La crise du logement s’impose comme un enjeu majeur des municipales 2026. Pénurie de logements abordables, loyers en hausse, passoires thermiques ou habitat indigne : les problématiques varient selon les villes, mais traduisent une tension généralisée. Pour les professionnels de l’immobilier, ces orientations peuvent influencer investissements, obligations légales et valorisation du parc privé. Suivre l’évolution des politiques locales sera clé pour anticiper leurs impacts et ajuster les stratégies.
À Paris, Emmanuel Grégoire entend réguler le marché et augmenter massivement l’offre de logements
Avec une pression immobilière particulièrement forte dans la capitale, Emmanuel Grégoire n’a cessé durant sa campagne de dresser un constat sans détour : « Se loger à Paris est devenu un parcours du combattant. » Dans son programme, il souligne qu’environ 300 000 logements sont vacants ou utilisés comme résidences secondaires, soit près d’un logement sur cinq. Il met également en avant une forte concentration de la propriété, affirmant que « 60 % des logements privés sont détenus par des personnes qui possèdent au moins cinq biens immobiliers ».
Face à cette situation, le nouveau maire de Paris entend ainsi s’attaquer aux logiques spéculatives. Son programme prévoit notamment d’interdire les locations de type Airbnb lorsqu’elles deviennent permanentes, de renforcer la fiscalité sur les logements vacants et, en dernier recours, de recourir à la réquisition de biens inoccupés. Dans son programme, figure également la création d’une « brigade de protection du logement » pour faire respecter ces règles.
La protection des locataires constitue un autre axe structurant de l’action à venir d’Emmanuel Grégoire pour la ville de Paris. L’encadrement des loyers, déjà en place, doit être pérennisé et renforcé, tandis qu’une garantie municipale des loyers et une assurance habitation accessible doivent faciliter l’accès au logement.
En parallèle, Emmanuelle Grégoire affiche une ambition forte en matière de production de logements. Il vise la création de 60 000 logements publics, dont la moitié de logements sociaux et l’autre de logements abordables, avec des loyers pouvant être jusqu’à 25 % inférieurs au marché. Le programme prévoit également de développer l’accession sociale à la propriété via le Bail Réel Solidaire, permettant des prix jusqu’à 30 à 50 % inférieurs au marché, ainsi que la transformation de bureaux en logements.
Enfin, la rénovation du parc existant est présentée comme un enjeu central, avec l’objectif de rénover 200 000 logements pour les adapter notamment aux épisodes de chaleur.
« Nous voulons que Paris reste une ville où l’on peut vivre, travailler, étudier, vieillir et élever ses enfants », résume Emmanuel Grégoire.
À Lyon, Grégory Doucet aspire à un service public du logement entre social et transition climatique
À Lyon, Grégory Doucet défend quant à lui une approche articulant justice sociale et adaptation climatique. « Un toit n’est pas un bien comme les autres », a-t-il affirmé, tenant à poser le logement comme un droit fondamental.
Son programme indique un objectif de 30 % de logements sociaux à l’horizon 2040, avec une production annoncée de 1 500 nouveaux logements sociaux par an et un doublement des investissements. Cette ambition s’appuie sur un constat : plus de 70 % des habitants sont éligibles au logement social, signe d’un besoin massif.
Le programme met également l’accent sur l’accession abordable à la propriété, notamment à travers le Bail Réel Solidaire, présenté comme un levier pour permettre à des ménages d’acheter à des prix très inférieurs au marché, par exemple « 30 m² à 100 000 euros ».
Au-delà de la construction, la stratégie de Grégory Doucet repose sur une mobilisation du parc existant. Selon lui, il s’agit de transformer des bureaux vacants en logements, mais aussi de remettre sur le marché des logements inoccupés grâce à des dispositifs sécurisant les propriétaires. La régulation du marché passera également par le maintien de l’encadrement des loyers et par un renforcement des contrôles contre les meublés touristiques abusifs et l’habitat indigne.
Par ailleurs, le maire réélu entend faciliter l’accès au logement en mettant en place une garantie municipale des loyers et une assurance habitation à coût réduit, tout en renforçant l’accompagnement juridique des locataires.
Enfin, l’adaptation au changement climatique occupe une place centrale du programme de Grégory Doucet. La création d’un fonds municipal devra permettre de financer des équipements réduisant la chaleur dans les logements, avec un objectif affiché de baisse pouvant atteindre 4°C de la température ressentie. Le programme évoque également la nécessité de lutter contre les « logements bouilloires » devenus inhabitables en période de forte chaleur.
L’effort porte aussi sur l’hébergement d’urgence, avec une hausse annoncée de 40 % du budget, ainsi que sur la lutte contre le sans-abrisme, notamment celui des enfants.
À Marseille, Benoît Payan veut garantir un logement digne pour tous et réhabiliter massivement
À Marseille, la politique du logement s’inscrit dans un contexte marqué par une crise profonde et durable. Benoît Payan a lui aussi rappelé durant sa campagne que « se loger dignement n’est pas un privilège, c’est un droit fondamental ». Il faut se rappeler que la ville reste profondément marquée par les drames liés à l’habitat indigne, en particulier l’effondrement d’un immeuble rue d’Aubagne en 2018. Depuis 2020, la municipalité affirme avoir placé cette question « au cœur de l’action municipale ».
Concrètement, le nouveau maire veut doter la ville d’une direction dédiée regroupant 130 agents et a engagé des centaines de travaux d’office pour se substituer aux propriétaires défaillants. Il veut également intensifier les signalements à la justice, avec près de 200 cas recensés ayant conduit à 29 condamnations de marchands de sommeil.
Le programme s’organise autour de quatre axes : produire, réguler, réhabiliter et accompagner.
Produire, d’abord, en mobilisant 30 millions d’eurospour le logement social et en visant un objectif de 25 % de logements sociaux, tout en développant des outils comme le Bail Réel Solidaire ou la mobilisation du foncier.
Réguler, ensuite, en cherchant à encadrer les loyers, à lutter contre les meublés touristiques abusifs et à remettre sur le marché les logements vacants. Réhabiliter, surtout, car « Marseille est une ville déjà construite », ce qui implique une action massive sur le parc existant, notamment les copropriétés dégradées et les quartiers anciens.
Enfin, accompagner, car « le logement est une réalité humaine avant d’être une réalité technique ». Dans une ville où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, la municipalité met en avant des dispositifs d’intermédiation locative, de prévention des expulsions et de priorisation des publics les plus vulnérables.
Le programme insiste également sur l’adaptation au climat méditerranéen, en promouvant des formes d’habitat intégrant la ventilation, la végétalisation et la gestion de la chaleur.
Professionnels de l’immobilier, tenez-vous informés sur votre secteur de proximité
Ces programmes, tels qu’annoncés pendant la campagne des municipales de mars 2026, donnent des signaux forts sur les priorités des nouvelles municipalités : production de logements sociaux et abordables, réhabilitation du parc existant, régulation du marché et adaptation climatique. Pour les professionnels de l’immobilier, ces orientations peuvent influencer les opportunités d’investissement, les obligations légales, la valorisation du parc privé et les projets de construction. Suivre attentivement l’évolution de la politique du logement de chaque commune sera essentiel pour anticiper les impacts sur le marché local et adapter ses stratégies professionnelles.