Et maintenant, la crise

Vendredi 5 décembre 2008, dans Dossier

Après 10 ans de crois­sance inin­ter­rom­pue, le sec­teur de l’immobilier subit de plein fouet le retour­ne­ment de conjoncture.

Licen­cie­ments, fer­me­tures d’agences… Le sec­teur doit réagir. Des mesures d’accompagnement sont mises en place tant par les ins­tances pro­fe­sion­nelles que par les pou­voirs publics.

Depuis la ren­trée, plus ques­tion de nier la crise, et les chiffres alar­mants qui pleuvent sur le mar­ché immo­bi­lier en témoignent.

Ceux des Notaires de France, qui ont annoncé un recul des ventes dans l’ancien de l’ordre de 25 % sur l’ensemble de la France ; ceux de la Fédé­ra­tion des pro­mo­teurs construc­teurs de France (FPC), qui enre­gistrent pour le neuf une forte contrac­tion de plus de 30 %.

Ceux de la Fnaim ou encore du Syn­di­cat natio­nal des pro­fes­sion­nels immo­bi­liers (SNPI), qui ne dif­fèrent guère de ceux évoqués plus haut. Les causes ? Plus per­sonne ne les ignore.

Les tur­bu­lences finan­cières déclen­chées par la crise des «sub­primes» outre-Atlantique se sont pro­pa­gées à l’ensemble des places mon­diales, entraî­nant la chute des valeurs bour­sières et une crise de confiance sans précédent.

D’où des faillites reten­tis­santes, notam­ment dans le monde de la banque et de l’assurance aux Etats-Unis et l’injection de mil­liards de dol­lars dans l’économie américaine.

A la crise finan­cière s’ajoute désor­mais la crise écono­mique. Un contexte qui rejaillit sur le mar­ché immo­bi­lier. Pour autant, la France n’a pas les han­di­caps d’autres pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Espagne.

Les ménages y épargnent plu­tôt davan­tage qu’ailleurs et ont, de fait, un niveau d’endettement plus faible. En outre, la menace d’une crise de type sub­primes est à écar­ter car le cré­dit y est très enca­dré, en par­ti­cu­lier pour les prêts immobiliers.

Reste des éléments inquié­tants : la remon­tée du chô­mage, la reprise de l’inflation et la baisse du pou­voir d’achat. Au plan immo­bi­lier, en dix ans, les valeurs ont grimpé de 140 %. D’où l’essoufflement de la demande depuis plus d’un an et la baisse des prix à laquelle nous assis­tons aujourd’hui.

Selon la Fnaim, pour la pre­mière fois depuis 1996, les prix de l’ancien ont baissé de 0,7 % sur un an, alors que, d’après les notaires, les valeurs avaient encore crû de 3,6 % pour les appar­te­ments et de 4,3 % pour les mai­sons entre juillet 2007 et juin 2008.

En 2007, les prix de l’immobilier ont atteint en France le plus haut niveau par rap­port aux reve­nus des ménages depuis qua­rante ans. Ce ne peut pas être sans consé­quence, on se pré­pa­rait à une crise latente. Ce que nous vou­lons, c’est que les prix baissent pour que ça reparte. C’est ça, l’économie de mar­ché.
Nico­las Sar­kozy. 

« Après une décen­nie de crois­sance inin­ter­rom­pue des prix, il était rai­son­nable de s’attendre à une pause, voire à une légère cor­rec­tion des prix, lance René Pal­lin­court, pré­sident de la Fnaim. Il faut que la sol­va­bi­lité des acqué­reurs se recons­ti­tue. » L’ajustement des prix va néces­sai­re­ment se pour­suivre en 2009.

Pour espé­rer res­tau­rer la sol­va­bi­lité des ménages au niveau de l’année 2004, il fau­drait que les prix reculent de 8 % envi­ron. Et que la hausse des taux s’arrête.

De même que les cri­tères d’octroi des prêts s’assouplissent (apport per­son­nel exigé, durée limi­tée à vingt ou vingt-cinq ans). « Une négo­cia­trice me signa­lait récem­ment avoir reçu trois refus de banques dif­fé­rentes, indique Gérard Bor­not, consul­tant for­ma­teur en stra­té­gie de négo­cia­tion. Les trois dos­siers ont trouvé une solu­tion satis­fai­sante auprès d’un courtier ».

Les primo-accédants ne peuvent plus ache­ter, faute de capa­cité d’endettement suf­fi­sante, et ceux qui revendent pré­fèrent attendre.  D’autant que l’Afub (Asso­cia­tion fran­çaise des usa­gers des banques) pré­voit que 30 000 familles ayant contracté un prêt relais arri­vant pro­chai­ne­ment à échéance pour­raient ren­con­trer des dif­fi­cul­tés de remboursement.

Au res­ser­re­ment du cré­dit s’ajoutent d’autres fac­teurs à la base de ce retour­ne­ment de situa­tion : la flam­bée des prix, la satu­ra­tion de la demande, la hausse des taux…

En outre, force est de consta­ter que la pers­pec­tive d’une baisse des prix ne rend pas les acqué­reurs pres­sés. Une situa­tion qui s’explique par le carac­tère cyclique du mar­ché immo­bi­lier – pro­gres­sion, ralen­tis­se­ment, recul – influencé par la conjonc­ture économique.

Les pro­fes­sion­nels vont donc devoir com­po­ser avec la nou­velle donne. « Ce contexte peu por­teur impacte de manière sen­sible les métiers du sec­teur. Au cours du troi­sième tri­mestre 2008, le chiffre d’affaires réa­lisé par les agents immo­bi­liers et les admi­nis­tra­teurs de biens se replie de 22 % par rap­port au troi­sième tri­mestre 2007 », indique Alain Dufoux, pré­sident du SNPI, dans son obser­va­toire de conjoncture.

Pour la pre­mière fois depuis 1996, les prix baissent et les chiffres d’affaires des agences chutent.

Et la chute s’amplifie puisqu’au deuxième tri­mestre, celle-ci n’était que de 14 %. En année mobile, la baisse atteint 11,5 % pour l’instant. Tous les sec­teurs ne sont cepen­dant pas tou­chés de la même façon. Ainsi, sou­ligne le SNPI, l’été 2008 s’est mon­tré plus clé­ment pour la loca­tion et les autres acti­vi­tés, que pour la vente.

La loca­tion reste rela­ti­ve­ment stable tant en volume qu’en valeur (+ 1 % sur un an). Les autres sec­teurs enre­gistrent même une hausse assez pro­non­cée de leur chiffre d’affaires (+ 9 % sur le troi­sième tri­mestre et 6 % sur un an).

Côté vente, la chute est plu­tôt ver­ti­gi­neuse tant en termes de tran­sac­tions que de chiffre d’affaires. La baisse atteint 29 % par com­pa­rai­son au même tri­mestre de 2007 et, sur un an, le recul reste très signi­fi­ca­tif : – 15,5 %. Une baisse qui s’explique par l’effondrement du nombre des tran­sac­tions, de l’ordre de 28 %, selon le SNPI, en pro­vince comme en Ile-de-France.

Consé­quence ? « Pour près de quatre pro­fes­sion­nels sur cinq, le nombre de visites pour abou­tir à une vente est plus élevé qu’il y a un an. En loca­tion, la situa­tion est moins dif­fi­cile, même si 44 % des agences font état d’une hausse du nombre de visites », pour­suit Alain Dufoux. On le voit, l’impact de la crise dépend essen­tiel­le­ment des acti­vi­tés de l’agent immo­bi­lier. « Les plus fra­giles sont ceux qui sont en mono­ac­ti­vité, constate le pré­sident de la Fnaim, René Pal­lin­court. Les autres serrent les dents, mais se portent mieux. »

Il n’empêche qu’ils sont inquiets. « Notre ser­vice juri­dique est très sol­li­cité sur les ques­tions liées au per­son­nel, par exemple sur la manière dont un sala­rié peut être converti en agent com­mer­cial, ce qui laisse pré­fi­gu­rer plus de fer­me­tures d’agences que l’année der­nière », avoue René Pal­lin­court. Même dis­cours chez Orpi, qui a récem­ment annoncé la fer­me­ture de 50 agences mais qui en a créé 80 dans l’année, ou chez Cen­tury 21. « Nous avons un rythme de crois­sance de 80 à 100 agences chaque année et nous n’enregistrons qua­si­ment pas de fer­me­tures, explique Hervé Bléry, direc­teur géné­ral. Mais nous ne renou­ve­lons pas cer­tains contrats avec des agences dont les méthodes ne nous conviennent pas. »

Il est vrai que l’euphorie des der­nières années a fait naître des voca­tions. De 17 000 il y a une décen­nie, le nombre d’agences atteint aujourd’hui plus de 30 000. Une explo­sion liée égale­ment au déve­lop­pe­ment des réseaux : 1 750 agences en 1995 et près de 8 000 en 2007.

Bon nombre de pro­fes­sion­nels se sont vu por­tés par une demande très forte, des prix en aug­men­ta­tion qui entraî­naient méca­ni­que­ment un déve­lop­pe­ment du chiffre d’affaires, sans pour autant favo­ri­ser une aug­men­ta­tion des parts de marché.

En 2007, toutes acti­vi­tés confon­dues, plus de la moi­tié des agences réa­li­saient moins de 150 000 euros de chiffre d’affaires, la pro­duc­tion moyenne d’un négo­cia­teur étant, pour sa part, de 65 000 euros, un niveau peu satisfaisant.

D’où un turn-over per­ma­nent des col­la­bo­ra­teurs. Retour­ne­ment du mar­ché aidant, beau­coup d’agences se trouvent aujourd’hui en dif­fi­culté et devraient dis­pa­raître. D’autres bradent tout sim­ple­ment leurs com­mis­sions pour essayer de survivre.

« C’est un leurre, rétorque Hervé Bléry, une agence est une entre­prise comme les autres. On peut avoir le sen­ti­ment qu’elle gagne beau­coup d’argent, mais ce n’est pas vrai. Si l’on ‘‘casse’’ les hono­raires, on ne peut pas rendre un ser­vice de qualité. »

En période de crise, seuls la for­ma­tion, le pro­fes­sion­na­lisme et la notion de ser­vice sont des éléments clés. En outre, l’appartenance à un réseau consti­tue un plus.

« A l’échelle d’un réseau, l’agent immo­bi­lier dis­pose d’outils com­mer­ciaux et de com­mu­ni­ca­tion mais aussi de pres­ta­tions tech­niques qui lui font défaut lorsqu’il reste isolé, affirme Hervé Bléry. En créant son propre site Inter­net, il aura for­cé­ment une fré­quen­ta­tion faible, ce qui l’obligera à com­mu­ni­quer dans les jour­naux pour être vu. »

L’adhésion à un FFIP ou à un SIA consti­tue égale­ment une bonne option. « Les agences ont tout inté­rêt à se regrou­per pour mettre leurs man­dats exclu­sifs en com­mun, indique Pal­lin­court. Mieux vaut par­ta­ger les hono­raires que de ne pas faire de chiffre d’affaires ».

On l’aura com­pris, le meilleur remède à la crise est de s’allier pour être plus fort. Les syn­di­cats comme les réseaux l’ont bien inté­grer, qui mènent des actions d’information et de conseil pour aider leurs adhé­rents à sur­mon­ter le mieux pos­sible la crise.

« La crise nous montre qu’il faut un dis­cours vrai. Pour­quoi les ven­deurs liés par un prêt relais se retrouvent-ils en dif­fi­culté ? Tout sim­ple­ment parce que les agences et les ban­quiers ont fait des esti­ma­tions sur des niveaux de prix qui n’étaient pas les bons.

Fina­le­ment, tout le monde est res­pon­sable, explique Jean-Louis Roy, patron du réseau Elyse Ave­nue. Pour ce der­nier, il faut impé­ra­ti­ve­ment appor­ter une réponse pro­fes­sion­nelle aux clients. Le «home sta­ging», qui vise à rendre les biens plus attrayants en est une.

« On est parti du prin­cipe que la quasi-totalité des ventes se réa­lise sur un coup de coeur et qu’il fal­lait donc séduire l’acquéreur. Quand on veut vendre une voi­ture, on la net­toie de fond en comble, mais quand on vend un loge­ment, on n’a pas cette approche. »

Les agences qui font aussi de la loca­tion souffrent moins de l’effondrement du volume des ventes. 

Pour Patrick Michel Khi­der et Ber­nard de Cré­miers, cofon­da­teurs de Lafo­rêt, dans toute tran­sac­tion, le but du pro­fes­sion­nel n’est pas seule­ment finan­cier, il doit être de conci­lier l’intérêt du ven­deur et celui de l’acquéreur, et leur appor­ter des services ».

Ce réseau a par exemple créé un ser­vice de suivi man­dat exclu­sif. Le ven­deur peut suivre, en temps réel sur Inter­net, les étapes de la tran­sac­tion: visites, réac­tions des candidats…

Chez Sol­vimo comme chez Orpi, on pro­pose aux ache­teurs une garan­tie revente. On le voit, sur fond de crise, les pro­fes­sion­nels cherchent de nou­velles solu­tions pour valo­ri­ser leur rôle auprès d’une clien­tèle d’autant plus exi­geante, qu’elle sait aujourd’hui qu’elle est en posi­tion de force…

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Voir aussi :

  1. Défaillances en hausse

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