Diagnostics techniques, la liste s’allonge

Jeudi 20 septembre 2007, dans Dossier

Sur­face, ter­mites, amiante, plomb, per­for­mance éner­gé­tique, état des ins­tal­la­tions de gaz et d’électricité… la liste des contrôles néces­saires pour pro­cé­der à la vente ou à la loca­tion d’un loge­ment, ne cesse de s’allonger. Et de com­pli­quer la tâche des pro­fes­sion­nels. Ce qu’il faut savoir pour ne pas crou­ler sous les formalités.

De la tran­sac­tion à la loca­tion, la liste des diag­nos­tics immo­bi­liers ne cesse de s’allonger et vient, de fait, com­pli­quer la tâche des pro­fes­sion­nels de l’immobilier. Depuis le 1er juillet 2007, le diag­nos­tic de per­for­mance éner­gé­tique (DPE) qui était déjà obli­ga­toire pour toute vente de loge­ment à par­tir du 1er novembre 2006, s’applique désor­mais à la loca­tion (arrêté du 3 mai 2007, JO du 17 mai).

A comp­ter du 1er novembre 2007, les ven­deurs devront égale­ment diag­nos­ti­quer la sécu­rité des ins­tal­la­tions de gaz. L’électricité vien­dra ensuite (voir tableaux des diag­nos­tics). Nou­velle obli­ga­tion qui incom­bera sans doute aux bailleurs cou­rant 2008.

Il est égale­ment prévu, à comp­ter du 1er jan­vier 2013, l’obligation de four­nir un état de l’installation d’assainissement non col­lec­tif (pour les loge­ments non rac­cor­dés au réseau public). Ces diag­nos­tics s’ajoutent évidem­ment à ceux déjà ren­dus obli­ga­toires au fil des ans depuis plus d’une décennie.

La coupe déborde chez les professionnels

Tout a com­mencé par la loi Car­rez, pro­mul­guée le 18 décembre 1996 (décret du 23 mai 1997), ins­ti­tuant l’obligation pour le ven­deur d’un loge­ment d’en indi­quer la super­fi­cie dans le com­pro­mis et l’acte de vente. Ce fut ensuite le tour des diag­nos­tics amiante, plomb, ter­mites… puis de l’état des risques natu­rels et tech­no­lo­giques à comp­ter du 1er juin 2006, suivi par le diag­nos­tic de per­for­mances éner­gé­tiques. Le tout devant être réuni dans un dos­sier de diag­nos­tic tech­nique (lire enca­dré). Cette ava­lanche de diag­nos­tics vise évidem­ment à ren­for­cer l’information et la sécu­rité des consom­ma­teurs. «On s’oriente vers le car­net de santé du loge­ment, de l’immeuble, constate René Pal­lin­court, le pré­sident de la Fnaim, nous sommes dans une société très consu­mé­riste, ce qui nous oblige à nous adap­ter en permanence».

Mais quand c’est trop, c’est trop ! Assu­ré­ment, l’entrée en vigueur du DPE est loin de faire l’unanimité. Ce diag­nos­tic, s’il vise un objec­tif louable : le déve­lop­pe­ment durable et la dimi­nu­tion des gaz à effet de serre, n’en demeure pas moins très déli­cat dans sa mise en oeuvre. «Il doit com­por­ter une série de pré­co­ni­sa­tions pour amé­lio­rer les per­for­mances éner­gé­tiques du loge­ment, pré­co­ni­sa­tions qui se veulent une aide à la déci­sion des acqué­reurs, explique René Pal­lin­court, mais en réa­lité cela décou­rage les acqué­reurs poten­tiels». Car l’ennui, c’est qu’il révèle la médio­crité du parc immo­bi­lier français.

 Le diag­nos­tic doit, en effet, indi­quer les consom­ma­tions annuelles par éner­gie uti­li­sée (chauf­fage, eau chaude, eau froide) et leur coût. «Les loge­ments se ver­ront attri­buer deux étiquettes dis­tinctes : l’étiquette éner­gie rela­tive à sa consom­ma­tion d’énergie avec une note de per­for­mance éner­gé­tique allant de A (loge­ment économe) à G (loge­ment éner­gi­vore) ; et l’étiquette cli­mat rela­tive à l’impact des consom­ma­tions sur l’émission de gaz à effet de serre (GES) avec une note allant égale­ment de A (faible émis­sion de GES) à G (forte émis­sion de GES). Cette échelle de nota­tion s’apparente à celle déjà pré­sente pour les appa­reils élec­tro­mé­na­gers, bien que les moyennes consta­tées soient entre D et F contrai­re­ment aux appa­reils élec­tro­mé­na­gers», explique Qua­li­con­sult Immo­bi­lier, filiale de Qua­li­group et spé­cia­liste des diag­nos­tics immo­bi­liers et des états des lieux.

Bref, ce diag­nos­tic, s’il n’oblige pas le pro­prié­taire à faire des tra­vaux puisqu’il n’a qu’une valeur infor­ma­tive, aura for­cé­ment une inci­dence sur le com­por­te­ment des acqué­reurs et des loca­taires. «Une majo­rité des loge­ments affiche des per­for­mances très mau­vaises, note encore René Pal­lin­court, neuf loge­ments sur dix enre­gistrent 250 à 270 kw/m2/an (étiquette E mini­mum) alors que pour obte­nir un résul­tat cor­rect, il fau­drait 150 kw/m2/an».

En juillet der­nier, Jean– Louis Bor­loo, le nou­veau ministre de l’Ecologie, du Déve­lop­pe­ment et de l’Aménagement durable, n’a d’ailleurs pas man­qué de réunir les pro­fes­sion­nels du bâti­ment et de l’immobilier pour débattre de l’efficacité ther­mique en matière de loge­ment rési­den­tiel, pré­lude au fameux Gre­nelle de l’Environnement. Au cours de cette réunion le ministre a réaf­firmé sa volonté de réduire le nombre d’épaves éner­gé­tiques et de faire pro­gres­ser le niveau moyen de per­for­mance éner­gé­tique aujourd’hui situé à 280 kw/m2/an. «Le DPE concerne en effet 30 mil­lions de loge­ments, pour­suit le pré­sident de la Fnaim, d’où la néces­sité de légi­fé­rer et notam­ment d’apporter des aides aux pro­prié­taires pour qu’ils aient inté­rêt à faire des travaux.

Le pro­blème se pose non seule­ment à la vente mais aussi à la loca­tion. Le loca­taire n’hésitera pas à se retour­ner contre son pro­prié­taire pour exi­ger qu’il fasse des tra­vaux. On parle de 20 000 euros par loge­ment ! Selon la Fidi (Fédé­ra­tion inter­pro­fes­sion­nelle du diag­nos­tic immo­bi­lier), le DPE gagne­rait à être accom­pa­gné de moyennes de réfé­rence par type de loge­ment d’une même zone géo­gra­phique pour faci­li­ter son appré­cia­tion par le pro­prié­taire et l’inciter, en fonc­tion des situa­tions, à se rap­pro­cher des stan­dards de son quar­tier ou à «faire mieux» que son voi­sin. Elle appelle donc à la consti­tu­tion d’une base de don­nées natio­nale. «Pour inci­ter les copro­prié­taires à faire des tra­vaux, il faut que les pou­voirs publics leur accordent des avan­tages fis­caux incitatifs.

Même chose pour la copro­priété qui ne peut rien déduire des tra­vaux qu’elle engage. En outre, les déci­sions liées aux tra­vaux néces­saires pour réduire les gaz à effet de serre doivent être ren­dues plus souples, indique Jean-Luc Lieu­taud. «Il faut aussi que les pou­voirs publics réflé­chissent à une sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures entre l’Adème, les Conseils géné­raux, l’Anah, pour­sui­til, il y a une har­mo­ni­sa­tion à mettre en place. D’une région à l’autre, l’Anah ne pro­pose pas les mêmes aides par­tout et c’est un véri­table par­cours du combattant».

Un rôle renforcé

La mul­ti­pli­ca­tion des diag­nos­tics ne sim­pli­fie pas non plus la tâche des pro­fes­sion­nels, qu’ils soient agents immo­bi­liers ou admi­nis­tra­teurs de biens. D’autant que cer­tains diag­nos­tics ont une durée de vali­dité rela­ti­ve­ment longue. Pour le pro­prié­taire qui détient un seul loge­ment, la conser­va­tion de ces docu­ments ne pose évidem­ment pas problème.

Il n’en va pas de même pour les bailleurs dis­po­sant de plu­sieurs loge­ments ou de pro­fes­sion­nels gérant des cen­taines de lots. Notam­ment pour le DPE en matière de loca­tion. « Cette mesure concer­nant près de 1 800 000 loge­ments qui changent de loca­taires chaque année, l’ensemble des acteurs de la pro­fes­sion s’interroge sur l’organisation à mettre en place.

Outre l’aspect finan­cier, la prin­ci­pale pro­blé­ma­tique qui va se poser pour tous les grands bailleurs publics et pri­vés sera l’archivage d’un si grand nombre de diag­nos­tics valables 10 ans et devant être joints à tout bail. D’autant plus que le DPE pour la loca­tion est le pre­mier d’une longue série de diag­nos­tics qui consti­tue­ront le dos­sier de diag­nos­tics tech­niques: le plomb, prévu en 2008, le gaz et l’électricité cer­tai­ne­ment en 2009», ana­lyse Qua­li­con­sult. D’où son idée de sto­cker les diag­nos­tics sur un site inter­net sécu­risé «Cette solu­tion per­met à tous les bailleurs de retrou­ver en quelques secondes tous les diag­nos­tics faits pour un appar­te­ment donné, tout en rap­pe­lant leur date de vali­dité». Une ini­tia­tive que la Cnab approuve. Tout comme l’idée de faire figu­rer dans les annonces la caté­go­rie dans laquelle se situe le loge­ment. «Cela nous per­met­trait de cibler plus rapi­de­ment les loca­taires inté­res­sés par un loge­ment, note Jean-Luc Lieu­taud, je ne vois qu’un seul incon­vé­nient à cette infor­ma­tion : les annonces des jour­naux coû­te­raient plus cher puisque les tarifs sont à la ligne».

Le ren­for­ce­ment de la régle­men­ta­tion au moment de la vente ou de la loca­tion d’un bien a cepen­dant un aspect posi­tif : l’agent immo­bi­lier et l’administrateur de biens deviennent incon­tour­nables. D’autant qu’à défaut de se confor­mer à la régle­men­ta­tion, le ven­deur comme le bailleur s’exposent à de lourdes sanctions.

Le défaut de diag­nos­tic entraîne une amende qui peut aller jusqu’à 1 500 euros pour un par­ti­cu­lier et à 7 500 euros pour une per­sonne morale. Et pour cer­tains diag­nos­tics (plomb, amiante, ter­mites, gaz…), ven­deur et bailleur ne peuvent en aucun cas s’exonérer de la garan­tie de vice caché et risquent même d’être pour­suivi péna­le­ment. Bref, l’acte de vendre ou de louer ne s’improvise plus. Une situa­tion qui devrait donc per­mettre aux pro­fes­sion­nels de conqué­rir de nou­velles parts de mar­ché sur les tran­sac­tions entre particuliers.

Des diag­nos­ti­queurs certifiés

Encore faut-il qu’ils jouent leur rôle de conseil et qu’ils soient en mesure de pro­po­ser à leur clien­tèle des diag­nos­ti­queurs fiables. Ce qui ne va pas tou­jours de soi. Car leurs com­pé­tences laissent sou­vent à dési­rer. Il est vrai que la pro­fes­sion n’était pas vrai­ment régle­men­tée et que n’importe qui pou­vait jusqu’à pré­sent s’installer comme diag­nos­ti­queur, ce qui n’a pas man­qué de conduire à des abus. «C’est un métier rela­ti­ve­ment jeune puisqu’il n’a qu’une dizaine d’années et qui ren­ferme dans son sein tout et n’importe quoi, indique Jean– Pierre Molia, le pré­sident de la Fneci (Fédé­ra­tion natio­nale des experts de la construc­tion et de l’immobilier), il y a de nom­breux dys­fonc­tion­ne­ments et la qua­lité des diag­nos­tics est loin d’être tou­jours bonne».

Mais les choses devraient ren­trer dans l’ordre dès le 1er novembre pro­chain puisque les diag­nos­ti­queurs devront avoir obtenu une cer­ti­fi­ca­tion déli­vrée par un orga­nisme, lui-même accré­dité par le minis­tère du Loge­ment. Cette cer­ti­fi­ca­tion passe par un exa­men de connais­sances théo­riques et par un exa­men pra­tique. «Pour les ter­mites, au pre­mier exa­men, nous avons 50 % de reca­lés, preuve que la cer­ti­fi­ca­tion est néces­saire», remarque encore Jean-Pierre Molia. Mal­gré l’échéance proche, les can­di­dats à la cer­ti­fi­ca­tion ne se bous­culent pour­tant pas. «Nous avons encore beau­coup d’adhérents qui ne sont pas ins­crits à l’examen» pré­cise Jean-Pierre Molia.

Agent immo­bi­lier s’abstenir

Mal­gré tout, le mar­ché du diag­nos­tic aiguise les appé­tits. Cela ne signi­fie pas que tout le monde peut faire du diag­nos­tic. Un agent immo­bi­lier, par exemple, peut-il à la fois faire de la tran­sac­tion et être diag­nos­ti­queur ? En théo­rie, dès lors qu’il a obtenu la cer­ti­fi­ca­tion, rien ne l’interdit. Sinon qu’il doit être en mesure d’assurer la pres­ta­tion en toute indé­pen­dance (art. 271–6 du Code de la construc­tion). «S’il est hon­nête, il ne doit pas réa­li­ser de diag­nos­tics sur les biens de ses clients, sinon, il y aura tou­jours sus­pi­cion. Pour notre part, nous n’y sommes pas favo­rables. Nous avons d’ailleurs exclu de façon assez vio­lente un de nos adhé­rents qui était diag­nos­ti­queur et en paral­lèle agent immo­bi­lier. Nous avons été dans l’obligation de le dénon­cer auprès de la DGCCRF (Direc­tion géné­rale de la concur­rence, de la consom­ma­tion et de la répres­sion des fraudes). Il a même été déféré au par­quet, relate Jean-Pierre Molia.

De telles pra­tiques sont donc à pros­crire, de même que celle qui consiste à rece­voir des com­mis­sions de la part des diag­nos­ti­queurs cher­chant de la clien­tèle, une pra­tique poin­tée du doigt par la DGCCRF et qui nuit à l’image de la pro­fes­sion. En outre, «Il ne faut pas s’imaginer que c’est une manne qui rap­porte beau­coup d’argent, s’insurge Jean– Pierre Molia, lors d’une vente, le coût des diag­nos­tics coûte entre 300 et 700 euros selon le type de loge­ment, rien de com­pa­rable avec la com­mis­sion de l’agent immo­bi­lier qui repré­sente au bas mot 8 000 à 10 000 euros».

Le manque de com­pé­tence, les pra­tiques dou­teuses posent ques­tion. Quelle cré­di­bi­lité peut-on accor­der aux diag­nos­tics effec­tués avant le 1er novembre 2007 ? « Ils ne seront pas tous d’une sin­cé­rité abso­lue. A mon sens, un cer­tain nombre d’entre eux seront à refaire. Or, les diag­nos­tics coûtent cher. Un DPE vaut entre 150 et 200 euros à lui tout seul. Il va donc fal­loir que les pou­voirs publics tranchent la ques­tion », note Jean-Luc Lieu­taud. La Cnab s’intéresse d’ailleurs de près au sujet puisqu’elle en a fait le thème de son pro­chain congrès.

Colette Sabarly

  • Google Bookmarks
  • Yahoo! Bookmarks
  • Facebook
  • Twitter
  • Wikio FR
  • Digg
  • del.icio.us
  • Live
  • MSN Reporter
  • Netvibes
  • Yahoo! Buzz
  • blogmarks
  • PDF
  • Print
  • email
  • RSS

Voir aussi :

  1. Diag­nos­tics et ren­ta­bi­lité locative
  2. Nou­velles règles pour les diagnostiqueurs
  3. La chasse au plomb est ouverte
  4. Guy Hoquet s’engage dans la cer­ti­fi­ca­tion de services
  5. Nico­las Sar­kozy vole au secours de l’immobilier

Qu'en pensez vous?