Immobilier neuf : un premier trimestre catastrophique

Malgré des signaux politiques encourageants et l’entrée en vigueur du statut du bailleur privé, le marché du logement neuf replonge au premier trimestre 2026. Mises en vente au plus bas historique, réservations en recul et retrait massif d’opérations… la promotion immobilière reste paralysée par un contexte économique et géopolitique anxiogène.

2020, 2022, 2026… Pour le marché de l’immobilier neuf, les crises se suivent et se ressemblent. Pourtant sur le papier, tout était réuni pour que cette nouvelle année soit celle de la reprise. Un statut du bailleur privé attendu de longue date qui s’installe, un nouveau projet de loi Relance Logement en préparation… Force est de constater que le logement était enfin revenu au cœur de l’agenda politique pour le Gouvernement. Mais après le Covid, la guerre en Ukraine, c’est cette fois l’embrasement du Moyen-Orient qui est venu rebattre les cartes.

« Nous vivons un jour sans fin », a déploré Pascal Boulanger, président de la FPI, lors de la conférence de presse organisée ce mardi 12 mai, pour présenter les chiffres de la promotion privée au premier trimestre. « A chaque crise, le marché du logement neuf chute à un niveau plus bas que le précédent. » Il faut dire qu’une nouvelle fois, le secteur se voit confronter aux mêmes problématiques : flambée du coût des matériaux, remontée des taux d’intérêt, climat anxiogène pour les ménages. « Tous ces éléments-là entretiennent et alimentent un climat d’anxiété généralisé qui est délétère pour l’économie. Et vous le savez, l’inquiétude ne rime pas avec l’envie d’acheter un logement », souligne Didier Bellier-Ganière, délégué général de la FPI.

Des mises en vente au plus bas historique

Du côté de l’offre, les chiffres sont qualifiés de « catastrophiques » par Didier Bellier-Ganière. Avec seulement 11 649 logements mis en vente sur le trimestre — contre 14 423 un an plus tôt, soit une baisse de 19,2 % —, jamais le marché n’avait atteint un tel plancher.

Il faut dire que la logique est implacable : « Pourquoi mettre des programmes sur le marché quand les délais d’écoulement de l’offre commerciale atteignent désormais près de 20 mois en moyenne nationale, alors que l’équilibre du marché se situe autour de 12 mois ? », observe Pascal Boulanger.

A noter qu’aucune région n’échappe à la dégradation : certains territoires dépassent même trois ou quatre années théoriques d’écoulement. Autre indicateur qui illustre cette tension : 24 % des programmes sont retirés du marché, soit une opération sur quatre.

Des réservations en chute libre

Autre signal alarmant : les ventes totales de logements neufs reculent de 14,3 % par rapport au premier trimestre 2025, passant sous la barre symbolique des 20 000 logements sur le trimestre. Les ventes aux particuliers fléchissent, quant à elles, de 10,8 % et les ventes en bloc s’effondrent de 35 %.

« Ce dernier chiffre traduit l’épuisement des bailleurs sociaux », explique Pascal Boulanger. Ces organismes, qui avaient soutenu le marché via les plans d’achat gouvernementaux lancés fin 2022, ne peuvent plus jouer le même rôle. « Ils doivent parallèlement gérer leur propre maîtrise d’ouvrage et rénover leurs parcs existants, et leurs fonds propres ne sont pas illimités », ajoute-t-il.

Seule note positive à ces chiffres abyssaux, les ventes aux investisseurs particuliers progressent de 22,8 %, passant de 2 484 à 3 049 unités. Un chiffre encore très faible en valeur absolue, quatre fois moins qu’en période normale, mais qui représente un signal possiblement lié à l’entrée en vigueur du statut du dispositif Jeanbrun. Pour autant, l’heure n’est guère à l’optimisme pour la Fédération des Promoteurs Immobiliers qui ne constate en effet aucun signe tangible de reprise à mi-parcours du deuxième trimestre. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer tant que durera la guerre au Moyen-Orient.

Categories: Conjoncture
Stéphanie Marpinard: Après avoir évolué pendant 10 ans au sein d'un groupe spécialisé dans les médias étudiants, l’orientation professionnelle et la gestion de carrière, en tant que rédactrice en chef adjointe, Stéphanie Marpinard a choisi de travailler à son compte et collabore depuis à différents médias. Ses domaines de prédilection sont entre autres l'immobilier, l'emploi et les ressources humaines.