L’Intelligence artificielle (IA), un levier de performance pour les agences
L’IA divise autant qu’elle passionne. Il n’en reste pas moins que le recours à l’IA se développe au quotidien, que ce soit dans le milieu professionnel comme dans le cadre privé.
L’immobilier n’est pas en reste. On s’aperçoit de plus en plus que les potentiels acquéreurs se sont renseignés sur le quartier, sur les prix du marché par exemple, ou que les vendeurs ont établi eux-mêmes l’estimation de leur bien via l’IA…
Forts de ces constats, il vous appartient de les retourner à votre avantage en personnalisant ces données, en adaptant ces informations “théoriques” à la réalité du terrain. C’est là que votre rôle de professionnel apporte une plus-value : vous adaptez des informations générales à l’état du bien, à sa situation géographique exacte, aux nuisances que vous pourriez constater (nuisances sonores, vis-à-vis), détails pratiques qui peuvent échapper à l’IA et donc fausser les informations reçues.
L’intelligence artificielle s’impose également désormais dans le travail quotidien des professionnels de l’immobilier.
En quelques clics, elle promet rapidité, précision et efficacité. Elle séduit par les gains de temps qu’elle procure.
Les logiciels de rédaction automatisée peuvent aider à produire des annonces claires, optimisées pour le référencement et adaptées au ton de l’agence ou encore faciliter la rédaction des comptes rendus de visite.
Les outils d’estimation basés sur l’analyse de données massives affinent la valorisation des biens en intégrant de nombreux paramètres : transactions récentes, évolution du marché, caractéristiques du quartier…
Les chatbots, quant à eux, permettent une première interaction avec le client, répondent aux questions courantes et qualifient les demandes avant que le professionnel prenne le relais. L’expérience client s’en trouve améliorée par une plus grande réactivité et un premier accompagnement personnalisé.
Sur le plan interne, certaines solutions d’IA permettent une meilleure gestion administrative et assistent par exemple les gestionnaires dans la vérification des dossiers de location ou l’analyse de la solvabilité, en réduisant le risque d’erreur humaine.
Pour les agences, ces technologies représentent un véritable gage de sécurité et de professionnalisme.
Mais attention, l’agent immobilier reste pleinement responsable vis-à-vis de ses clients des vérifications qu’il doit faire, des informations diffusées et des estimations publiées.
L’IA doit rester un outil d’assistance qui nécessite un contrôle du professionnel.
À lire aussi l’article de Sarah Laassir, avocate, sur le site du Journal de l’Agence : Publication réseaux sociaux : attention aux droits d’auteur – Journal de l’Agence
Un cadre juridique évolutif
Le développement rapide de ces technologies s’accompagne d’un vide juridique relatif.
Si le règlement européen sur l’intelligence artificielle 2024/1689, adopté en mars 2024 et entré en vigueur en août 2024, vise à poser un cadre général à son utilisation en imposant aux États membres de prendre les mesures nécessaires d’encadrement et de contrôle liées à l’usage de l’IA, les agences doivent d’ores et déjà se conformer aux règles existantes, notamment en matière de responsabilité, de protection des données personnelles et de loyauté de l’information.
Lorsqu’un outil d’IA commet une erreur – par exemple une estimation erronée ou une information inexacte dans une annonce – la responsabilité incombe à l’agence qui l’utilise. L’agent immobilier doit donc vérifier et valider les résultats produits par l’IA avant toute publication ou communication à son client.
Photos modifiées : la limite entre mise en valeur et tromperie
C’est dans la présentation visuelle des biens que l’IA peut poser les questions les plus sensibles.
De nombreux outils permettent aujourd’hui de retoucher les photos : améliorer la luminosité, supprimer un objet, ajouter virtuellement du mobilier, voire transformer complètement un intérieur ou un extérieur. Mais où s’arrête la mise en valeur et où commence la pratique trompeuse ? Il convient alors de combiner les impératifs juridiques et les enjeux commerciaux.
S’il est légitime de chercher à valoriser un bien, la frontière entre la mise en valeur commerciale et la pratique trompeuse est parfois ténue. L’article L.121-1 du Code de la consommation prohibe toute présentation susceptible d’induire en erreur le consommateur sur les caractéristiques essentielles du bien. Ainsi, corriger un ciel gris en le rendant plus lumineux, ajuster les contrastes ou proposer un aménagement virtuel peut être admis dès lors que l’intention est esthétique et que le public est informé.
En revanche, effacer des défauts structurels (effacer des fissures par exemple ou dissimuler un vis-à-vis en supprimant des bâtiments contigus ou voisins) pourrait être considéré comme trompeur et engager la responsabilité de l’agence.
Au-delà du risque de poursuite pénale pour pratique commerciale trompeuse sanctionnée par une peine de 2 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, un autre risque est de perdre toute crédibilité professionnelle et la confiance de vos clients, tant de l’acquéreur potentiel que du vendeur.
La transparence est la meilleure protection : mentionner clairement qu’une photo a été modifiée ou qu’il s’agit d’un « relooking virtuel » permet de préserver la loyauté de l’information.
Encadrer l’usage de l’IA au sein de l’agence ?
Adopter l’intelligence artificielle ne signifie pas l’utiliser sans cadre. L’usage de l’IA au sein d’une agence doit reposer sur des règles internes claires.
La mise en place d’une charte d’utilisation de l’intelligence artificielle peut être utile, précisant par exemple les outils autorisés, les procédures de validation à mettre en place avant publication, les principes d’éthique à respecter ainsi que les mentions à ajouter sur les photos retouchées publiées (par exemple “photo virtuelle” ou “photo retouchée”).
La formation des collaborateurs est également essentielle : comprendre le fonctionnement et les limites des outils permet d’en faire un usage éclairé et juridiquement plus sûr.
L’intelligence artificielle transforme profondément le métier d’agent immobilier. Bien utilisée, elle constitue un atout certain : gain de temps, efficacité et réactivité. Mal maîtrisée, elle expose à des risques juridiques et pourrait causer une atteinte à la réputation et à l’image de l’agence.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre l’IA et l’humain, mais de trouver le juste équilibre : une IA au service du professionnel, un outil d’aide et non un substitut à la compétence, à l’éthique et au discernement du professionnel de l’immobilier.

