La légère détente des taux des crédits immobiliers observée début mars pourrait être de courte durée. La remontée de l’OAT et les tensions internationales ravivent l’incertitude, poussant les banques à rester prudentes dans leurs barèmes. Un contexte à surveiller de près pour les professionnels de l’immobilier. Analyse de Bruno Rouleau, Délégué Général de la Fédération du Courtage en Crédit.
Tandis que la France sort à peine d’une séquence compliquée pour proposer un budget 2026 (qui a d’ores et déjà toutes les chances d’être révisé avant la fin d’année), voilà que le contexte international revient jouer le trouble-fête. Il n’en fallait pas moins pour semer à nouveau le doute sur les marchés et dans la stratégie des banques.
Mais voyons de suite la situation sur les barèmes bancaires – qui ne sont d’ailleurs pas tous publiés en raison des événements géopolitiques récents – qui affichent globalement une poursuite de l’attentisme des prêteurs. Toutefois la tendance des parutions les plus précoces affichait une très légère détente sur toutes les maturités. A noter le retour très agressif de La Banque Postale, en retrait depuis plusieurs mois.
Des marges de négociation toujours importantes sur les taux
Les fourchettes d’écart entre les taux moyens et les taux négociés restent assez larges, permettant aux banques d’ajuster leur tarif au regard de chaque dossier (des écarts allant parfois jusqu’à 0,80% !). Si la priorité demeure aux profils disposant de gros revenus, les primo-accédants continuent de bénéficier de solutions complémentaires à taux réduits, impactant le taux moyen pondéré de l’offre globale de prêt. Hormis cela, les conditions constatées donnent pour ce début mars :
Prêts relais : entre 3,35 et 4,10 % (taux indiqués hors assurance de prêt)
Prêts sur 15 ans : entre 3,20 % et 3,80 %
Prêts sur 20 ans : entre 3,30 % et 3,95 %
Prêts au-delà de 20 ans : entre 3,40 % et 4,10 %.
Le contexte international rebat les cartes des taux
Mais il convient de véritablement prendre en compte les récents événements internationaux et les conséquences envisagées sur l’économie européenne et française pour comprendre que l’optimisme qui voulait percer a vite été refroidi. Tandis qu’on commençait à entendre l’Allemagne réclamer une baisse des taux directeurs, que la France travaillait sur les chantiers issus du budget sorti aux forceps avec une OAT 10 ans redescendue vers les 3,20%, les tensions financières inhérentes à la situation très tendue un peu partout dans le monde remettent les hypothèses à mal. L’OAT a rebondi au-delà des 3,40%, les scenarii sur l’inflation rattrapent les demandeurs de baisse des taux, et le climat anxiogène gèle le retour de la confiance.
Il est encore trop tôt pour présager de l’avenir et des stratégies bancaires, et il y a fort à parier que les taux proposés dans les prochaines semaines s’ajustent sur ces nouveaux paramètres. Il serait donc prudent pour les porteurs de projets de finaliser ceux-ci dans les conditions actuelles.
Bruno ROULEAU est co-fondateur et Délégué Général de la Fédération du Courtage en Crédit.
Diplômé du CNAM dans le secteur bancaire, cadre durant une 20aine d’années au sein de 4 groupes bancaires. Il bascule dans le secteur de l’intermédiation bancaire en 2004, d’abord chez In&Fi Crédits qu’il rejoint peu de temps après leur création. Il en devient associé aux côtés de Pascal BEUVELET, crée avec lui l’IFIB (Institut de Formation) et l’activité de Financement Professionnel. Il y occupe aussi la fonction de Directeur des Partenariats, de l’Animation et Porte-Parole de l’enseigne. En 2010, il rejoint CAFPI au sein de la Direction Générale et du Comité Exécutif, en charge des Grands Accords, de l’Economie Sociale et de l’Organisation Interne.
Passionné par l’entrepreneuriat, il crée en 2015 son cabinet de conseil en Formation et de conseil pour accompagner les entreprises et les réseaux dans leur virage digital, notamment dans la gestion de la relation Client. Revenu dans le secteur du courtage en crédit en 2018, il retrouve d’abord In&Fi Crédits comme membre du Comité de Direction, Directeur des Partenariats et Porte-Parole, et devient parallèlement secrétaire puis Président de l’APIC, avant de passer Secrétaire Général chez La Centrale de Financement, puis Directeur de la Stratégie et de l’Innovation, et Porte-Parole chez AFR Financement, tout en étant administrateur de la CNCEF Crédits jusqu’en juillet 2024. Il est également auteur d’ouvrages sur le courtage en crédit, référent réglementaire au sein d’organismes de formation, et intervenant en Faculté des Métiers.