Forte d'une reconnaissance nationale bien assise, la capitale de l'Ouest ambitionne depuis quinze ans de devenir une métropole européenne. Un enjeu capital pour l'avenir de la ville, qui fait l'unanimité dans la Cité des ducs.
Nantes semble bien être la ville d'Europe où il fait le plus bon vivre." Ce constat flatteur émane pour la première fois d'un magazine de renommée internationale, à savoir le Time du 22 août dernier. Habituée depuis trois ans à caracoler en tête des palmarès réalisés par les hebdomadaires nationaux, la ville fait maintenant son entrée dans la cour des grandes métropoles européennes. Mais elle a encore du chemin à parcourir pour transformer une réputation assise sur la qualité de la vie en réalité économique.
Développement endogène
Le dynamisme économique de la métropole nantaise résulte surtout d'un développement endogène et de délocalisation d'activités tertiaires d'Ile-de-France vers la province. Les implantations d'entreprises étrangères y sont rares et le commerce extérieur régional (dont 40 % sont réalisés par la Loire-Atlantique) reste faible avec 4 % du total des échanges français. Quant au tourisme, si la Loire-Atlantique est la 7e destination française, Nantes en bénéficie peu.
"Renforcer l'image de Nantes à l'international est un véritable enjeu", constate Jacques de Chilly, directeur de l'association Ouest-Atlantique chargée de la promotion économique du Grand Ouest. Mais il se heurte à plusieurs handicaps, dont le positionnement géographique de la métropole. "De l'étranger, on identifie assez bien Lille, Marseille, Strasbourg et même Bordeaux grâce aux vins et Toulouse avec Airbus, mais très peu Nantes." La capitale du Grand Ouest comblerait toutefois ce manque d'identification plus rapidement que le reste de la région des Pays de la Loire grâce à l'émergence "d'un nouveau tissu d'entreprises innovantes, ambitieuses et attirées par les marchés export, analyse Jean-François Balducchi, directeur de la technopole Atlanpole. De nombreuses compétences locales sont déjà de valeur internationale et contribuent à ouvrir la métropole au reste du monde". Jean-François Balducchi, également président de France Technopole Entreprises Innovation (FTEI), estime que Nantes devra "conjuguer ses attraits touristiques et culturels tout autant que scientifiques et économiques" pour donner une dimension internationale à son rayonnement.
Trois axes
La capacité à atteindre cette dimension est d'ailleurs pour Jean-Marc Ayrault, député-maire de la ville et président de la communauté urbaine, l'élément clé sur lequel se joue l'avenir du bipôle Nantes-Saint-Nazaire. Pour atteindre cet objectif d'ici 2015, trois axes ont été identifiés : faire de la périphérie de Nantes un atout en devenant la métropole majeure de l'Arc Atlantique ; renforcer des pôles d'excellence comme les biotechnologies et la santé, mais aussi l'événementiel culturel, sportif ou d'affaires ; tirer profit de l'effet estuaire en valorisant la place portuaire de Nantes-Saint-Nazaire.
Les dix ans à venir vont être consacrés à adapter la métropole à cette ambition en comblant ses faiblesses en matière de recherche (Institut d'études avancées, cyclotron, etc.), d'infrastructures (aéroport international, etc.), d'équipements (centre d'affaires, etc.). Si l'objectif bénéficie d'un réel consensus, les moyens pour l'atteindre laissent l'opposition municipale "dubitative". Le succès du projet "pharaonique" de la réhabilitation de l'île de Nantes, par exemple, est, selon son chef de file Sophie Jozan, un enjeu majeur pour "développer l'image de Nantes, à condition que cela se traduise par des opérations rentables".
Fabienne Proux, à Nantes La Tribune - édition du 10/06/2004
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