Discret mais observé, peu médiatique mais commenté, Benjamin Salah est le repreneur d’une entreprise familiale, à la tête de laquelle il trace une trajectoire singulière. Il ne parle ni de croissance ni de parts de marché, mais d’une vision profondément humaine et collective. Une interview exclusive à découvrir dans les pages du Journal de l’Agence.
Le choix de remettre l’humain au centre
Dans la sphère de la pierre, HUMAN Immobilier ne passe pas inaperçu. Entreprise familiale fondée par Eddy Salah en 1980 dans le Sud-Ouest, son histoire est celle d’une transmission de père en fils, aujourd’hui incarnée par Benjamin Salah. À la tête du premier réseau intégré français d’agences immobilières, il s’est imposé comme une figure du tissu économique bordelais et a progressivement pris une place reconnue au sein de la profession à l’échelle nationale.
Très tôt, Benjamin a construit son parcours avec un objectif clair : reprendre l’entreprise familiale. Après des études de droit des affaires et de commerce, il rejoint la Bourse de l’Immobilier en 2008 et en devient le dirigeant en 2013. En 2021, il décide de rebaptiser le groupe désormais reconnu de tous par ses vitrines bleu roi et son logo HUMAN.
« Ce qui est apparu à l’époque comme un coup de com’ a été pour moi une façon marquante de révéler ce que nous avions fait de cette entreprise, à savoir une organisation qui valorise les femmes et les hommes en priorité » raconte Benjamin Salah.
« Sans faire le procès du passé, il faut admettre que l’on n’embarque plus des équipes aujourd’hui comme on le faisait il y a 30
ans. Cela faisait partie des pratiques que je souhaitais voir évoluer pour qu’elles me ressemblent davantage : replacer mes collaborateurs au centre du jeu. Depuis de nombreuses années chez HUMAN, nous avons la chance de compter des collaborateurs loyaux et impliqués. Nous avons donc travaillé pour améliorer leur expérience globale, leurs parcours d’évolution en interne, les outils de travail, la formation, les modalités de rémunération, etc. Il était indispensable pour moi de venir leur accorder la considération qu’ils méritent et les moyens de réussite nécessaires car au bout du compte, ce sont eux qui se trouvent face
aux clients et qui construisent la réputation de HUMAN ».
Un leadership d’équipe récompensé
Attaché à ses coéquipiers et avec une réelle estime pour eux, Benjamin Salah fait partie de ces leaders fédérateurs.
« M’afficher comme un dirigeant spectaculaire et solitaire à la Bernard Tapie ne m’intéresse pas. Ce qui m’est cher est de gagner la confiance de ceux qui m’entourent, de les soutenir autant qu’ils m’accompagnent, de partager avec eux une vision et des objectifs auxquels nous adhérons ensemble. À mesure que j’avance dans la vie, je réalise que l’essentiel n’est pas tant ce que je fais mais avec qui je le fais. À l’heure où les investisseurs ne jurent que par les business models, notre plus grand facteur de réussite réside dans le choix des hommes et des femmes avec lesquels nous bâtissons. Et si je suis le seul dirigeant de l’entreprise, c’est en réalité toutes mes équipes qui la portent avec moi ».
Et pour cause, en 2023, Benjamin Salah a pris la décision d’ouvrir son capital à ses collaborateurs, dont le taux de roulement est parmi les plus faibles du secteur. Cette année, l’enseigne a été distinguée à deux reprises : le magazine Capital (1) l’a classée 1ère au Palmarès France du « Meilleur Employeur » parmi les réseaux d’agences immobilières, et 3e au niveau national dans le secteur immobilier.
« C’est une très belle récompense du chemin parcouru et pourtant, je suis convaincu que nous en sommes encore au début ». Et des collaborateurs épanouis font aussi des clients satisfaits : la cigogne a été récompensée pour la deuxième année consécutive par le baromètre Vasano la plaçant en 1ère place du classement des réseaux immobiliers les mieux notés sur Google, avec une moyenne de 4,87/5.
Durant ses 45 premières années d’existence, le réseau HUMAN Immobilier a été uniquement composé d’agences intégrées, majoritairement implantées dans le grand quart sud-ouest. Puis, en 2024, l’enseigne s’est finalement lancée dans la franchise afin de déployer sa présence nationale. Une étape que n’avait pas souhaité franchir le fondateur Eddy Salah car, comme il l’avait précédemment confié au Journal de l’Agence, « les franchisés sont parfois des partenaires difficiles : ils s’approprient l’intégralité de la réussite lorsque tout va bien, et quand ça se passe mal, c’est toujours de la responsabilité du franchiseur » (2).
Mais pour Benjamin Salah, là encore, le sens du collectif doit primer. « Nous faisons preuve de pédagogie avec les franchisés qui nous rejoignent et nous nous accordons avec eux sur le fait que les succès comme les échecs doivent être partagés ». Intransigeant sur cet alignement de valeurs et sur la qualité des franchisés qu’il sélectionne, le dirigeant reconnaît être impressionné par l’énergie des entrepreneurs qui rejoignent son réseau.
« J’ai été très surpris de voir la vitesse à laquelle certaines agences franchisées ont obtenu des résultats remarquables ! Mais je le comprends : les entrepreneurs développent un instinct de survie et une énergie folle, car ils savent qu’ils prennent des risques, que leur matelas de sécurité est limité et qu’ils jouent leur peau. Faire des nuits blanches d’angoisse, de peur de ne pas enregistrer les résultats escomptés, je connais ça, comme tout dirigeant ».
Le sport comme école de l’endurance et de la compétition
Human Sport x Ksenia Chasteau
HUMAN Immobilier a connu ses crises et ses difficultés, qu’elles soient liées au marché, aux évolutions réglementaires, technologiques ou encore au climat social. Mais l’endurance, la résilience, le goût du jeu et de la compétition sont des qualités que partage Benjamin Salah avec les sportifs de haut niveau qu’il admire tout particulièrement. Le sport n’est jamais très loin de lui.
À travers son label HUMAN Sport, le groupe soutient de nombreux sportifs et équipes, amateurs comme professionnels. Du CSP Limoges au Vendée Globe 2024 aux côtés du skipper Antoine Cornic, HUMAN multiplie les engagements. L’enseigne a notamment contribué à la création du Human Padel Open (premier tournoi professionnel international de la discipline en France) et soutient des athlètes comme Ksenia Chasteau, double championne de France de tennis-fauteuil, l’Union Bordeaux Bègles ou encore l’équipe de handball de Montpellier.
« C’est une passion personnelle, une façon de faire vivre notre esprit d’équipe, mais aussi une grille de lecture sur le monde, explique-t-il. Dans toutes les disciplines liées à la performance, il faut accepter l’échec, la déception, et savoir rebondir. C’est exactement ce que vivent les sportifs de haut niveau et les professionnels de l’immobilier, soumis aux cycles et à la pression du résultat ».
Sans en révéler davantage mais désireux d’en faire un levier d’engagement sociétal, Benjamin Salah aimerait même aller plus loin et aider les jeunes en difficulté également à travers le sport.
Le collectif pour levier d’attractivité et de pérennité
Inquiet pour les plus jeunes générations confrontées aux défis de l’intelligence artificielle, le leader fait le pari de séduire ses futures recrues par l’ADN authentique de sa marque et de sa communauté.
« Bien sûr, nous bénéficions de tous les outils digitaux nécessaires pour permettre à nos équipes de performer, mais ce qui fait notre place singulière dans le milieu tient à mon sens au sentiment d’adhésion que nous suscitons. À rebours des réseaux de mandataires — contre lesquels je n’ai par ailleurs pas de griefs — qui prônent la liberté et l’indépendance, je suis convaincu que nous avons tous besoin d’appartenir à un groupe, qu’il s’agisse de notre sphère familiale, professionnelle, culturelle, sportive, religieuse, etc. On entend beaucoup de jeunes revendiquer leur soif d’indépendance, leur désir de se détacher de tout, mais à mon sens, il est absolument essentiel de se reconnaître, de s’identifier et de défendre des couleurs. En tant qu’individu, cela nous donne des appuis. Et c’est d’ailleurs ce que reproduisent les réseaux de mandataires lorsqu’ils organisent leur grande convention annuelle : ils réunissent tous leurs agents pour créer un sentiment d’appartenance, alors même que la promesse initiale portait sur la liberté et l’autonomie ».
« Quoi qu’il en soit, le collectif est aussi mon moteur en tant que chef d’entreprise : ce sont mes collaborateurs qui donnent du sens à mon travail et à mon quotidien ».
Fidèle à ses convictions mais prêt à se remettre en question, Benjamin Salah se dit confiant pour l’avenir. « Nous avons tout ce qui me semble important pour nous inscrire dans la durée : une belle histoire, une richesse humaine, une vision, un projet commun, de l’énergie, des compétences complémentaires et des outils efficaces. Les clients, eux, même au temps de l’intelligence artificielle, auront toujours besoin d’être accompagnés. On ne remplace pas l’humain lorsqu’il s’agit de projets de vie ».
La mini-bio de Benjamin Salah
Benjamin Salah a rejoint la Bourse de l’Immobilier en 2008, en tant que directeur Rhône-Alpes, avant de diriger les affaires opérationnelles. En 2013, il prend la direction générale du groupe et engage sa transformation, notamment via le changement de marque vers HUMAN Immobilier en 2021. Il développe de nouveaux métiers au sein du Groupe HUMAN, tels que la gestion locative, le courtage en prêts immobiliers, l’immobilier neuf, l’immobilier commercialet professionnel et l’immobilier de prestige. Passionné de sport et joueur de tennis (classé 3/6 à l’adolescence), il s’engage dans le sponsoring sportif et lance le label HUMAN Sport.
1) Publié par le magazine Capital et réalisé par l’institut indépendant Statista, ce classement repose sur une enquête nationale menée auprès de salariés d’entreprises de plus de 500 personnes. Cette distinction reflète la qualité de l’environnement de travail et l’engagement des équipes.
2) « Nous voulons devenir le N°1 de l’immobilier de services en France », Eddy et Benjamin Salah, la Bourse de l’Immobilier – publié le 15 mars 2018 sur lejournaldelagence.com
Journaliste de passion et juriste de formation, Alix Fieux aime aller à la rencontre des acteurs de l'immobilier pour découvrir les initiatives originales des agences et des entreprises qui renouvellent le secteur. Son deuxième sujet favori ? L’essor d’une nouvelle génération de ressources humaines qui concerne également les professionnels de la pierre, pour comprendre comment mieux recruter, manager et fidéliser leurs talents !
Auparavant, elle a également travaillé en tant que journaliste et responsable éditoriale pour différents médias et marques sur des sujets d'actualité variés.