Rien de bon à attendre pour 2009?

Lundi 22 décembre 2008, dans Repère financier

Le pre­mier semestre avait connu un flé­chis­se­ment pré­oc­cu­pant de l’activité des mar­chés immo­bi­liers, mais la crise de finan­ce­ment ne sem­blait pas encore avoir débou­ché sur une crise.

Le recul observé durant l’été, de l’ordre de 20 à 25 % au mini­mum, annonce une vraie crise immo­bi­lière d’une ampleur incon­nue jusqu’alors.

En octobre 2008, les taux des prêts du sec­teur concur­ren­tiel (hors assu­rance et coût des sûre­tés) se sont établis à 5,15 %.

Ainsi, depuis le mois de mai, ils ont déjà repris 50 points de base et sont reve­nus à leur niveau de la fin 2001.

Ils devraient dépas­ser 5,25 % avant la fin de l’automne : les dif­fi­cul­tés de finan­ce­ment et de refi­nan­ce­ment des établis­se­ments de cré­dit, la hausse du coût des res­sources et la contrainte de recons­ti­tu­tion des fonds propres contri­buent à cela.

La pra­tique des marges néga­tives a en outre été aban­don­née par la quasi-totalité des établissements.

Si l’évolution obser­vée récem­ment paraît suf­fi­sam­ment douce pour ne pas dés­équi­li­brer encore plus le mar­ché, cette nou­velle phase de remon­tée des taux déforme la struc­ture de la pro­duc­tion : en octobre, 80,8 % des prêts étaient à un taux supé­rieur à 5 % (et main­te­nant 10,6 % à un taux supé­rieur à 5,5%), contre 1,8% en 2007… et 0,1 % en 2006.

En outre, depuis le début de l’année, la durée des prêts se réduit : elle s’est établie à 221 mois en octobre (247 mois pour l’accession dans le neuf et 233 mois pour l’accession

5.25 % avant la fin de l’automne : les dif­fi­cul­tés de finan­ce­ment et de refi­nan­ce­ment des fonds propres contri­buent à l’augmentation des taux des cré­dits. dans l’ancien).

En 2007, l’allongement des durées avait été au total de l’ordre de 8 mois.

Depuis le début de l’année 2008, et au-delà des fluc­tua­tions obser­vées d’un mois sur l’autre, la réduc­tion de la durée des prêts s’élève main­te­nant à près de 5 mois sur un an.

En octobre, pour ce qui concerne l’accession, 60,1 % des prêts étaient d’une durée à l’origine com­prise entre vingt et trente ans, contre 60 % en 2007.

Cepen­dant, la part des prêts de plus de trente ans, déjà très modeste, recule dou­ce­ment (2,6 % en octobre 2008 contre 3,7 % en 2007).

La struc­ture de la pro­duc­tion répar­tie par tranches de durée à l’origine ne se déforme donc que très modé­ré­ment, et cer­tai­ne­ment pas comme on aurait pu l’escompter : la part des prêts de plus de vingt-cinq ans n’a ainsi perdu que 2 points depuis le début de l’année !

Cela parce que le recul de la pro­duc­tion se réa­lise de façon assez homo­gène sur tous les seg­ments de mar­ché : ce ne sont pas les prêts aux durées à l’origine les plus longues qui souffrent le plus, toutes les durées sont affec­tées dans des pro­por­tions à peu près com­pa­rables par le recul de la production.

Ainsi, et quelle que soit la réfé­rence prise, les condi­tions de cré­dit se dété­riorent : le niveau des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal emprunté s’est accru de l’ordre de 7,3 % depuis décembre 2007.

La seule évolu­tion jusqu’alors favo­rable au mar­ché, la baisse du coût rela­tif moyen des opé­ra­tions réa­li­sées, a mar­qué le pas en octobre.

Même si l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande réa­li­sée était encore en octobre à un niveau élevé, il est désor­mais engagé sur une ten­dance à la décrue qui devrait se ren­for­cer dans les pro­chains mois avec une nou­velle dégra­da­tion des condi­tions de crédit.

Une réces­sion qui devrait durer

Le recul du mar­ché des cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers s’est ampli­fié au cours du troi­sième tri­mestre 2008 : – 3.8 % par rap­port au tri­mestre précédent.

Habi­tuel­le­ment, les mois d’été sont ceux de la crois­sance de la pro­duc­tion de cré­dits : en 2007, par exemple, la pro­duc­tion avait pro­gressé de 7,3 %. Mais la situa­tion actuelle est excep­tion­nelle et la pro­duc­tion est redes­cen­due sous le niveau qui était le sien en 2005 à la même époque.

Alors qu’au pre­mier tri­mestre le recul avait été de 9,2 % sur un an, de tri­mestre à tri­mestre, puis de 10,9 % au deuxième tri­mestre, il s’établit aujourd’hui à 20,1 %.

Chiffres clés
5.5%
, c’est le taux moyen des cré­dits immo­bi­liers en octobre 2008, en hausse de 50 points depuis le mois de mai (8 points en juin, 16 points en juillet et 9 points en août).
221 mois, c’est la durée moyenne des prêts en octobre (242 mois pour l’accession dans le neuf, 233 mois dans l’ancien).
3,69 années de reve­nus, c’est le coût rela­tif moyen des opé­ra­tions réa­li­sées contre 3,85 années en août 2006. Ce coût est le plus bas observé depuis la fin 2005.
+7.3% depuis décembre 2007, c’est la hausse moyenne des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal. Cette aug­men­ta­tion s’établit à 2% si l’on prend en compte la mise en place du cré­dit d’impôt en faveur de l’accession à la propriété.

La pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers a donc des­cendu une marche sup­plé­men­taire durant les mois d’été : depuis le début de l’année, sur un an, le mar­ché a reculé de 13,7 %. Dans ce contexte, le repli de la pro­duc­tion constaté chez les banques géné­ra­listes est tou­jours un peu plus rapide que le mar­ché (– 14.5 % contre – 1,4 % en 2007 à la même époque).

Il n’a cepen­dant pas été uni– forme, cer­tains établis­se­ments ayant à nou­veau accru « for­te­ment » leur pro­duc­tion au cours du troi­sième trimestre.

L’offre des banques à carac­tère mutua­liste ou coopé­ra­tif baisse à peu près au rythme du mar­ché, de 14,1 % (+ 5,5% en 2007), mais avec des dis­pa­ri­tés entre établis­se­ments moins mar­quées que parmi les autres banques.

Pour leur part, les banques spé­cia­li­sées amor­tissent encore un peu le repli de leur pro­duc­tion (– 9,2 %, contre + 2,5 % en 2007 à la même époque), mais là aussi avec de grandes disparités.

La remon­tée des taux d’intérêt et le rac­cour­cis­se­ment des durées qui se constatent depuis le début du mois de juin pèsent main­te­nant sur la sol­va­bi­lité de la demande : les clien­tèles de ménages à reve­nus moyens et modestes qui avaient jusqu’alors résisté devraient désor­mais être elles aussi affectées.

Contrai­re­ment à ce qui se passe pen­dant l’été la pro­duc­tion de cré­dit est reve­nue cette année à son niveau de 2005. 

D’autant que la dégra­da­tion de la conjonc­ture écono­mique géné­rale et la remon­tée du chô­mage ne peuvent que contri­buer à une aggra­va­tion de la situa­tion de la demande.

La pro­duc­tion a donc peu de chances de véri­ta­ble­ment se res­sai­sir au cours du qua­trième trimestre.

Dans ce contexte d’incertitudes per­sis­tantes, le scé­na­rio qui se des­sine pour 2008 est main­te­nant celui d’une véri­table réces­sion des mar­chés : pour une pro­duc­tion de 170 mil­liards d’euros en 2007, 2008 devrait se situer entre 140 et 145 mil­liards d’euros dans le meilleur des cas.

Et rien pour l’heure ne per­met d’attendre une amé­lio­ra­tion pour l’année pro­chaine. Il est même à craindre, compte tenu de la dégra­da­tion de la demande qui est main­te­nant visible, que 2009 soit une nou­velle année de contrac­tion du mar­ché des crédits.

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Voir aussi :

  1. Entre espoir et désespoir
  2. 2008, une année perdue
  3. Conjonc­ture immo­bi­lière : amé­lio­ra­tion en vue
  4. Des nuages sur le finan­ce­ment des marchés
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