reprise

Lundi 19 octobre 2009, dans Conjoncture

Certes, la pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers s’est res­sai­sie durant le deuxième tri­mestre. Mais il s’agit avant tout d’un rat­tra­page dans un contexte qui reste dif­fi­cile. D’ailleurs, le mar­ché de l’ancien a pour­suivi son recul.

En juillet 2009, les taux des prêts du sec­teur concur­ren­tiel (hors assu­rances et coût des sûre­tés) se sont établis en moyenne à 3,96 %. Depuis novembre 2008, les taux ont donc reculé de 119 points de base : ils sont ainsi reve­nus à leur niveau de février 2007. Par cette baisse, les établis­se­ments de cré­dit sou­tiennent évidem­ment le mar­ché (une baisse des taux de 120 points de base est équi­va­lente, en terme de sol­va­bi­lité de la demande, à une baisse des prix de l’ordre de 10 %).

Les taux se sta­bi­lisent autour de 4 %

D’ailleurs cer­tains établis­se­ments ont pro­posé des condi­tions de taux par­ti­cu­liè­re­ment attrac­tives afin de conso­li­der leur pro­duc­tion durant l’été sur un mar­ché tou­jours très dif­fi­cile. Aussi est-il pro­bable que la période esti­vale marque la fin de la baisse des taux et ouvre une nou­velle ère durant laquelle les taux fluc­tue­ront autour d’un point bas de l’ordre de 4 %. Quant à la durée des prêts, après s’être allon­gée de l’ordre de 8 mois en 2007, elle avait reculé d’autant sur l’ensemble de l’année 2008. En dépit de la sta­bi­li­sa­tion obser­vée au début de 2009, elle dimi­nue main­te­nant len­te­ment : la baisse est de l’ordre de 6 mois sur un an. Et en juillet, la durée des prêts s’est établie à 211 mois (234 mois pour l’accession dans le neuf et 222 mois dans l’ancien). Pour­tant, compte tenu du niveau des taux d’intérêt pra­ti­qués, les condi­tions de cré­dit sont tou­jours excel­lentes : le niveau des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal emprunté reste en effet de l’ordre de 7 % infé­rieur à celui de décembre 2008 !

 La reprise vien­dra donc, mais plus tard, lorsque les effets de la remon­tée du chô­mage ne se feront plus res­sen­tir… c’est-à-dire au prin­temps 2010.

Mais, au-delà du repli sen­sible constaté en mai 2009, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande se dégrade len­te­ment depuis le début de l’année. Cette évolu­tion inter­vient dans le cadre d’un recours accru à l’endettement. Le recul de l’apport per­son­nel est en effet rapide dans le contexte actuel de blo­cage du mar­ché de la revente et de trans­for­ma­tion des clientèles.

Jusqu’en octobre 2008, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande avait pu béné­fi­cier assez lar­ge­ment de la baisse du coût moyen des opé­ra­tions réa­li­sées et donc d’un moindre recours à l’endettement. Au troi­sième tri­mestre 2009, il pro­fite tou­jours de l’amélioration des condi­tions de cré­dit, mais il com­mence à encais­ser les contre­coups de la crise écono­mique sur le pou­voir d’achat des ménages et la remon­tée du coût des opé­ra­tions réa­li­sées. Il s’établit cepen­dant encore à un de ses meilleurs niveaux depuis le début des années 2000.

Après un pre­mier tri­mestre par­ti­cu­liè­re­ment mau­vais pour les mar­chés immo­bi­liers et durant lequel la pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers avait reculé de 42,2 %, le deuxième semestre s’est res­saisi, d’après l’OPCI. La pro­duc­tion a en effet pro­gressé de 33,8 % d’un tri­mestre sur l’autre, récu­pé­rant sans aucun doute une par­tie de la demande non expri­mée du début de l’année. Certes, le deuxième tri­mestre est habi­tuel­le­ment celui de la reprise sai­son­nière de l’activité, à la sor­tie des mois d’hiver et de l’assoupissement du mar­ché. Mais pour retrou­ver un redres­se­ment d’une telle vigueur à cette période de l’année, il faut remon­ter en 2005 et à la mise en place du nou­veau PTZ.

Le recul de la pro­duc­tion de cré­dits est enrayé

En dépit de cet effet de rat­tra­page, le recul du mar­ché des cré­dits immo­bi­liers paraît pour­tant enrayé. Après la « des­cente des quatre marches » com­men­cée au prin­temps 2008, le deuxième semestre 2009 semble en effet consti­tuer le point bas de retour­ne­ment du mar­ché. Non pas du fait d’un renou­veau de la demande sou­te­nue par des condi­tions de cré­dit et des dis­po­si­tions publiques sans pré­cé­dent (dou­ble­ment du PTZ, cré­dit d’impôt au titre des inté­rêts d’emprunt…, les taux d’effort des accé­dants sont à leur plus bas depuis 1978 !) mais par­ceque ne res­tent sur le mar­ché que ceux qui n’ont pas la pos­si­bi­lité de dif­fé­rer leur déci­sion (consti­tu­tion de ménage, chan­ge­ment fami­lial, mobi­lité pro­fes­sion­nelle contrainte…).

Pour autant, depuis de début de l’année, la pro­duc­tion de cré­dits a dimi­nué de 35,4 % sur un an, de semestre à semestre. Et même si elle est main­te­nant des­cen­due à un point bas, l’ensemble de l’année devrait se sol­der par un volume d’offres accep­tées ne dépas­sant pas 100 à 105 mil­liards d’euros.
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L’ancien patine encore

Depuis le début de l’année 2009, le coût des opé­ra­tions réa­li­sées dans l’ancien est reparti à la hausse, d’après l’Observatoire du finan­ce­ment des mar­chés rési­den­tiels, à un rythme tou­te­fois encore modéré (+ 0,7 % depuis le début 2009 et sur un an). Et cela tranche avec la ten­dance à la sta­bi­li­sa­tion consta­tée l’année der­nière à la même époque. Alors que l’activité du mar­ché de l’ancien conti­nue à recu­ler, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande confirme sa dégra­da­tion : l’évolution favo­rable des condi­tions de cré­dit n’est plus suf­fi­sante pour contre­car­rer à la fois une remon­tée du coût des opé­ra­tions et un besoin d’endettement en hausse !

Les inquié­tudes que la demande nour­rit face à la remon­tée du chô­mage ne peuvent dès lors plus être négli­gées par les pou­voirs publics et, faute d’une sécu­ri­sa­tion satis­fai­sante des par­cours rési­den­tiels, on peut craindre que les pro­jets immo­bi­liers des ménages expo­sés à ce risque soient repor­tés à des jours meilleurs, voire aban­don­nés. C’est dans ces condi­tions que le mar­ché de l’ancien a connu un nou­veau recul au cours du pre­mier semestre 2009, en réponse au blo­cage du cir­cuit de la revente et sans qu’il soit pos­sible d’en escomp­ter une redy­na­mi­sa­tion rapide (les reven­deurs sont blo­qués par des can­di­dats à l’achat qui « ont lu/entendu » que les prix allaient bais­ser). Et d’ailleurs, compte tenu de l’activité consta­tée au pre­mier semestre (un recul de l’ordre de 32,5 % sur un an, d’après l’Observatoire de la conjonc­ture du SNPI, et un volume des cré­dits à l’ancien – après cor­rec­tion de l’effet prix de l’immobilier – en repli de 31,5 %, d’après l’OPCI), le mar­ché de l’ancien devrait enre­gis­trer seule­ment 480 000 tran­sac­tions envi­ron sur l’ensemble de l’année, soit une baisse totale de près de 35 % en deux ans, pour une acti­vité reve­nue au niveau de l’année 1991.

Michel Mouillart.

Cet article syn­thé­tise les résul­tats de l’observatoire du finan­ce­ment des Mar­chés Rési­den­tiels (Cré­dit logement/CSa) et de l’observatoire de la Pro­duc­tion de Cré­dits immo­bi­liers (Uni­ver­sité de Paris X-Nanterre). le pre­mier se fonde sur l’analyse d’un échan­tillon repré­sen­ta­tif de dos­siers de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers accep­tés (et non pas de pros­pects ou d’offres de prêts). il concerne chaque mois de l’ordre de 25 000 opé­ra­tions immo­bi­lières (dont près de 45 % de tran­sac­tions sur loge­ments anciens), soit de l’ordre de 20 % de l’ensemble du mar­ché. la pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers concer­née cou­verte par l’échantillon est ainsi de près de 3,5 Mds d’€ chaque mois, pour une pro­duc­tion annuelle glo­bale de 170 Mds d’€ en 2007, d’après l’observatoire de la Pro­duc­tion de Cré­dits immo­bi­liers. Ce der­nier réa­lise chaque tri­mestre un recen­se­ment quasi exhaus­tif (le taux de cou­ver­ture est de 97,2 %) des cré­dits nou­veaux accor­dés aux ménages.

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Voir aussi :

  1. La reprise bri­dée par la remon­tée du chômage
  2. Conjonc­ture immo­bi­lière : amé­lio­ra­tion en vue
  3. Entre espoir et désespoir
  4. Des nuages sur le finan­ce­ment des marchés
  5. 2008, une année perdue

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