« Sans syndicats, il n’y aurait ni respect ni reconnaissance de la profession immobilière » Loïc Cantin, FNAIM

A l’aube des 80 ans de la Fédération nationale de l'immobilier, son président, Loïc Cantin rappelle le rôle central des organisations professionnelles dans la défense des métiers de l’immobilier. Face aux tentatives de déréglementation et à une crise durable du logement, il revient sur les combats menés par les syndicats et appelle les professionnels à se mobiliser autour de l’intérêt collectif. Entretien.
Loic Cantin

La FNAIM fête cette année ses 80 ans. Quelle est l’importance d’un tel syndicat pour les professionnels de l’immobilier ?

Appartenir à un syndicat aujourd’hui, c’est avant tout faire le pari de valeurs d’avenir et de la défense de nos métiers. C’est un combat permanent. Bien sûr, on ne peut pas obliger un professionnel à se syndiquer. Mais il faut rappeler une réalité : l’ensemble de la profession bénéficie des combats menés par ceux qui s’engagent, y compris ceux qui n’y participent pas directement.

Aujourd’hui plus que jamais, l’intérêt collectif doit primer sur une vision strictement individualiste de son entreprise. C’est en défendant cet intérêt général que nous pourrons préserver nos acquis et assurer l’avenir de nos professions.

Le dernier combat en date est le rapport de l’Autorité de la concurrence publié en juin 2023, qui proposait une déréglementation totale de la profession et la remise en cause de la loi Hoguet, qui encadre les conditions d’exercice des professionnels de l’immobilier et les activités d’achat et de vente de biens immobiliers. Ce modèle est singulier en Europe, mais il protège à la fois les professionnels et les consommateurs.

Aujourd’hui, les stratégies de dérégulation et de déréglementation existent toujours dans la doctrine de l’État. Les syndicats luttent au quotidien contre ces orientations, souvent sans que les professionnels ne s’en rendent compte. Sans eux, il n’y aurait ni respect ni reconnaissance de la profession. Nous irions vers davantage de déréglementation, avec des conséquences très difficiles pour l’ensemble du secteur.

Concrètement, quelles autres avancées récentes ont été obtenues grâce à l’action des syndicats immobiliers ?

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, un statut du bailleur privé a été adopté. Sans l’action conjointe des organisations professionnelles, cette avancée, que nous réclamions depuis longtemps, n’aurait probablement pas vu le jour. C’est une première étape importante vers une meilleure reconnaissance du rôle économique de l’investisseur privé, alors même que l’investissement immobilier est aujourd’hui insuffisant en France.

Nous travaillons également à la reconnaissance de la profession. Depuis trois ans, nous demandons la mise en place d’une commission de contrôle prévue par la loi Élan au sein du Conseil National de la Transaction et de la Gestion Immobilières (CNTGI).

Autre victoire, la FNAIM a engagé une action contre l’État concernant l’absence de publication d’un décret prévu par la loi Alur sur la formation. A la suite de cette démarche, après 10 ans d’attente, le Conseil d’État a enfin sommé le Gouvernement de publier le décret d’application précisant les conditions de compétences professionnelles des collaborateurs d’agents immobiliers. 

Justement, ce décret de formation qui devait être publié au 25 août accuse du retard. Comment l’expliquez-vous et quelles sont les prochaines étapes ?

La succession des ministres du Logement explique en partie ce retard. Le ministre actuel est toutefois mobilisé sur ce sujet.

La rédaction du texte n’est pas encore finalisée et le travail syndical continue. Nous suivons ce dossier au jour le jour pour faire en sorte que ce décret soit réellement opérationnel, dans l’intérêt des professionnels de l’immobilier comme des consommateurs. L’objectif est une application au 1er juillet 2026. Cet engagement a été pris par Vincent Jeanbrun lors de notre congrès.

Le Conseil National de la Transaction et de la Gestion Immobilières devrait se prononcer en avril ou mai sur les nouvelles dispositions. Les grandes orientations du décret sont désormais arrêtées, mais les travaux du CNTGI n’étant pas publics, je ne peux pas en communiquer le contenu.

À un peu plus de mi-mandat, comment évaluez-vous votre action et celle de la FNAIM dans un contexte particulièrement difficile pour le secteur immobilier ?

Le bilan est forcément complexe. Depuis le début de mon mandat, j’ai connu 6 ministres du Logement. Les propositions avancent lentement, lorsqu’elles avancent, et elles sont rarement relayées. A l’Assemblée nationale, nous faisons face à 11 groupes parlementaires, ce qui rend toute évolution particulièrement difficile.

Dans ce contexte, l’action d’un syndicat professionnel ne se mesure pas seulement aux avancées visibles. Elle consiste aussi, souvent, à empêcher que de mauvaises décisions soient prises ou que des mesures pénalisantes pour la profession voient le jour. Ces combats moins visibles sont aussi des victoires.

Tout cela s’inscrit dans un contexte économique inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. La crise du logement est profonde et les entreprises du secteur souffrent.

Les chiffres sont clairs : selon les données de l’URSSAF, l’écosystème immobilier a perdu environ 3 000 entreprises et 15 000 salariés. Personne ne peut ignorer cette réalité. La FNAIM reste toutefois une fédération solide et unie dans la tempête. J’ai été élu autour d’un triptyque : fédérer, défendre, innover.

Concernant la défense de la profession, la FNAIM a été au rendez-vous tout au long de la crise avec à la fois des analyses économiques, des prévisions justes et des propositions concrètes pour faire avancer le débat public.

Quels nouveaux services avez-vous développés pour vos adhérents ?

Plusieurs projets importants sont lancés. Nous avons notamment mis en place un service juridique permanent basé sur l’intelligence artificielle, accessible 24h/24 pour les adhérents et leurs collaborateurs. Cet outil reposera sur l’expertise juridique de la fédération et sur une base de données souveraine et vérifiée.

Nous allons très prochainement proposer une centrale d’achats pour nos adhérents et pour leurs collaborateurs.

D’autres solutions sont également en cours de développement, notamment un outil facilitant l’accompagnement des clients dans les parcours de rénovation énergétique.

Plus largement, l’intelligence artificielle va nous permettre d’interconnecter différentes bases de données : loyers, charges de copropriété, valeurs immobilières, documents d’urbanisme ou encore données économiques. L’objectif est simple : offrir aux professionnels davantage d’outils, de connaissances et d’accompagnement dans leur pratique quotidienne.

Quelle sera votre feuille de route pour la fin de votre mandat ?

Ma mission consiste désormais à préparer la fédération pour l’avenir et à la mettre en ordre de marche à l’aube de ses 80 ans. Elle est aujourd’hui réorganisée, structurée et porte un nouveau regard sur le combat syndical.

Nous avons engagé une véritable bataille de l’adhésion pour 2026 et 2027. L’objectif est de renforcer les bases de la FNAIM afin qu’elle demeure le premier syndicat du secteur et un acteur incontournable dans les années à venir.

Dans un contexte d’incertitude internationale, quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels de l’immobilier ?

Il faut résister, croire en ses valeurs et en l’avenir de notre profession. La période sera probablement difficile, notamment si les tensions internationales se prolongent. Nous pourrions être confrontés à de nouvelles difficultés de financement et à une hausse des taux d’intérêt.

Dès le début de mon mandat, j’avais proposé une mesure innovante : la portabilité ou transférabilité des prêts immobiliers. C’est une proposition que nous continuerons de défendre, car elle pourrait s’avérer particulièrement pertinente si les taux devaient augmenter fortement. Il faut croire en ses convictions et travailler pour l’avenir.

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Stéphanie Marpinard: Après avoir évolué pendant 10 ans au sein d'un groupe spécialisé dans les médias étudiants, l’orientation professionnelle et la gestion de carrière, en tant que rédactrice en chef adjointe, Stéphanie Marpinard a choisi de travailler à son compte et collabore depuis à différents médias. Ses domaines de prédilection sont entre autres l'immobilier, l'emploi et les ressources humaines.