Dans les dix quartiers les plus chic et recherchés de Paris, des adresses somptueuses, des vues à couper le souffle. Et des prix faramineux qui semblent toutefois marquer le pas.
Sur les 36.000 transactions réalisées l'an dernier dans la capitale, 3.800 ont dépassé les 500.000 euros. Mais, parmi celles-ci, près de 500 ont franchi le million d'euros et plus de 200 se sont conclues au-delà du million et demi d'euros. Et l'au-delà n'a pas de limites, 4, 6, 8 millions d'euros... et encore, Paris n'est pas chère comparé à Londres, Rome et New York.
Il attire donc une clientèle étrangère qui s'achète sans difficulté apparente un pied-à-terre pouvant mesurer parfois 300 mètres carrés. Les Français s'intéressent aussi à ce marché. Mais quelle que soit la clientèle, celle-ci n'achète pas n'importe où dans la capitale. Une étude menée par la Chambre des notaires de Paris révèle que les dix quartiers les plus chers de Paris se situent dans les 4, 5, 6, 7es arrondissements. La palme revient à Saint-Germain (6e), talonné de très près par les Invalides (7e). Deux endroits mythiques de la capitale où le prix moyen au mètre carré ne se différencie que de quelques euros, 6.583 euros dans le 6e et 6.581 euros dans le 7e. Ensuite, Notre Dame (4e) arrive en troisième position à 6.486 euros. La compétition entre les sites les plus onéreux des 6 et 7es reprend avec Saint-Thomas-d'Aquin (7e) à 6.471 euros, Odéon et Monnaie (6e) à 6.380 et 6.236 euros le mètre carré. Un détour vers le 8e cette fois, dans le secteur Champs-Elysées à 6.027 euros le mètre carré pour revenir dans le 7e à Notre-Dame-des-Champs (5.924 euros). Dernier crochet par la Sorbonne (5e) à 5.660 euros le mètre carré pour atteindre la dernière case au Gros Caillou (7e) à 5.579 euros le mètre carré. Ces valeurs représentent des moyennes, mais ne prennent pas en compte les produits exceptionnels. Ce qui explique certaines différences de prix entre les données statistiques notariales et quelques ventes hors pair effectuées par des agences spécialisées dans l'immobilier de luxe. Si hautes soient-elles, elles ne rebutent pas les acheteurs, loin de là.
Micromarché et maxiprix :
La demande est très forte, alimentée par une clientèle peu concernée par la morosité de la conjoncture. Et la raréfaction des produits contribue à la tension des prix », commente Charles-Marie Jottras, coprésident de Daniel Féau. Et, ajoute Me François Carré, notaire dans le 7e arrondissement et chargé de la conjoncture immobilière à Paris et en Ile-de-France, « la toute récente réforme de la loi sur les plus-values immobilières et la suppression de l'avoir fiscal, en 2005, pour les dividendes des actions rééquilibrant la fiscalité des actions avec celle de l'immobilier devraient encore reporter des clients sur la pierre de prestige ». En 2003, les prix des biens d'exception de ces fameux quartiers ont encore augmenté, de 8 % à 15 %. Toutefois, deux secteurs se distinguent par une plus forte hausse : + 21,9 % pour les Invalides, +19,3 % pour la Sorbonne. Et un autre se fait remarquer pour sa stabilité, c'est le secteur des Champs-Elysées avec seulement 1,8 % d'augmentation. Reste que, depuis 1998, période où l'immobilier commençait à sortir de la crise, la pierre de tous ces secteurs s'est fabuleusement revalorisée : Saint-Germain-des-Prés, Invalides, Sorbonne et Monnaie, toujours selon les statistiques notariales, ont vu leurs prix augmenter de plus de 70 % ! Avec seulement 30 % le secteur Notre-Dame semble jouer dans la cour des petits. Ces « plus-values » sont à manier avec précaution : en 1998, par exemple, les prix dans le secteur Notre-Dame étaient hauts, près de 5.000 euros le mètre carré, alors qu'à Saint-Germain le mètre carré n'était qu'à 3.800 euros. Aujourd'hui, les prix jouent la stabilité, comme le confie Nathalie Garcin, spécialiste à Paris du haut de gamme comme son père, Emile, l'est dans le sud de la France : « Depuis un an, les prix se stabilisent et c'est tant mieux, car il ne fallait plus que les prix grimpent. Ils se stabilisent à un niveau élevé, certes, mais ce n'est pas de la folie et il n'y a pas de surenchère. » Même constat de la part de Charles-Marie Jottras : « Les prix se maintiennent, mais il n'y a pas de spéculation. C'est un marché d'acquéreur-utilisateur et non un marché qui va de surenchère en surenchère. » Me François Carré, de son côté, pense que « les prix sont au taquet » sur ce marché et se risque même à faire un diagnostic moins souriant pour les vendeurs en pronostiquant qu'on pourrait même entrevoir une baisse A partir de 1 million d'euros 'Pour habiter les endroits chics et prestigieux de la capitale, il va donc falloir débourser des sommes assez faramineuses. Saint-Germain-des-Prés bénéficie toujours d'une cote particulière, même si grands couturiers et restaurants branchés ont remplacé librairies et cafés littéraires. Saint-Germain, ce n'est pas que la place ou le boulevard, loin de là. Ce sont des rues proches comme la rue de Seine, la rue Jacob, la rue Bonaparte, le secteur Saint-Sulpice, la rue de Tournon ou la rue Guynemer, juste en face du jardin du Luxembourg. Rue de Seine, un appartement de 100 mètres carrés sur jardin est proposé à 1 million d'euros. Rue Jacob, un 85 mètres carrés avec 30 mètres carrés de terrasse de plain-pied et un parking est à la vente à 1,1 million d'euros. Rue Guynemer, les prix s'enflamment davantage, entre 14.000 et 20.000 euros le mètre carré, dans la fourchette haute, terrasse et vue plongeante sur le jardin du Luxembourg. Pour trouver moins cher dans le 6e, il faut se diriger dans les secteurs Odéon ou Monnaie, entre le carrefour de l'Odéon et le quai de Conti. Dans les rues commerçantes, telles les rues Dauphine ou de Buci, les prix dépassent rarement les 7.600 euros du mètre carré, contre 10.000 euros et plus pour certains sites et adresses d'exception. Dans le 7e, qui fait une course continuelle avec le 6e pour le devancer, les prix sont tout aussi étonnants. Le fin du fin, c'est la vue sur le dôme des Invalides. « Un marché infinitésimal avec une à deux ventes par an sur ce site magique », commente Nathalie Garcin. A vendre un 180 mètres carrés au troisième étage d'un immeuble situé à l'angle de l'Esplanade et de la rue de Grenelle pour 2,2 millions d'euros. Soit 12.222 euros le mètre carré. Plus cher mais beaucoup plus grand - hélas sans vue sur les Invalides -, ce 380 mètres carrés, avec jardin et parking, proposé boulevard des Invalides à 5,250 millions d'euros. Un peu moins onéreux, rue de l'Université, tout proche de Saint-Germain, ce 230 mètres carrés avec 300 mètres carrés de jardin pour 4,5 millions d'euros. Ou encore, quai Voltaire, face au Louvre, ce 300 mètres carrés vendu à 3,8 millions d'euros avec de gros travaux à la clef. Et plus abordable dans la rue calme Villersexel, un 175 mètres carrés à 1,550 million d'euros. Les quartiers Gros Caillou et Saint-Thomas-d'Aquin se révèlent légèrement plus attractifs, autour de 6.100 euros le mètre carré. De très beaux appartements peuvent également se décrocher dans le « triangle d'or » du 8e arrondissement, constitué par les avenues Marceau, Montaigne et George-V. Rue François-Ier, par exemple, à quelques pas de la place du même nom, un appartement de 165 mètres carrés en dernier étage est affiché à 1,350 million d'euros. Le 8e, c'est aussi le quartier de l'Elysée, de Matignon et de la place Beauveau. Sur cette place, avec pour voisin le ministre de l'Intérieur et donc une sécurité assurée, un 145 mètres carrés sur jardin est à vendre 1,1 million d'euros. Une « bonne affaire » pour être aux premières loges de l'actualité. Ceux qui préfèrent une vue plus paisible et autrement plus magnifique sur Notre-Dame peuvent jeter leur dévolu sur le quai de La Tournelle. Mais les opportunités sont rares, même si un 150 mètres carrés dans un immeuble du XVIIIe siècle vient d'être vendu à 1,8 million d'euros. Question de moyens financiers mais aussi de chance pour être le premier averti
par ÉLISABETH LELOGEAIS
|