Crédit d’impôt, tout savoir sur le dispositif Sarkozy

Samedi 29 septembre 2007, dans Financement

A peine voté, le dis­po­si­tif Sar­kozy des­tiné à favo­ri­ser l’accession à la rési­dence prin­ci­pale par le biais de la déduc­tion d’une par­tie des inté­rêts d’emprunts, est cham­boulé. L’acquéreur s’en sort gagnant.

La recette est bien connue. Pour inci­ter à l’acquisition d’une rési­dence prin­ci­pale, rien de tel que la bonne ficelle de l’avantage fis­cal. En 1996, Alain Juppé avait sup­primé ce bonus, alors sous forme de réduc­tion d’impôt, et le prêt à taux zéro lui avait suc­cédé. Nico­las Sar­kozy remet en scelle l’avantage fis­cal mais sous forme de cré­dit d’impôt. Alors que les réduc­tions et autres déduc­tions ne pro­fitent qu’aux ménages impo­sables, le cré­dit d’impôt est ouvert aux per­sonnes non impo­sables (cel­lesci rece­vant alors le cas échéant un chèque du Tré­sor Public). Selon les cal­culs de l’économiste du Cré­dit Agri­cole, Oli­vier Eluère, envi­ron 45% des ménages se ver­raient ainsi octroyer un chèque».

Un cré­dit d’impôt ini­tial de 20% des inté­rêts d’emprunt

La loi Tepa pour le tra­vail, l’emploi et le pou­voir d’achat, publiée au jour­nal offi­ciel du 22 août valide le cré­dit d’impôt. En bref, ce dis­po­si­tif per­met de béné­fi­cier d’un cré­dit d’impôt de 20% sur les inté­rêts d’emprunt immo­bi­lier pen­dant cinq ans, dans la limite d’un pla­fond annuel de 750 euros pour une per­sonne seule et de 1 500 euros pour un couple sou­mis à une impo­si­tion com­mune, majoré de 100 euros par per­sonne à charge et de 50 euros si l’enfant est en garde alter­née. Sans pour autant que le prêt à taux zéro soit remis en cause comme l’a assuré récem­ment Chris­tine Bou­tin, ministre actuel du Loge­ment et de la Ville.

En revanche, la rétro­ac­ti­vité de la mesure bran­die par le gou­ver­ne­ment et qui devait concer­ner les trois mil­lions d’acheteurs ayant contracté un emprunt dans les cinq années pré­cé­dant la pro­mul­ga­tion de la loi, a été inva­li­dée par le Conseil Consti­tu­tion­nel au motif qu’il consti­tuait «une rup­ture de l’égalité entre les contri­buables» et qu’ «il repré­sen­tait un coût mani­fes­te­ment hors de pro­por­tion avec l’effet inci­ta­tif attendu».

La déduc­ti­bi­lité des inté­rêts d’emprunts aura un effet inci­ta­tif pour l’acquéreur et un effet pou­voir d’achat pour les ménages.
Chris­tine Lagarde
Ministre de l’économie

Et donc seuls les par­ti­cu­liers qui ont signé un emprunt à par­tir du 22 août peuvent déduire une par­tie des inté­rêts d’emprunt. Mécon­ten­te­ment des pro­fes­sion­nels, des ban­quiers et des clients.

Porté à 40% la pre­mière année

Et coup de théâtre, le 24 août, deux jours seule­ment après la publi­ca­tion de la loi, avec un rema­nie­ment du cré­dit porté à 40% la pre­mière année et 20% les quatre années sui­vantes. Le mon­tant des inté­rêts ouvrant droit à ce cré­dit d’impôt reste tou­te­fois pla­fonné au même mon­tant que dans le dis­po­si­tif pré­cé­dent. Mais avec le pas­sage à 40% la pre­mière année, un couple sans enfant pourra déduire jusqu’à 3 000 euros et un céli­ba­taire jusqu’à 1 500 euros, contre res­pec­ti­ve­ment 1 500 et 3 000 euros auparavant.

Par ailleurs, ce dis­po­si­tif est appli­cable, dans l’ancien, pour tous les actes authen­tiques d’acquisition signé depuis le 6 mai. Et lorsque l’on sait qu’il faut envi­ron trois mois entre la signa­ture de la pro­messe de vente et celle de l’acte nota­rié, ce nou­veau texte donne un bonus à ceux qui se sont lan­cés dans l’acquisition en pleine course pré­si­den­tielle. Reste que cette nou­velle mou­ture qui doit encore être dis­cu­tée au par­le­ment devrait s’inscrire dans la loi de Finances mais ne peut s’appliquer actuellement.

Des pro­fes­sion­nels satisfaits

Cette nou­velle ver­sion «dopée» est accueillie favo­ra­ble­ment. La Fnaim qui récla­mait un cré­dit d’impôt supé­rieur à 20%, est satis­faite. «Ce dis­po­si­tif va convaincre les loca­taires de pas­ser au sta­tut de pro­prié­taires. En effet, alors qu’un loca­taire paie son loyer douze mois sur douze, l’acquéreur va pro­fi­ter d’un cadeau repré­sen­tant au bas mot un mois de men­sua­lité chaque année pen­dant cinq ans et davan­tage la pre­mière année avec la nou­velle version».

Pour Jean Fabrice Mathieu, direc­teur géné­ral du groupe Se Loger, «cette mesure tombe à point nommé pour com­pen­ser l’augmentation des prix et des taux et pro­fite à tous, impo­sables ou non, pri­moac­cé­dants ou non». Plus miti­gée en revanche l’appréciation d’Henry Buzy Cazaux, vice pré­sident de Tage­rim, spé­cia­liste du conseil en immo­bi­lier, qui juge ce dis­po­si­tif «déjà dépassé en terme de resol­va­bi­li­sa­tion, les banques ayant pro­fité de la mesure pour réper­cu­ter leur hausse».

Reste à savoir si ces mesures des­ti­nées à redon­ner une marge de sol­va­bi­lité aux acqué­reurs ne vont pas avoir des effets infla­tion­nistes sur les prix. «On peut s’attendre à une petite reprise des ventes et à une légère accé­lé­ra­tion des prix fin 2007 et cou­rant 2008» recon­naît Oli­vier Eluère. De quoi, conju­gué avec la hausse actuelle des taux d’intérêt, anni­hi­ler l’effet de la mesure.

Eli­sa­beth Lelogeais

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