Portrait d’Olivier Bugette : « la passion d’entreprendre, en conservant son indépendance »

Aux commandes de La Boîte Immo depuis 2009, Olivier Bugette a fait grandir son entreprise sans jamais renoncer à son indépendance. Désormais à la tête d’une ETI de 260 collaborateurs, l’entrepreneur autodidacte s’apprête à franchir un nouveau cap. Dans une interview exclusive accordée au Journal de l’Agence, il revient sur le chemin parcouru et sur la manière dont ce changement d’échelle l’amène, lui aussi, à faire évoluer son rôle.

Les professionnels de l’immobilier vous connaissent comme étant le fondateur de La Boîte Immo. Comment s’est construit votre parcours entre vos premiers pas dans l’immobilier et l’accueil, dans vos locaux varois, du ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun en juillet dernier ?

Avant de créer La Boîte Immo en 2009, j’ai lancé Pigimmo en 2005. Je travaillais alors au sein d’une agence immobilière car j’avais moi- même l’ambition d’en ouvrir une. À l’époque, les CRM étaient peu répandus, la pige immobilière se faisait de manière manuelle… J’ai vite compris qu’on pouvait digitaliser cette activité et j’ai créé Pigimmo, dont l’ambition était d’informer, chaque jour, les professionnels de l’immobilier des biens qui étaient mis en vente dans leur secteur géographique. En réalité, cette activité m’a occasionné beaucoup d’ennuis juridiques, notamment avec la CNIL. Au bout de 4 années d’exploitation, on m’a donné un ultimatum : pivoter en un mois.
J’ai alors revendu Pigimmo à un concurrent : je lui ai cédé mon portefeuille d’affaires, mais j’ai fait le choix de conserver mes 15 collaborateurs, avec lesquels je souhaitais poursuivre l’aventure. C’est avec eux et grâce au fruit de cette vente que j’ai créé une boîte à outils plus généraliste : La Boîte Immo.

Aujourd’hui, avec un CA projeté de 30 millions d’euros pour 2026, je suis fier de participer activement au dynamisme économique de mon territoire, le Var, et de contribuer à porter la voix des professionnels de l’immobilier auprès du ministre Vincent Jeanbrun, que j’ai reçu dans mes locaux au lendemain de l’adoption de son projet de loi au Sénat.

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Avez-vous toujours voulu être entrepreneur ?

Je n’ai pas grandi dans un environnement où l’entrepreneuriat allait de soi.

Pour autant, à force d’être en perte de sens dans mes précédents postes, je me suis aperçu que ce dont j’avais envie était de bâtir une entreprise. J’ai mis du temps à le comprendre : quand j’ai lancé Pigimmo à l’âge de 26 ans, je savais que je ne pourrai plus jamais faire autre chose qu’entreprendre.

Mes proches ne le comprenaient pas : un jour, alors que je faisais visiter mes locaux à mon père et que Pigimmo générait déjà plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires, il m’a dit que ce serait bien que je trouve un « vrai » travail. Cette posture d’entrepreneur s’est construite au fil du temps, également avec les échecs que j’ai connus.
Et il y en a eu beaucoup : le lancement du portail immobilier Keltoit.com, le positionnement de La Boîte Immo Neuf auprès des pro- moteurs et constructeurs, la création de La Boîte Immo Média… Ces projets, qui n’ont pas trouvé leur modèle, m’ont pris de l’énergie,
m’ont coûté beaucoup d’argent, mais m’ont appris qu’il fallait continuer à se tromper, sans jamais s’acharner.

La Boîte Immo est l’un des rares acteurs de la PropTech à être resté indépendant. Cette souveraineté est-elle un choix calculé ?

Oui, c’est un choix de rester maître de mon capital et de mes décisions au quotidien. J’ai à cœur de rester indépendant pour ne pas perdre mon droit de pilotage. Si je n’ai jamais été tenté de me rapprocher de fonds d’investissement, c’est aussi parce que j’ai toujours eu la confiance des banques. Il faut dire que j’ai une gestion de l’entreprise en « bon père de famille » : je rends toujours des bilans positifs et bénéficiaires, j’équilibre mes acquisitions…

Le fait de réussir à conjuguer un déploiement dynamique et un autofinancement m’apporte beaucoup d’agilité. Si on me parle d’un projet un matin, j’ai la capacité de le démarrer dès l’après-midi.

Au sein de La Boîte Immo, les cycles de décisions sont rapides et c’est cette agilité qui a participé au succès de l’entreprise. Pour autant, si l’on m’avait apporté plusieurs millions d’euros pour financer mon développement, il aurait peut-être été plus rapide et ambitieux. Mais je ne regrette rien : cette indépendance m’a permis de faire les choses à ma manière, sans mettre mon entreprise en risque.

Suite au rachat d’Opinion System en février 2026, La Boîte Immo a franchi le seuil des 250 salariés et est officiellement devenue une ETI, non plus une PME. Avec ce changement d’échelle, réfléchissez-vous à vous entourer ?

L’acquisition d’Opinion System est la plus ambitieuse des 15 opérations de croissance externe que nous avons réalisées. Opinion
System, c’est 60 personnes, 12 000 clients, un périmètre important… Je suis très enthousiaste car il y a beaucoup de synergies à développer ensemble.

Aujourd’hui, La Boîte Immo compte 260 collaborateurs. Cette nouvelle étape m’amène naturellement à réfléchir à une évolution de mon rôle : nommer un directeur général pour lui confier l’opérationnel et me concentrer sur une fonction de président.

Depuis le premier jour, je suis impliqué dans tous les sujets du quotidien. Avec le changement d’échelle que nous connaissons aujourd’hui, cette organisation atteint ses limites. Si cette évolution ne s’est pas faite plus tôt, ce n’est pas par difficulté à déléguer : l’entreprise s’appuie déjà sur un comité de direction, un comité managérial…
C’est plutôt parce que, jusqu’ici, mon rôle était naturellement central dans l’impulsion, la vision et la dynamique entrepreneuriale de La Boîte Immo.

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L’effectif de La Boîte Immo est-il encore amené à beaucoup évoluer ?

Ces prochains mois, nous allons continuer à lancer de nouveaux projets qui vont effectivement nécessiter le recrutement de nouvelles compétences. Et nous allons continuer à mener des opérations de croissance externe. Pour autant, si nous parvenons à faire grandir l’entreprise sans nécessairement doubler nos effectifs, ce sera évidemment le scénario le plus pertinent. Car je préfère que les équipes restent soudées, se connaissent entre elles, aient un mindset aligné avec les valeurs de l’entreprise, mais aussi que
leur sentiment d’appartenance reste fort.
Or, c’est moins évident lorsqu’on devient un grand groupe, où les salariés deviennent forcément plus anonymes. J’ai à cœur que nos équipes se sentent bien dans leur poste, que leurs missions soient exaltantes, qu’elles puissent progresser via de la promotion interne…

Je suis moi-même un autodidacte : je n’ai jamais appris à piloter une entreprise, j’apprends et je découvre en avançant.

Au fil des années et des différentes acquisitions, la cible de La Boîte Immo — initialement les agents immobiliers indépendants – s’est-elle élargie ?

Non, La Boîte Immo a toujours exclusivement été orientée vers les agents immobiliers indépendants. Cependant, notre mission a en effet évolué : nous voulons rendre l’indépendance à tous les professionnels. Autrement dit : nous nous adressons désormais à l’ensemble des professionnels souhaitant travailler pour leur propre marque.

Il ne se passe pas une semaine sans que nous soyons contactés par des agences qui souhaitent quitter des réseaux pour gagner en agilité. Ce n’est pas une fatalité de dépendre d’un réseau : un autre modèle existe et permet aux professionnels de ne plus être
contraints de reverser, toute leur vie, une partie substantielle de leur chiffre d’affaires.

La Boîte Immo leur propose un accompagnement qui est largement comparable à celui d’un réseau immobilier. En 20 ans,
nous avons développé un écosystème qui nous permet d’aider les agences sur tous les plans : la formation, le juridique, le logiciel… La cerise sur le gâteau, c’est que nous les fédérons entre elles via le label Interkab, qui réunit 8500 agences. Aucun réseau n’offre ce potentiel.

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Les agents mandataires, qui sont régulièrement critiqués par les agents immobiliers, sont-ils, eux aussi, dans votre cible ?

Je ne souhaite pas participer aux débats qui entourent les réseaux de mandataires. Ils contribuent à démocratiser l’immobilier et permettent à de nombreux professionnels de s’y épanouir, même si le taux d’échecs reste important. Ces agents sont, eux aussi, nombreux à nous solliciter.

Ce n’est pas une fin en soi d’être agent mandataire. C’est un modèle intéressant pour faire ses armes mais, à un moment donné, il peut être pertinent de franchir une étape : devenir un professionnel de l’immobilier à part entière et capter pleinement la valeur de son travail. La Boîte Immo est, encore ici, en mesure de les accompagner à créer leur propre agence, pas forcément physique d’ailleurs, notamment en leur permettant d’obtenir leur carte « T », donc d’avoir un niveau de formation comparable aux autres professionnels.

En plus de proposer les formations obligatoires type « loi Alur », notre organisme de formation, qui est certainement le plus actif dans l’immobilier, permet aux agents mandataires d’acquérir des compétences métiers en management, en gestion d’agence… Nous leur offrons ensuite le même niveau d’accompagnement qu’au sein d’un réseau, sans les contraintes associées.

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Quels sont les prochains défis que La Boîte Immo souhaite relever ?

L’un de nos défis porte sur le développement de la gestion locative.

Ces prochains mois, notre mission sera de rendre les agences immobilières encore plus polyvalentes. Car aujourd’hui, une part importante fait uniquement de la transaction. Or, la gestion locative a plusieurs vertus : celle de générer un chiffre d’affaires récurrent, donc de se prémunir des aléas du marché, mais également celle d’apporter des contacts, donc de nourrir un fichier transactionnaire. C’est dans cette optique que nous déployons le logiciel Oskar. Notre enjeu est de rendre ce métier le plus accessible possible.

Puisque les agences rencontrent des difficultés pour recruter des gestionnaires locatifs, nous travaillons sur un projet qui leur permettra, grâce à la technologie, d’automatiser une grande partie des tâches d’un gestionnaire, donc d’éviter un recrutement jusqu’à ce que le palier de 100 lots gérés soit atteint.

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Categories: Interviews
Aurélie Tachot: Aurélie Tachot est une journaliste spécialisée dans l'immobilier, qu'elle aime aborder sous le prisme des innovations, notamment technologiques. Après avoir été rédactrice en chef de plusieurs médias spécialisés, elle collabore avec Le Journal de l'Agence afin de rédiger des articles d'actualité sur les acteurs qui font l'immobilier d'aujourd'hui et qui feront celui de demain.