Mandeo veut changer les règles de la prospection immobilière

Et si vous achetiez vos mandats aux propriétaires, plutôt que de les prospecter sans garantie de résultat ? C’est le pari audacieux de Mandeo, la nouvelle marketplace lancée début février, qui permet aux agences immobilières d’enchérir pour décrocher des mandats qualifiés. Le point sur les atouts de ce nouveau modèle avec Hossayne Tahiri, l’un de ses cofondateurs.

Comment est née l’idée de Mandeo ?

L’idée est née d’une expérience personnelle. J’ai récemment hérité d’un bien immobilier et, en cherchant une agence pour le vendre, j’ai été frappé par deux choses : le niveau des commissions et l’intensité de la concurrence entre agences immobilières pour obtenir un mandat. L’un des agents est même allé jusqu’à me proposer de me rémunérer pour le signer.

Le mandat est la matière première des agences et elles consacrent 70 à 80 % de leur temps à le chercher, souvent à perte. Prospection terrain, phoning, portage de flyers, achat de leads… Cette démarche est non seulement chronophage, mais aussi coûteuse. De là est née l’idée de Mandeo : une plateforme qui inverse la logique, en permettant aux agences d’acheter directement les mandats aux propriétaires.

Concrètement, quel est son concept ?

Mandeo est une marketplace qui met en relation des propriétaires vendeurs et des agences immobilières. Le propriétaire publie son bien, les agences intéressées le visitent et peuvent ensuite formuler une offre pour obtenir le mandat. Ce dernier reçoit toutes les offres des agences dans son espace personnel. Il peut comparer les montants proposés pour le mandat, échanger avec les professionnels, évaluer leur motivation, puis choisir librement l’agence. S’il n’est pas convaincu, il reste libre de ne pas contractualiser via la plateforme.

Pour le propriétaire, c’est la garantie de choisir l’agence la plus motivée : celle qui est prête à payer pour le mandat prend un risque et qui démontre sa confiance en sa capacité à vendre rapidement. L’agence immobilière, peut, quant à elle, concentrer toute son énergie sur son cœur de métier : vendre des biens.

Pourquoi ce modèle est-il économiquement viable pour les agences immobilières ?

Nous avons conçu un système d’enchères plafonnées basé sur les taux de transformation moyens du marché : jusqu’à 15 % de la future commission pour un mandat exclusif et environ 4 % pour un mandat simple.

L’idée est d’assurer un équilibre économique. Le prix du mandat doit rester cohérent avec la probabilité de transformation. On sait, par exemple, qu’à Paris, quand une agence signe un mandat exclusif, elle a entre 70 et 90 % de chances de le transformer. Pour cette dernière, l’investissement est de 1 euros pour 4 euros de gagnés. C’est donc une opération très rentable.

Quel retour avez-vous aujourd’hui des agences immobilières sur ce concept ?

Les agences indépendantes sont particulièrement enthousiastes. Leur coût de prospection est souvent plus élevé, et la possibilité d’acheter des mandats qualifiés représente un gain de temps considérable.

Les agences franchisées sont plus partagées. Certaines estiment disposer déjà d’un flux suffisant de mandats. D’autres reconnaissent l’intérêt économique du modèle, mais attendent de voir son adoption à grande échelle.

Quel est votre business model ?

Nous fonctionnons sur un abonnement mensuel payé par les agences pour accéder à la marketplace. Comme nous sommes en phase de lancement, les premiers mois sont gratuits pour les agences immobilières. Ensuite, nous visons un abonnement fixe autour de 200 euros par mois, qui pourra varier selon les zones. Le prix de l’abonnement sera calibré pour rester rentable dès 4-7 mandats achetés par an via la plateforme.

Quels sont vos objectifs pour cette année ?

La plateforme est en ligne depuis seulement une semaine. Nous sommes en phase d’amorçage, avec nos premiers biens, notamment dans la région de Rouen. Notre priorité aujourd’hui est d’accélérer la notoriété et d’installer la confiance, car vendre un bien immobilier reste un acte majeur dans la vie d’un propriétaire. Notre objectif principal est d’atteindre 10 000 euros de chiffre d’affaires mensuel récurrent via les abonnements. Une fois ce seuil atteint, nous pourrons engager une levée de fonds auprès de business angels ou de fonds d’investissement.

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Stéphanie Marpinard: Après avoir évolué pendant 10 ans au sein d'un groupe spécialisé dans les médias étudiants, l’orientation professionnelle et la gestion de carrière, en tant que rédactrice en chef adjointe, Stéphanie Marpinard a choisi de travailler à son compte et collabore depuis à différents médias. Ses domaines de prédilection sont entre autres l'immobilier, l'emploi et les ressources humaines.