Nous reproduisons l'interview de Mme Chantal Coste qui parait dans le Journal de l'Unit dont elle est presidente. Cette "profession de foi", qui n'engage bien sur que son auteur, nous semble une autre pierre importante a l'edifice numero 1: ameliorer l'image de la profession et accroitre sa part de marche.
C'est une suggestion qui revient régulièrement dans les conversations entre professionnels: les agents immobiliers devraient-ils, comme les médecins, les architectes,les avocats… se doter d'un organisme professionnel qui, au-delà d'un syndicat ou d'une association, crédibiliserait et moraliserait la profession ? Celle-ci en a-t-elle besoin ? Est-ce nécessaire, alors que gérer, vendre ou acheter des biens n'a quand même pas la valeur spirituelle qu'on accorde à l'acte de soigner, de juger, de bâtir ? Et pourquoi pas ? Les experts-comptables ne parlent que chiffres et nul ne leur réfute la nécessité de faire preuve d'un moralité sans faille. Appliquer des règles édictées par un ordre permettrait à la fois de défendre la profession et de protéger les consommateurs. L'immobilier est un commerce et la liberté d'entreprendre bien vivante chez nous. Pourquoi l'entraver par des règlements tatillons qui ne sont peut-être au fond que la survivance des moyenâgeuses corporations ?
J.D.U. : Les professions de l'immobilier ont-elles besoin d'un Ordre ou d'un organisme professionnel ? C.C. : "Je crois que nos professions ont besoin de quelque chose ou de quelqu'un qui renforce leur crédibilité et les moralise. Nous avons une mauvaise image dans le public, et elle pèse sur toute la profession." Que serait ce "quelque chose" ? C.C. : "Je ne crois pas que nous pourrions créer un "Ordre", car ce mot est en général lié à l'obtention d'un diplôme d'Etat, diplôme qui, on peut le déplorer, n'existe pas pour les agents immobiliers. Je pense que notre profession pourrait être régentée par un Conseil Supérieur de l'Immobilier." "Régentée…" Vous croyez que les professionnels désirent être régentés ? C.C. : "Il s'agit de régenter la profession, pas les professionnels, ce qui n'est pas du tout la même chose ! Et régenter la profession, c'est mettre l'accent sur deux points extrêmement importants pour l'avenir, actuellement laissés un peu dans le flou : la formation professionnelle et les arbitrages. Voilà quel devrait être le rôle d'un Conseil Supérieur de l'Immobilier : prendre en charge l'indispensable formation permanente dans notre profession, et assurer les nécessaires arbitrages qu'impose la vie quotidienne des affaires." La formation,c'est l'affaire de chacun, non ? C.C. : "Non. C'est l'affaire de tous. Parce que nous pratiquons un métier à fondement juridique, qui relève du savoir et non de l'inspiration, de techniques précises, qui plus est en évolution constante. Les connaissances professionnelles, personne ne les possède en naissant. Il faut donc les acquérir. Faute de quoi, pour un professionnel, les risques sont grands : risque de mécontenter ses clients, donc de les perdre, risque de mal gérer son cabinet, donc de disparaître, risque d'être un mauvais professionnel et d'entacher tout le métier… ce qui arrive. C'est pourquoi je déplore qu'actuellement, une fois la carte professionnelle obtenue, aucune formation continue ne soit rendue obligatoire par le législateur." Un syndicat comme l'Unit peut très bien se charger de la formation de ses adhérents. Pourquoi faire appel à un autre organisme ? C.C. : "Chaque organisation professionnelle doit se charger de la formation de ses membres, comme c'est le cas actuellement. De plus, il me semble que les organisations professionnelles sont les plus aptes à fixer le niveau de compétences nécessaire pour chaque activité exercée. Elles peuvent également avoir en charge le renforcement des niveaux de connaissances et de compétences. Mais ensuite, il faut un critère objectif ! Si chaque commune était libre d'instaurer sa propre réglementation du Bac, il y aurait 100 % de bacheliers et… encore plus illettrés qu'aujourd'hui ! Tous les syndicats professionnels de l'immobilier, et pas seulement l'UNIT, ont regretté, à la promulgation de la réforme de la loi Hoguet, que le législateur n'ait pas rendu obligatoire la formation professionnelle, comme cela existe pour les médecins. on peut comprendre que les difficultés de mise en place se soient opposées à ce projet, mais alors il appartient à une organisation professionnelle, et ce pourrait être l’une des missions dévolues au Conseil Supérieur de l'Immobilier, de prendre en charge cette mission vitale. C'est la formation qui assurera la notoriété et la moralisation de nos professions." Les syndicats professionnels ne vont-ils pas alors perdre leur indépendance ? C.C. :"Non, dans la mesure où ce devrait être toutes les organisations syndicales professionnelles qui réfléchissent ensemble sur les formations à mettre en place, qui définissent les niveaux de connaissances requis, les acquis obligatoires. Ce sont elles aussi, parce qu'elles défendent les intérêts de leurs adhérents, qui devraient définir comment organiser la certification ou le diplôme, les contrôles et les vérifications." Quelle serait la deuxième mission de ce Conseil, ce que vous appelez la fonction d'arbitrage ? C.C. :"Ce Conseil devrait tout d'abord être une instance d'éloignement ou de radiation des professionnels indélicats. C'est une mission extrêmement difficile à remplir mais absolument nécessaire pour redorer l'image de notre profession. Chaque syndicat pourrait bien sûr s'en charger dans ses rangs, mais on imagine pour chacun de reconnaître qu'il y a un problème dans sa propre organisation. Difficile d'être juge et partie… C'est pourquoi il faut une instance supérieure, au-dessus des parties. C'est une fonction disciplinaire, pas réellement d'arbitrage… C.C. : "L'une, la disciplinaire, est la conséquence de l'autre. Le Conseil devrait intervenir comme instance d'arbitrage en cas de conflit entre deux professionnels, ou en cas de conflit entre un professionnel et un consommateur. Et cet arbitrage entraînerait très vite des sanctions disciplinaires, en cas d'exercice de la profession sans carte professionnelle par exemple, ou en cas de dysfonctionnements graves. Tous cas qui sont actuellement très difficiles à régler. En les réglant, cette instance créerait une sorte de jurisprudence, deviendrait une force de proposition." Force de proposition…serait-ce la troisième fonction de ce Conseil ? C.C. : "Sans aucun doute. En remplissant ses deux rôles : définition des actions de formation et d’arbitrage, un Conseil Supérieur de l'Immobilier bâtirait une véritable réflexion de fond sur les problèmes que rencontre notre profession, et serait alors à même de faire des propositions au législateur. C'est cette fonction qui permettra au Conseil de forger pour nos métiers l'image positive que nous entendons leur redonner !"
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