« Mission Nogal : une chance pour le secteur », Henry Buzy-Cazaux Président de l’Institut du management des services immobiliers

Le gouvernement lance une mission afin de faire évoluer le modèle des intermédiaires immobiliers, grands oubliés de la loi Élan.

Le Premier ministre a surpris l’ensemble de la communauté immobilière lorsqu’en pleine crise des gilets jaunes, quelques jours seulement après la promulgation de la loi Élan sur le logement, monument législatif, il signe un décret  missionnant le député LREM Mickaël Nogal de Haute-Garonne* pour réfl échir à l’amélioration du marché locatif. Édouard Philippe a surpris parce qu’en pleine crise du pays, alors qu’un texte fondamental venait d’être voté, il ouvrait une nouvelle problématique immobilière. L’enjeu est plus profond qu’il y paraît : faciliter l’accès des ménages au marché locatif et sécuriser les revenus des propriétaires.

Un équilibre de plus en plus difficile à trouver

En première approche, les deux objectifs sont contradictoires. Pourtant, pas de marché sans cet équilibre entre des  locations accessibles à la plus large proportion des candidats locataires et des investisseurs qui y trouvent leur compte. Cette équation a de plus en plus de mal à s’équilibrer, en particulier sous l’effet de la désolvabilisation de la  demande et de la fragilisation des locataires comme des bailleurs, face à des loyers qui ont augmenté dans les grandes villes plus rapidement que les revenus et ce, dans un climat de délitement du marché du travail depuis vingt ans.

Redonner à la location la place qui lui convient

On doit rendre au gouvernement deux hommages : celui, d’abord, d’avoir pris la mesure de cette réalité, et même d’avoir rouvert sans idéologie un dossier daté et marqué, instruit en leur temps et à leur manière par François Hollande et Cécile Duflot. On parlait alors d’encadrement des loyers d’office dans toutes les agglomérations tendues et de garantie universelle des loyers. Les deux solutions ont été, l’une enterrée, l’autre édulcorée, mais les problèmes persistent.

Il faut ensuite noter que le gouvernement entend trouver la voie pour que les professionnels prennent enfin une place significative dans le secteur de la location, dont ils ne réalisent que la moitié, et de la gestion locative, qu’ils ne contrôlent que pour un tiers. Lucide que de considérer que l’intermédiation peut mener à rationaliser les locations, avec des niveaux de loyer mieux ajustés ou encore des critères de choix plus objectifs, et à rassurer les propriétaires bailleurs, avec un apaisement des relations avec les locataires et un meilleur recouvrement des loyers.

Une occasion historique pour reprendre la main

Il faut que la communauté des administrateurs de biens et des agents immobiliers saisissent cette occasion historique en faisant des propositions fortes pour reprendre la main. Faut-il qu’ils imaginent un dispositif de garantie contre les impayés sous la forme d’un partenariat public-privé entre les assureurs et Action Logement ? Faut-il qu’ils s’attribuent le rôle de ducroire pour être eux-mêmes garants du paiement des loyers ? Faut-ils qu’ils fassent évoluer  les critères de choix des locataires pour rendre les locations privées plus accessibles ? Oui, sans doute. En tout cas, ces professionnels sont à un tournant de leur histoire. Doivent- ils y voir une pression de plus, une tracasserie supplémentaire ? Non, l’inverse : l’estime publique, qui se mérite, en effet, en acceptant une responsabilité majorée.

*Mickaël Nogal a été le porte-parole et le coordinateur de la loi Élan pour la majorité. Le 25 octobre dernier, il avait lancé un Tour de France du logement pour promouvoir ce texte et aller à la rencontre des Français et des acteurs du secteur.

 

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Henry Buzy Cazaux: Après avoir conseillé Pierre Méhaignerie, ministre de l'équipement et du logement, Henry Buzy-Cazaux a occupé des fonctions de responsabilité dans des entreprises immobilières de premier plan, FONCIA, Tagerim ou encore le Crédit Immobilier de France, mais également au sein des organisations professionnelles du secteur. Ancien délégué général de la FNAIM, il a aussi été administrateur de plusieurs autres syndicats immobiliers. Il a été chargé de mission auprès du président du Conseil de l'immobilier de l'Etat. Il mène depuis toujours une action engagée pour la formation aux métiers de l'immobilier: président d'honneur de l'Ecole supérieure des professions immobilières, cofondateur de l'Institut des villes, du territoire et de l'immobilier du Groupe ESSEC, il est aujourd'hui président fondateur de l'Institut du Management des Services Immobiliers, centre de prospective et d'enseignement. Il est enfin membre du conseil scientifique de l'observatoire immobilier des notaires et président du groupe "Immobilier, logement et ville durable" du Forum pour la gestion des villes et des collectivités locales et territoriales.