Des conditions de crédit toujours excellentes

Jeudi 17 avril 2008, dans Financement

Michel Mouillart, pro­fes­seur d’économie à l’université de Paris X-Nanterre et rap­por­teur de l’observatoire du finan­ce­ment des mar­chés rési­den­tiels CSA-Crédit loge­ment, ana­lyse les der­nières ten­dances en terme de cré­dit immo­bi­lier aux particuliers.

Les taux d’intérêts remontent dou­ce­ment depuis 2005

Alors que les taux des prêts du sec­teur concur­ren­tiel avaient dimi­nué jusqu‘en 2005, ils ont repris de l’ordre de 125 points de base depuis. Ils étaient des­cen­dus à 3.36 % en moyenne au 4ème tri­mestre 2005 (hors assu­rance et coût des sûre­tés), ils sont à 4.62 % au 4ème tri­mestre 2007 (et plus pré­ci­sé­ment à 4.64 % en décembre 2007). Après la hausse régu­lière consta­tée durant l’année 2006 (50 points de base sur un an), le taux nomi­nal moyen des prêts du sec­teur ban­caire a connu une pro­gres­sion plus modé­rée au 1er semestre 2007 (20 points de base sur 6 mois).

A par­tir de juin cepen­dant, les établis­se­ments de cré­dit ont com­mencé à remon­ter leurs taux, en réponse au ren­ché­ris­se­ment du coût des res­sources et à leur stra­té­gie de recons­ti­tu­tion des marges (55 points de base sur 6 mois) : le taux moyen a alors retrouvé le niveau qui était le sien début 2003. En décembre 2007 puis en jan­vier 2008, le mou­ve­ment des taux a mar­qué le pas : le taux moyen est ainsi main­te­nant à 4.66 % (4.63 % pour l’accession dans le neuf et 4.64 % pour l’accession dans l’ancien).

Jusqu’en novembre, les fran­çais ont com­pensé cette hausse en allon­geant la durée des crédits

Entre 2001 et 2003, l’augmentation de la durée des prêts accor­dés se fai­sait à un rythme moyen de l’ordre de 6 mois par an. Le rythme s’est accé­léré durant les années 2004 et 2005 pour repré­sen­ter de l’ordre de 12 mois par an. Et en 2006, la durée des prêts s’est élevée de 16 mois, en moyenne ! Cepen­dant, au cours du pre­mier semestre 2007, l’accroissement de la durée a été plus lent, de l’ordre de 2 mois par tri­mestre : 221 mois au 2ème tri­mestre contre 217 mois fin 2006. Mais dès juin, les durées se sont à nou­veau allon­gées rapi­de­ment pour s’établir à 225 mois au 3ème tri­mestre : elles sont pra­ti­que­ment res­tées à ce niveau durant le 4ème trimestre.

Ainsi, en 2007, l’allongement des durées a été au total de l’ordre de 8 mois. Cepen­dant, dès novembre 2007 le mou­ve­ment d’allongement des durées a com­mencé à s’inverser : ainsi, durant les deux der­niers mois de l’année, la durée des prêts a reculé de 2 mois au total. Le mou­ve­ment s’est pour­suivi en jan­vier 2008, au même rythme : la durée moyenne est alors de 223 mois (243 mois pour l’accession dans le neuf et 238 mois pour l’accession dans l’ancien), contre 224 mois en décembre 2007.

L’indicateur de sol­va­bi­lité se maintient

Au total, les condi­tions de cré­dit ne se sont donc qua­si­ment pas dété­rio­rées depuis plus de 18 mois : le niveau des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal emprunté s’est accru de seule­ment 0.9 % depuis l’été 2005 … mais il a dimi­nué de 3.6 % avec la mise en place du cré­dit d’impôt en faveur de l’accession à la pro­priété ! Ainsi, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande réa­li­sée a retrouvé un niveau élevé en jan­vier 2008 : il dépasse en effet les niveaux élevés qu’il connais­sait en 2005, lorsque les taux d’intérêt étaient au plus bas. Il est vrai que l’impact du cré­dit d’impôt en faveur de l’accession à la pro­priété est équi­va­lent, pour l’ensemble du mar­ché, à une baisse des taux d’intérêt de l’ordre de 65 points de base. Dans l’ensemble, la demande béné­fi­cie donc tou­jours de condi­tions d’expression excellente.

En dépit des incer­ti­tudes qui ont for­te­ment affecté leur envi­ron­ne­ment (craintes sur le pou­voir d’achat, crise de l’immobilier aux Etats-Unis, dévis­sage des mar­chés bour­siers …), le dyna­misme des mar­chés immo­bi­liers n’a d’ailleurs pas encore été altéré.

Si en 2008 le sec­teur n’échappe que dif­fi­ci­le­ment au trou d’air créé dans le sillage des tur­bu­lences bour­sières et finan­cières récentes, il devrait en revanche res­ter à l’écart des bou­le­ver­se­ments aux­quels les sec­teurs immo­bi­liers sont dès main­te­nant confron­tés dans d’autres pays. Et il n’est pas à exclure qu’il rebon­disse plus tôt que prévu, sur­tout si la BCE réduit comme prévu ses taux de refi­nan­ce­ment, dès la fin du prin­temps. Sauf, bien sûr, si les contre­coups de la crise des « sub­primes » et les pertes subies par cer­tains établis­se­ments ban­caires et finan­ciers venaient brouiller la donne: en pro­vo­quant une des­truc­tion de fonds propres des établis­se­ments qui finit par appa­raître comme non négli­geable, c’est bien l’offre de cré­dits sur les mar­chés de détail qui devrait en pâtir. Et en pre­mière ligne, le mar­ché de l’ancien qui absorbe plus de 60 % des cré­dits immo­bi­liers aux particuliers.

Dans un contexte com­pa­rable de « cré­dit crunch », le nombre de tran­sac­tions sur loge­ments exis­tants avait reculé de l’ordre de 15 % sur un an en 1992 (et de près de 25 % par rap­port au point haut de l’année 1989), entraî­nant dans son sillage le mar­ché du neuf. Fina­le­ment, ceux qui «pro­nos­tiquent» depuis le début des années 2000 un recul bru­tal des mar­chés et une baisse des prix des loge­ments pour­raient finir par avoir rai­son si l’offre de cré­dits recule… mais pas du tout pour les rai­sons qu’ils avan­çaient, bien au contraire.

Michel Mouillart

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