Bien plus qu’un livre sur l’érosion du littoral
À première vue, le sujet pourrait sembler réservé aux experts du littoral. Il n’en est rien.
Au fil des 160 pages de ce livre blanc particulièrement documenté, Quentin Lagallarde montre que le recul du trait de côte constitue le premier révélateur d’une mutation beaucoup plus profonde. Demain, les professionnels de l’immobilier devront apprendre à évaluer des biens dont la durée d’usage ne pourra plus être considérée comme illimitée. Le changement climatique, les évolutions réglementaires et les nouvelles exigences d’adaptation des territoires imposent déjà de nouvelles grilles de lecture.
Le constat est saisissant : près de 900 kilomètres de littoral français sont déjà concernés par le recul du trait de côte et, à l’horizon 2100, près de 450 000 logements pourraient être affectés. Derrière ces chiffres se cachent des enjeux économiques, juridiques et humains considérables.
Comme le résume Alain Duffoux dans sa préface : « Évaluer trop bas, c’est priver le citoyen d’une juste compensation ; évaluer trop haut, c’est faire peser sur la collectivité une charge indue. »
Une phrase qui rappelle que derrière les méthodes d’évaluation se jouent aussi des questions d’équité et d’intérêt général.
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Quand les méthodes classiques atteignent leurs limites
L’un des grands mérites de ce livre blanc est de démontrer, références scientifiques et analyses juridiques à l’appui, que les méthodes traditionnelles d’évaluation montrent aujourd’hui leurs limites face à certains actifs exposés aux effets du changement climatique.
L’ouvrage s’appuie notamment sur les travaux de la géographe Eugénie Cazaux, qui mettent en évidence un paradoxe étonnant : le marché immobilier n’intègre toujours pas réellement les risques côtiers dans les prix. Autrement dit, les transactions continuent largement d’ignorer un risque pourtant appelé à transformer durablement le patrimoine immobilier littoral.
Cette démonstration conduit Quentin Lagallarde à poser une question essentielle :
Comment déterminer la valeur d’un bien dont on connaît désormais l’échéance d’utilisation ?
Sa réponse prend la forme d’une nouvelle approche méthodologique : la Valeur Résiduelle d’Utilisation (VRU). Plus qu’une formule d’expertise, elle ouvre une réflexion de fond sur l’évolution des pratiques professionnelles et sur la manière d’intégrer des risques désormais objectivés dans l’évaluation immobilière.
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Une lecture indispensable pour anticiper l’immobilier de demain
Ce livre blanc ne s’adresse pas uniquement aux experts judiciaires ou aux spécialistes de l’évaluation. Les agents immobiliers, administrateurs de biens, syndics, notaires, collectivités ou encore décideurs publics y trouveront de nombreuses clés de compréhension sur les évolutions qui s’annoncent.
La préface d’Alexandre Ciaudo résume parfaitement la portée du travail : « Le droit de propriété n’est pas ici exproprié au moyen d’un acte administratif ; il est progressivement dissous par la mer. »
Au-delà du seul recul du trait de côte, cette réflexion interroge notre manière d’appréhender la valeur des biens immobiliers dans un monde confronté aux conséquences du changement climatique. C’est sans doute la raison pour laquelle cet ouvrage dépasse largement le cadre d’un simple livre technique. Il ouvre un débat qui concerne déjà l’ensemble de la profession.
Pour tous ceux qui souhaitent comprendre comment l’évaluation immobilière pourrait évoluer dans les années à venir, cette lecture s’impose comme une référence.
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