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« La hausse de l’offre locative ne doit pas masquer une situation toujours très tendue »

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Après trois années de recul, l’offre locative repart à la hausse au premier semestre 2026. Un signal positif qui ne suffit toutefois pas à enrayer une pénurie persistante. David Benbassat, président de Bien’ici, décrypte les tensions du marché, les freins à l’investissement et le rôle que peuvent jouer les professionnels de l’immobilier.

photo : David 800 560

Après trois années de recul, l’offre locative progresse de 12,5 % au premier semestre 2026. Peut-on parler d’un retournement de tendance ?

C’est une bonne nouvelle, car cela faisait longtemps que nous n’avions pas observé une croissance de l’offre. Mais cette hausse de 12,5 % reste en partie l’arbre qui cache la forêt. La situation demeure en effet très tendue après plusieurs années de pénurie.

Une partie de cette amélioration s’explique notamment par le retour des primo-accédants sur le marché de l’achat fin 2025 et début 2026. C’est toute la logique du parcours résidentiel : lorsqu’un locataire devient propriétaire, il libère un logement.

Il faut cependant regarder si les biens qui reviennent aujourd’hui sur le marché correspondent réellement à la demande.

Qu’est-ce qui empêche le marché locatif de retrouver davantage de fluidité ?

Le premier frein est le manque de rotation. Les locataires restent plus longtemps dans leur logement, ce qui réduit mécaniquement l’offre disponible.

Le deuxième élément est le fort ralentissement de l’investissement locatif privé encore accentué depuis la fin du Pinel. Lorsqu’un investisseur quitte le marché, il ne crée plus de nouvelle offre locative.

S’ajoutent enfin les contraintes qui pèsent sur les propriétaires bailleurs, notamment en matière de DPE et de rénovation énergétique. L’objectif de rénovation du parc est légitime, mais sortir des logements de la location sans faciliter leur remise sur le marché accentue la pénurie.

Cette situation touche particulièrement les petites surfaces, pourtant très recherchées par les étudiants, les jeunes actifs ou les familles monoparentales. Les données de Bien’ici révèlent qu’en 2019, 73 % des studios mis sur le marché étaient proposés à la location. En 2026, cette proportion n’est plus que de 47 %.

Quels signaux faudrait-il envoyer aux propriétaires pour les inciter à revenir sur le marché ?

Il n’existe pas une mesure unique capable de résoudre la crise. Il faut un ensemble d’actions pour recréer de la confiance et rendre de nouveau l’investissement locatif attractif.

Plusieurs initiatives récentes vont dans le bon sens, notamment les dispositifs destinés à faire revenir les investisseurs privés, même s’ils doivent encore gagner en simplicité.

Il faut également trouver un équilibre sur la rénovation énergétique. Permettre à certains logements mal classés de revenir sur le marché avec, en contrepartie, un engagement du propriétaire à réaliser des travaux dans un délai acceptable est une piste intéressante portée par le Ministre.

L’accès au crédit est aussi essentiel. Si les taux repartent fortement à la hausse et que les banques deviennent plus prudentes, nous risquons de bloquer à nouveau le parcours résidentiel. Le retour des primo-accédants sur le marché est pourtant indispensable pour favoriser la libération de logements locatifs.

Le DPE doit-il encore évoluer pour mieux répondre aux réalités du parc immobilier ?

Il faut surtout parvenir à un cadre stable et cohérent. Les règles de calcul ont beaucoup évolué ces dernières années, notamment pour mieux prendre en compte certaines petites surfaces chauffées à l’électricité. Mais la réflexion doit désormais aller plus loin. La décence énergétique ne doit plus seulement être pensée sous l’angle de la protection contre le froid. Avec les épisodes de fortes chaleurs, il faut aussi s’interroger sur la capacité des logements à rester confortables en été.

Les tensions sont-elles les mêmes partout en France ?

La baisse de l’offre locative concerne l’ensemble des territoires. Depuis 2019, elle atteint de 42 % en Île-de-France et 45 % dans les Pays de la Loire. Dans certaines régions, comme la Normandie ou le Centre-Val de Loire, elle approche même 64 %.

La tension est évidemment plus forte dans les grands bassins d’emploi et les métropoles, où la demande est particulièrement concentrée. Mais la tendance de fond reste la même : l’offre locative s’est fortement contractée partout.

Quel rôle les agences immobilières peuvent-elles jouer dans ce contexte ?

Les agences subissent elles aussi cette pénurie. Leur enjeu est désormais de gérer une demande extrêmement importante et des situations de vie des particuliers de plus en plus complexes.

Lorsqu’un logement attire 20, 25 ou 30 candidats alors qu’un seul pourra l’obtenir, cela génère beaucoup de frustration. Les professionnels ont donc un rôle essentiel à jouer pour fluidifier le parcours : mieux organiser la diffusion des annonces, préparer les visites et aider les candidats à constituer des dossiers complets et qualitatifs.

La transparence sur la situation du marché est également primordiale pour éviter d’accroître inutilement la déception des candidats locataires.

Les professionnels ont-ils également un rôle à jouer auprès des propriétaires bailleurs ?

Oui, et c’est probablement l’un des leviers les plus importants. Certains propriétaires choisissent aujourd’hui de vendre plutôt que de continuer à louer, parfois faute d’informations ou parce qu’ils redoutent le coût et la complexité des travaux. Les professionnels doivent être au plus près d’eux pour les informer, les guider et les aider à anticiper les rénovations nécessaires.

Il y a quelques années, l’un des principaux sujets des gestionnaires était la vacance locative. Aujourd’hui, dans les zones tendues, elle est devenue très faible. C’est un argument fort pour expliquer aux bailleurs qu’en rénovant leur logement et en le maintenant à la location, ils peuvent préserver sa rentabilité.

Quelles seront les prochaines évolutions de Bien’ici ?

Nous dévoilerons plusieurs nouveautés à l’occasion du RENT. Le portail va notamment continuer à faire évoluer son moteur de recherche. Nous passons progressivement d’une logique de moteur de recherche à celle d’un moteur de réponse, afin d’apporter des résultats toujours plus précis aux utilisateurs et de simplifier leur parcours.

Nous présenterons également de nouveaux services destinés aux professionnels de l’immobilier, notamment aux agences, pour continuer à les accompagner dans leurs enjeux de développement.

 

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