Le climat est toujours à la morosité

Dimanche 18 octobre 2009, dans Conjoncture

Inter­view de Serge IVARS, Pré­sident de l’Union des syn­di­cats de l’immobilier (UNIS).

Com­ment appréhendez-vous cette ren­trée immo­bi­lière ?
En l’absence de signes concrets de véri­table redé­mar­rage, je pré­fère res­ter pru­dent. Les der­niers chiffres de l’observatoire Cla­meur sur les loyers, par exemple, sont mau­vais. Le cli­mat est à la baisse dans un cer­tain nombre de villes. Bien sûr, les gens ont tou­jours besoin de se loger, mais il ne faut pas oublier que, en période de crise, les taux de mobi­lité dimi­nuent. Cela étant, il y a un fort défi­cit de loge­ments à la loca­tion et il va bien fal­loir que l’on construise de nou­veau. Je m’attends à une ten­sion sur les loge­ments neufs dans le cou­rant du der­nier tri­mestre. Si la demande reste constante et si l’offre dimi­nue, les loyers pour­raient se redresser.

Quelle est votre ana­lyse du mar­ché de la tran­sac­tion ?
Là aussi je m’attends à un effet de yo-yo. La construc­tion a été dopée par la loi Scel­lier. Mais contrai­re­ment à ceux qui achètent pour se loger, les inves­tis­seurs, eux, ne libèrent pas de loge­ments anciens. Ce maillon de la chaîne est tou­jours grippé. Et cela ne bou­gera pas avant quelques mois. Cer­taines dis­po­si­tions régle­men­taires contri­buent aussi à para­ly­ser le mar­ché. La loi Bou­tin, par exemple, inter­dit aux bailleurs d’exiger une cau­tion pour louer aux étudiants. Du coup, les bailleurs rechignent à mettre leur bien en loca­tion sans garan­tie, et le dis­po­si­tif se retourne fina­le­ment contre les étudiants.

Que pensez-vous des lois du Gre­nelle Envi­ron­ne­ment ?
Je suis per­suadé de l’intérêt des tra­vaux de réno­va­tion éner­gé­tique dans les copro­prié­tés, qui per­met­tront d’alléger les charges et d’améliorer l’environnement. Mais je suis inquiet. Compte tenu du contexte actuel de sol­va­bi­lité dégra­dée, les copro­prié­taires ne sont pas du tout prêts à entre­prendre ces chan­tiers. Nous nous atten­dons donc à des assem­blées géné­rales dif­fi­ciles pour obte­nir le vote des tra­vaux sou­hai­tables. On a fait tout notre pos­sible, on a même lancé un concours, Unis 21 Eco Copro­priété, pour sen­si­bi­li­ser les copro­prié­taires aux enjeux envi­ron­ne­men­taux et du déve­lop­pe­ment durable. On sent néan­moins les dif­fi­cul­tés de la part des payeurs, les copro­prié­taires. Ils attendent des dis­po­si­tions fiscales.

Dans un tel contexte, quel diag­nos­tic portez-vous sur les pro­fes­sion­nels de l’immobilier ?
Lorsque le cli­mat est moins bon, les moins com­pé­tents et les moins sérieux dis­pa­raissent en pre­mier. Dans cette période dif­fi­cile, les agents immo­bi­liers et les admi­nis­tra­teurs de biens doivent donc faire preuve d’encore plus de ri gueur et redou­bler d’effort en matière de for­ma­tion et d’information. L’Union des syn­di­cats de l’immobilier est là pour les aider. Nous met­tons à leur dis­po­si­tion un ser­vice juri­dique de qua­lité et les tenons infor­més en per­ma­nence. Il faut gar­der le moral. Aujourd’hui, il est dif­fi­cile de louer et de vendre de par­ti­cu­lier à par­ti­cu­lier. Dans ce sens au moins la crise est béné­fique pour les professionnels.

Pro­pos recueillis par Ariane Artinian

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