Crédit relais, mode d’emploi

Mardi 2 décembre 2008, dans Financement

Après les alertes de l’Association fran­çaise des usa­gers de banques fai­sant état de 30 000 dos­siers en risque conten­tieux, les banques assou­plissent leur posi­tion sur le débou­clage des cré­dits relais. Ce type de finan­ce­ment conti­nue cepen­dant de faire peur.

L’analyse d’un cour­tier natio­nal pour abor­der la ques­tion en toute sérénité.

JDA : Avec le ralen­tis­se­ment de l’immobilier, ache­ter avant de vendre est plus ris­qué qu’auparavant. Faut’il se méfier des cré­dits relais ?
Bruno Rou­leau :
Il faut nuan­cer l’approche. L’utilité de ce mode de finan­ce­ment est tou­jours avé­rée, sous réserve, évidem­ment, qu’il soit adapté à la situa­tion. Comme son nom l’indique, le prêt relais sert à faire la liai­son entre deux opé­ra­tions immo­bi­lières, une ces­sion et une acqui­si­tion. Il consiste à  mettre à la dis­po­si­tion d’un acqué­reur, déjà pro­prié­taire d’un bien non encore vendu, une somme d’argent en vue de l’achat d’un nou­veau bien et dont le rem­bour­se­ment inter­vien­dra lors de la consta­ta­tion de le vente. La durée du prêt relais est usuel­le­ment de deux ans, soit sous forme d’une durée ini­tiale de deux ans, soit sous celle d’une durée d’un an renou­ve­lable une fois.

JDA : Cela veut-il dire qu’il n’existe qu’une seule sorte de prêt relais ?
B. R. :
Si le prin­cipe est tou­jours le même, des solu­tions dif­fé­rentes s’imposent en fonc­tion de la situa­tion de l’acquéreur. C’est pour­quoi on dis­tingue le prêt relais « sec », lorsque le mon­tant du cré­dit est supé­rieur ou égal au besoin pour le nou­vel achat. Il s’agit dès lors de ne faire qu’une avance de  tré­so­re­rie, assi­mi­lable à une faci­lité de caisse. Deuxième pos­si­bi­lité, le prêt relais avec prêt com­plé­men­taire. Le ban­quier s’attache à esti­mer le bien à vendre, sous déduc­tion de l’encours éven­tuel de cré­dit res­tant à cou­rir sur ce bien, ce qui déter­mi­nera le mon­tant du rem­bour­se­ment qui sera effec­tué lors de l’enregistrement de la vente. Il com­plète ce mon­tant par une autre enve­loppe de finan­ce­ment, dit prêt com­plé­men­taire, pour ajus­ter le besoin par rap­port au mon­tant de l’achat nou­veau. Ce prêt est des­tiné à demeu­rer après la vente du bien et sera amorti sous forme de rem­bour­se­ments pério­diques, selon des moda­li­tés défi­nies contrac­tuel­le­ment dès l’origine. Ce type de mon­tage connaît de nom­breuses variantes selon les banques, en fonc­tion du choix de pour­suivre le rem­bour­se­ment du (des) prêt(s) en cours ou de les sol­der, et selon la quo­tité rete­nue par la banque pour évaluer le net vendeur.

JDA : En quoi consiste la for­mule relais-revente qui s’est for­te­ment déve­lop­pée ces der­nières années ?
B. R. :
Cette for­mule englobe l’encours de prêt res­tant dû sur le bien à vendre, la valeur du bien à ache­ter, majo­rée éven­tuel­le­ment des frais d’acquisition (frais d’agence, droits de muta­tion, frais de garan­tie, hono­raires divers), voire même une enve­loppe de cré­dit sup­plé­men­taire des­ti­née à par­ti­ci­per aux  frais de démé­na­ge­ment ou d’emménagement. Le cré­dit relais-revente est un mon­tage souple qui pro­pose au ven­deur de tout reprendre au sein d’une seule enve­loppe de finan­ce­ment, de sorte qu’il ne se concentre que sur son opé­ra­tion d’acquisition. L’offre est allé­chante, très simple et très pra­tique. Le risque consiste à trop ras­su­rer l’emprunteur, qui ne se pré­oc­cupe plus alors autant de sa vente et qui, du coup, laisse filer le mar­ché. Car fina­le­ment, ce sys­tème com­porte une par­tie de prêt relais qu’il faut débou­cler. De plus, comme la for­mule reprend les encours et y ajoute sou­vent des frais annexes, le coût total de l’opération s’en trouve alourdi.

Dans le type de crise que nous tra­ver­sons actuel­le­ment, les banques ont ten­dance à réduire leur part de finan­ce­ment. En géné­ral de 80%, cette quo­tité tend vers 70%.

JDA : Observez-vous une dimi­nu­tion de la quo­tité finan­cée par les banques ?
B. R. :
Oui. La quo­tité varie à la fois selon les établis­se­ments et selon la conjonc­ture. En clair, sur un bien à vendre et en sup­po­sant, pour sim­pli­fier, qu’il n’y ait plus d’encours de prêt, la banque ne retien­dra pas la tota­lité de la valeur esti­mée, mais uni­que­ment une quo­tité. En géné­ral et lorsque la flui­dité des tran­sac­tions est bonne, on retient 80 % du net ven­deur. Si le mar­ché se tend, comme en ce moment, les banques réduisent à 70 %, voire moins.

JDA : Pour­quoi ?
B. R. :
Parce qu’elles évaluent ainsi la marge de négo­cia­tion d’un ven­deur sur le prix de vente ini­tial, pour réa­li­ser la tran­sac­tion. Sachant que la banque va prendre une garan­tie sur le bien, ou via une société de cau­tion­ne­ment mutuel, elle ne veut pas avoir un cré­dit qui soit garanti à une hau­teur infé­rieure à celle pro­bable de la tran­sac­tion. Qui plus est, lors du débou­clage de la vente, l’emprunteur va devoir sol­der son cré­dit relais avec le fruit de la vente. Si celle-ci se révèle être infé­rieure au prix retenu par la banque dans son mon­tage, cette der­nière va devoir se retour­ner contre l’emprunteur pour deman­der un com­plé­ment qu’il ne pourra pas four­nir puisqu’il aura en géné­ral investi ses écono­mies dans le nou­veau projet.

JDA : Est-ce aussi la rai­son pour­la­quelle un cer­tain nombre de prêts relais sont sus­cep­tibles de ne pas se débou­cler, si on en croit l’Afub ?
B. R. :
C’est en effet une rai­son, même si elle est plus sou­vent indi­recte. Sur ces dos­siers, le pro­blème vient, à l’origine, des ven­deurs qui ont estimé leurs biens il y a main­te­nant deux ans, dans un mar­ché encore actif et haut. La plu­part du temps, ces ven­deurs ont refusé des pro­po­si­tions à la baisse, ce qui a décou­ragé les acqué­reurs poten­tiels. A ce jour, le pro­blème de ces ven­deurs n’est plus lié aux prix de vente, mais au fait qu’ils ne peuvent plus, sauf à reve­nir auprès de leur banque, deman­der une enve­loppe de cré­dit supplémentaire.

JDA : Quelle solu­tion s’offre alors pour ces emprun­teurs ?
B. R. :
Ils peuvent trou­ver un arran­ge­ment avec leur banque qui consiste à réamé­na­ger le mon­tage com­plet de l’opération, sou­vent en ral­lon­geant la durée du prêt pour réin­té­grer une enve­loppe de cré­dit sup­plé­men­taire. Si la banque a prévu une marge de négo­cia­tion assez grande dans l’estimation du bien
pour le cré­dit relais, le ven­deur peut « bra­der » au maxi­mum du mon­tage finan­cier, soit habi­tuel­le­ment 20 % sur le prix de vente initial.

JDA : Tout récem­ment, les pou­voirs publics ont demandé aux banques de se mon­trer indul­gentes dans la pro­lon­ga­tion des cré­dits relais. Est-ce une bonne solu­tion ?
B. R. :
C’est une solu­tion, mais sans  doute pas la meilleure. Cela risque d’inciter les ven­deurs à main­te­nir leur prix et donc à res­ter en inco­hé­rence avec le mar­ché. L’allongement de la durée de mise en vente du bien, néfaste psy­cho­lo­gi­que­ment, laisse par ailleurs tou­jours à pen­ser aux acqué­reurs poten­tiels  que le bien dis­si­mule quelque chose ou qu’il est sur­es­timé puisqu’il n’a pas trouvé preneur.

JDA : Nombre d’observateurs insistent aujourd’hui sur les dan­gers des prêts relais consi­dé­rés comme trop ris­qués dans un mar­ché bais­sier. Cette méfiance estelle jus­ti­fiée ?
B. R. :
Non, le prêt relais ne com­prend pas plus de risque qu’auparavant. Le risque pro­vient exclu­si­ve­ment du mon­tage pro­posé à l’origine de l’opération. Si le ven­deur réa­lise une bonne esti­ma­tion de son bien, le cour­tier ou le ban­quier pro­po­sera une arti­cu­la­tion tenant compte de celle-ci et qui  ‘impli­quera aucune mau­vaise sur­prise. D’autant qu’il n’existe pas de dif­fé­rence signi­fi­ca­tive entre le taux de la par­tie relais et celui du prêt com­plé­men­taire amor­tis­sable. Enfin, les per­sonnes veulent sou­vent for­cer sur l’estimation du bien, jus­te­ment pour gon­fler l’enveloppe du prêt relais. Or, toutes les banques pré­voient faci­le­ment d’effectuer un rem­bour­se­ment anti­cipé par­tiel sur le prêt com­plé­men­taire (dans cer­taines limites) dès lors que les fonds pro­viennent de la vente du bien. Les 20 ou 30 % non pris en compte pour le dimen­sion­ne­ment du cré­dit relais servent dès lors à dimi­nuer l’enveloppe du prêt  omplé­men­taire, ce qui réduit la men­sua­lité de rem­bour­se­ment ou la durée du cré­dit. Il n’y a donc rien à gagner à ne pas rete­nir une valeur de mar­ché lors du montage.

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