Les défis de l'e-tourisme
Article de Gilles Senges paru dans les Echos du 30 septembre 2004
Le transport aérien n'est plus le seul secteur à être affecté par le double phénomène des « low cost » et de l'Internet, qui volent ensemble avec succès depuis quelques années. A force d'étendre ses ailes, ce couple « infernal » est en train de mordre sérieusement sur l'activité du monde du tourisme dans son ensemble. Les premiers touchés ont été les agents de voyages. Se retrouvant déjà pris entre le marteau et l'enclume alors que les compagnies confrontées à cette nouvelle concurrence ont décidé de supprimer les commissions sur la vente de billets d'avion, les voilà qui commencent à souffrir de la montée en puissance des sites en ligne qui enregistrent des ventes en hausse de plus de 50 % depuis le début de l'année. Il faudrait de gros efforts en matière de services et de conseil pour espérer endiguer le flot.
Aujourd'hui, ce sont les tour-opérateurs qui sentent le vent du boulet, avec une clientèle plus « volage » qui part de plus en plus souvent au dernier moment, sait comparer les tarifs et choisit ses destinations en fonction du rapport qualité-prix. Le hit-parade des pays en vogue est désormais aussi changeant que le Top 50. Allez mettre sur pied une brochure pour vanter vos produits vacances dans un contexte aussi mouvant ! Le malaise qui touchait jusque-là certains acteurs spécifiques comme le Club Med, accusé de ne pas avoir su adapter ses produits à l'air du temps, gagne tous les grands tour-opérateurs. Ceux du tourisme de masse n'y échappent pas, à l'image des champions allemands TUI et Thomas Cook, dont les déboires financiers de ces dernières années ne sont pas seulement liés aux suites des attentats du 11 septembre 2001, à la guerre d'Irak ou à l'épidémie asiatique de pneumonie atypique.
Comme les compagnies aériennes classiques, le monde du tourisme doit s'interroger désormais sur son modèle économique, son mode de fonctionnement et ses méthodes de travail. Et profiter de l'amélioration de la conjoncture pour le faire dans de bonnes conditions. Rompre les ponts avec les sites de vente en ligne, ce que certaines compagnies aériennes et groupes hôteliers ont commencé à faire pour essayer de colmater les fuites, ne suffira pas. D'autant qu'en face l'heure est à la concentration. Verticale et horizontale. A l'image de l'américain Cendant, déjà présent dans la location de voitures et l'hôtellerie, qui s'apprête à prendre le contrôle d'Orbitz suivant la route déjà empruntée par ses compatriotes Interactive avec Expedia et Sabre (Travelocity) ou son concurrent Amadeus avec Opodo. Ce sont des groupes avec qui le monde du tourisme devra soit composer, soit se battre.
publié le Jeudi, 30 Septembre 2004 @ 06:10 |