Expert, la profession vaut bien une série

Samedi 19 avril 2008, dans Expertise

Dans un mar­ché de l’immobilier pour le moins tour­menté, le recours à un expert est sou­vent un gage de sécu­rité pour tous les acteurs. Dans une série d’articles, nous nous pro­po­sons de don­ner des coups de pro­jec­teurs sur ce métier et de pas­ser à la loupe des ques­tions tech­niques. Pour com­men­cer, quelques points de repères sur l’organisation de cette profession.

Cela peut paraître assez ana­chro­nique, mais le métier d’expert n’est pas une pro­fes­sion régle­men­tée hor­mis dans la cadre d’expertises judi­ciaires, agri­coles, fon­cières et fores­tières. A celui qui veut se lan­cer, on ne récla­mera qu’une simple assu­rance professionnelle.

Signa­lons l’existence d’une charte de l’expertise remo­de­lée en 2006 énon­çant les prin­cipes géné­raux que leurs membres s’engageraient à res­pec­ter lorsqu’ils font acte d’Expertise. Elle a donc pour objec­tif de four­nir un réfé­ren­tiel de base aux Experts et d’être une source d’information pour toute per­sonne, orga­nisme pro­fes­sion­nel ou privé, concer­nés par des ques­tions d’évaluation. Depuis quelques années la pro­fes­sion esquisse un début d’organisation avec une voie uni­ver­si­taire condui­sant au métier avec l’I.C.H (Ins­ti­tut d’études écono­miques rat­ta­chées à la Construc­tion et à l’Habitation) et plus récem­ment, la créa­tion d’un diplôme de la R.I.C.S (Royal Ins­ti­tu­tion of Char­te­red of Sur­veyors). Enfin il faut sou­li­gner l’inscription à une liste des experts rat­ta­chés à une cour d’appel qui consti­tue une recon­nais­sance admi­nis­tra­tive de l’expert.

Un mar­ché vaste et diversifié

Si la pro­fes­sion est si peu orga­ni­sée, sans doute est-ce du, en par­tie, à la grande diver­sité du mar­ché. Sur le mar­ché de l’immobilier d’habitation, l’expert est sol­li­cité pour tous les actes à titre gra­tuit; les dona­tions, donations/partage, divorces, suc­ces­sions… Dans ces cas, les pres­crip­teurs sont essen­tiel­le­ment les notaires, avo­cats et ges­tion­naires de patri­moine. L’intervention de l’expert est alors néces­saire pour assu­rer l’équilibre de la déten­tion ou de la répar­ti­tion du capi­tal. L’expert immo­bi­lier est évidem­ment sol­li­cité pour tous les actes à titre oné­reux, lors d’une mise en vente, d’un achat, d’une mise en place d’un cré­dit ou la valo­ri­sa­tion des effets induits d’une divi­si­bi­lité parcellaire …

Les clients sont les par­ti­cu­liers ; les pres­crip­teurs sont une fois de plus les notaires et les ges­tion­naires de patri­moine mais aussi les banques ou les agents immo­bi­liers pour assis­ter ven­deur et acqué­reur sur la juste appré­cia­tion du bien vendu ou à acqué­rir. Sur le mar­ché de l’immobilier com­mer­cial (murs de com­merce) ou d’entreprise (biens ter­tiaire, arti­sa­nal ou indus­triel), l’expert inter­vient prin­ci­pa­le­ment pour fixer valeurs vénales ou loca­tives lors du renou­vel­le­ment des baux avec l’étude des pos­si­bi­li­tés de dépla­fon­ne­ment, la valo­ri­sa­tion des actifs au bilan de l’entreprise. Il se posi­tion­nera en tant que conseil pour opti­mi­ser fis­ca­le­ment et écono­mi­que­ment la déten­tion du capi­tal. Les pres­crip­teurs sont alors les experts-comptables, avo­cats d’affaires, ges­tion­naires de patri­moine et notaires.

Pour des patri­moines finan­ciers déte­nus par des socié­tés immo­bi­lières cotées, le tra­vail d’expertise est géné­ra­le­ment assuré par des cabi­nets plus impor­tants qui se sont bien déve­lop­pés ces der­nières années, le plus sou­vent rat­ta­chés à des struc­tures bancaires.

Des méthodes et des outils évolutifs

Les méthodes d’évaluation per­mettent aujourd’hui d’approcher très pré­ci­sé­ment la valeur d’un bien, y com­pris dans un contexte en per­pé­tuelle évolu­tion. Ces méthodes se regroupent en deux familles, les méthodes com­pa­ra­tives et les méthodes dites finan­cières. Elles consistent à ana­ly­ser les fac­teurs socio-économiques, juri­diques, tech­niques et fis­caux de l’immeuble.

La méthode com­pa­ra­tive directe est la plus usi­tée. Elle s’appuie sur l’étude de muta­tions déjà réa­li­sées. Mais aujourd’hui, l’expert dis­pose d’autres méthodes com­pa­ra­tives, par régres­sion, hédo­niste ou par sol plus constructions.

La méthode finan­cière par capi­ta­li­sa­tion où le loyer ou la valeur loca­tive induit la valeur de l’immeuble se décline aujourd’hui, dans le cadre d’une ana­lyse actua­rielle, en tenant compte de tous les cri­tères de reve­nus et charges qui sont pro­je­tés dans le temps : c’est la méthode dite du cash-flow.

Il existe divers ouvrages de réfé­rences trai­tant de la matière, ainsi que quelques logi­ciels d’expertise. Ces logi­ciels per­mettent de pro­cé­der à des rédac­tions auto­ma­ti­sées des rap­ports à par­tir de don­nées recueillies et ana­ly­sées par l’expert. Ils apportent en outre un confort et une rapi­dité dans le manie­ment des méthodes. L’expert devra s’appuyer sur des bases de don­nées, sou­vent gérées de manière confi­den­tielle (base SEVERINA pour les agents immo­bi­liers, base BIEN ou MINPERVAL pour les notaires). Une base de don­nées mutua­li­sée, qui regrou­pe­rait le plus grand nombre des acteurs concer­nés, serait sans conteste un atout indé­niable pour la pro­fes­sion. Elle favo­ri­se­rait le recours presque sys­té­ma­tique de l’expertise sur le mar­ché de l’immobilier.

Jacques Lum­broso

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