« La relation avec les agences est un capital précieux » Baptiste Capron, directeur général de SeLoger

Plan de transformation, retour au terrain, bataille des modèles : dans un marché immobilier en perpétuelle recomposition, Baptiste Capron détaille, dans une interview exclusive au Journal de l’Agence, comment SeLoger entend renouer avec son ADN de commerçant pour mieux répondre aux attentes des professionnels comme des particuliers.
"La relation avec les agences est un capital précieux" Baptiste Capron, directeur général de SeLoger

En 2025, le marché immobilier s’est rééquilibré et a atteint 945 000 transactions, soit 12 % de plus qu’en 2024 selon les notaires. Quel bilan le groupe SeLoger dresse-t-il de cette année de reprise ?

Le groupe SeLoger a fait une excellente année. La puissance de notre marque, qui est une référence pour 8 Français sur 10 en matière de recherche immobilière (1), y a fortement contribué. En 2025, nous avons gagné 5 points de notoriété (2), preuve que nos investissements dans des campagnes marketing ont payé. Cette dynamique a enclenché un cercle vertueux : nous avons gagné 5 points de part de marché en volume d’annonces.

Cette richesse d’inventaire a renforcé l’usage, notamment sur notre application mobile, qui a enregistré 50 % d’utilisateurs supplémentaires.

SeLoger n’a jamais convaincu autant de clients qu’en 2025.

Résultat : nous avons ainsi délivré 20 % de demandes de contacts supplémentaires aux professionnels de l’immobilier. Ainsi, SeLoger n’a jamais convaincu autant de clients qu’en 2025 : nous en avons gagné 1 500. C’est un indicateur qui, à mes yeux, a plus de valeur que la croissance de notre chiffre d’affaires.

Malgré ses bons résultats, SeLoger a récemment dévoilé un plan de transformation organisationnel et technologique, qui devrait aboutir à plusieurs licenciements. En quoi consiste-t-il ?

Nous souhaitons maintenir un haut niveau d’investissement sur le long terme. D’où ce plan de transformation, qui est lié à une volonté de relocaliser l’ensemble de l’organisation. Comme SeLoger appartient à un groupe international – le groupe AVIV – certaines de ses équipes (notamment celles dédiées à la technologie et au produit) étaient centralisées.

Elles n’étaient donc pas forcément en prise directe avec le marché français. Avec ce projet de transformation, qui s’achèvera au printemps, l’ensemble des équipes seront locales et parleront français.

Effectivement, ce plan de transformation a un volet social : il aura donc un impact en termes de dimensionnement. Il vise cependant à adapter notre modèle opérationnel aux enjeux de marché. Au final, cette réorganisation devrait nous permettre d’être encore plus compétitif et plus agile.

En 2025, SeLoger a obtenu la condamnation de Jinka pour extraction et réutilisation illicite d’annonces immobilières. Quelle vision portez-vous sur ce modèle d’agrégateurs de contenus ?

Nous n’avons pas été les premiers à gagner cette bataille contre Jinka. En 2024, leboncoin a, lui aussi, obtenu gain de cause face à cet acteur en première instance. Pour ce qui nous concerne, SeLoger a réalisé un travail historique pour constituer un inventaire d’annonces ainsi qu’une base de données. J’estime qu’il n’est pas possible de venir absorber tout ce travail et, pire, de l’utiliser à des fins commerciales.

Par ailleurs, la proposition de valeur de Jinka – « Une app, tous les sites immobiliers » – est mensongère puisque ni les annonces de SeLoger ni celles de notre concurrent n’y sont, ces dernières ayant été désindexées. Maintenant que la justice reconnaît l’illégalité de cette méthode et qu’il y a une jurisprudence, je pense que le modèle des agrégateurs d’annonces n’a pas vocation à durer. D’autant moins que d’autres portails du marché semblent, à leur tour, en litige contre Jinka.

Depuis votre prise de poste en septembre 2024, vous avez à cœur de vous rapprocher de vos clients, dont le groupe s’était éloigné ces dernières années. Comment cette volonté se concrétise-t-elle ?

Il m’est apparu que, ces dernières années, SeLoger avait peu à peu perdu son ADN de commerçant. Or, l’immobilier, c’est un business local, réalisé par des entrepreneurs engagés ancrés dans leur territoire, qui cherchent de la performance.

De facto, gérer nos clients depuis un open space ou les voir uniquement pour parler du prix des abonnements, ça ne fonctionne pas ! J’ai donc décidé de re-régionaliser nos équipes commerciales, de les mobiliser davantage sur le terrain et de multiplier le nombre d’événements en région, pour qu’elles soient davantage dans un dialogue régulier avec nos clients. J’estime que la relation avec les agences, c’est un capital précieux.

Cette approche est essentielle pour nous permettre de lancer des innovations vraiment utiles, de comprendre les utilisateurs… Bref, de collecter des informations qui guideront notre feuille de route sur les lancements de produits et les innovations.

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Justement, quels nouveaux outils dévoilerez-vous en 2026 ?

Notre roadmap est riche : plus de 75 innovations seront par exemple lancées d’ici la fin du premier semestre, dont la recherche de biens en langage naturel. Nous lancerons aussi une nouvelle version de la solution de retargeting « Boost Social Immo », qui aide les agents immobiliers à automatiser la publication d’annonces sur les réseaux sociaux et ainsi à enregistrer 50 % de demandes de contact en plus.

Au-delà de ces innovations qui s’appuient sur l’IA, je pense qu’il y a encore beaucoup d’informations simples qui manquent sur nos portails. La carte scolaire, le niveau de sécurité d’un quartier, le type de voisinage sont, par exemple, autant d’informations attendues par nos utilisateurs au moment de leurs recherches. Ce que l’on cherche avant tout, c’est que nos développements portent sur des innovations vraiment utiles, et non accessoires.

L’usage qui se répand de confier sa recherche immobilière à une IA, sous la forme d’un prompt, met-il en péril le modèle des portails d’annonces immobilières, dont le business est orienté vers la recherche multicritère, donc vers l’audience et le volume d’annonces ?

C’est un usage qui challenge mais qui ne m’inquiète pas. Déjà parce qu’aujourd’hui, nos marques sont bien référencées sur les LLM (GPT, Mistral…). Ensuite, parce que lorsque les Français déménagent, ils ont envie de faire de leur recherche un moment de plaisir.

Changer de lieu de vie est une décision tellement importante qu’ils sont rattrapés par le « Fear of Missing Out », c’est-à-dire la peur de passer à côté de quelque chose. Lorsqu’ils cherchent un bien, ils ont besoin de faire le tour du marché, de savoir qu’il n’y a pas mieux ailleurs. Et non de faire confiance à la sélection d’une IA.

Par ailleurs, la vraie proposition de valeur des LLM, c’est la rapidité de recherche. Ça a du sens lorsqu’on souhaite acheter un livre, moins lorsqu’on envisage un achat aussi important qu’un bien immobilier. Je n’ai encore jamais entendu dire : « Je suis content, j’ai acheté un appartement en 10 minutes ! »

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L’émergence des LLM dans la recherche immobilière remet-elle toutefois en cause la valeur qu’apporte SeLoger à ses clients ?

Contrairement aux LLM, nos portails s’appuient sur des données immobilières structurées et des algorithmes d’analyse, qui permettent de croiser les informations disponibles et d’apporter des repères aux utilisateurs, notamment sur les caractéristiques des biens, les niveaux de prix ou les diagnostics.

SeLoger, avec son historique en matière de données immobilières, se positionne ainsi comme un lieu d’expertise et de confiance, qui éclaire les parcours immobiliers. À nous, ces prochaines années, de continuer à démontrer notre valeur.

Gardons en tête que même si on parle beaucoup des LLM, la part d’audience qui en vient est encore très faible : inférieure à 1 %. À mes yeux, les LLM sont davantage en concurrence avec Google qu’avec les portails d’annonces. Pour nous, ils constituent surtout une source de trafic supplémentaire, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons des équipes entièrement dédiées aux LLM en interne.

Quel regard portez-vous sur le modèle de l’application Zillow, qui repose sur le paiement au lead, facturé entre 20 et 500 dollars en fonction des zones géographiques ? Ce mode de tarification a-t-il, selon vous, de l’avenir en France ?

En réalité, SeLoger n’est pas si éloigné du modèle de Zillow puisque les prix de nos packs sont calculés sur la base de la performance qu’on délivre. On ne ferait d’ailleurs pas de record d’acquisition de clients si nos prix étaient décolérés de cette performance.

Lorsqu’on délivre un contact qualifié à un client, on tente de savoir combien de business un agent immobilier a généré grâce à nous et c’est là-dessus qu’on prélève une part. Sans dévoiler le coût du lead de SeLoger, qui est une donnée concurrentielle, je peux vous dire qu’il a diminué de 15 % en 2025, pour les agents immobiliers. Le modèle de Zillow est un peu plus dynamique que celui de SeLoger – puisqu’il y a une forme d’enchères sur le prix de ce lead – mais pas si différent. Il convient bien aux États-Unis, mais ne serait pas du tout adapté à la structure du marché ouest-européen, qui est très différente.

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La politique tarifaire de SeLoger fait régulièrement l’objet de critiques. Que voulez-vous répondre aux professionnels de l’immobilier qui la jugent déraisonnable ?

En 2025, nous n’avons pas augmenté nos prix car nous avons considéré que nos clients avaient plutôt besoin d’être soutenus.

Quoiqu’il en soit, je dois rappeler que notre politique tarifaire est rationnelle et raisonnable au regard de la performance que nous délivrons. Cette dernière dépend, à son tour, du coût par lead, qui est un indicateur que nous regardons beaucoup avec nos clients afin, justement, de ne pas proposer de tarification excessive. L’un de mes objectifs est de faire en sorte que nos commerciaux deviennent des consultants et parlent davantage de performance.

Savoir quel pack choisir en fonction de l’audience visée, identifier les zones où il y a le plus fort taux d’impression d’annonces, les biens pour lesquels il y a le plus de conversion… C’est cette posture de conseil que je veux insuffler à nos commerciaux.

La mini-bio de Baptiste Capron

Baptiste Capron

Âgé de 38 ans, Baptiste Capron est Directeur général du groupe SeLoger depuis septembre 2024. Il supervise les plateformes immobilières comme SeLoger, SeLoger Neuf, Meilleurs Agents, Logic-Immo, Belles Demeures et Lux Résidence. Avant de rejoindre SeLoger, il était directeur général Europe de Stuart, une plateforme de livraison à destination des commerces locaux (restaurants, grandes surfaces, magasins…) Diplômé d’HEC Paris, il a également occupé des postes de cadres dirigeants dans d’autres entreprises de services et de logiciels B2B, en France (Numa), comme à l’international (UENI, SBS).


1) Étude Brand Tracking B2C – automne 2023 – 2 Étude Cospirit – 2e semestre 2025.

 

 

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Aurélie Tachot: Aurélie Tachot est une journaliste spécialisée dans l'immobilier, qu'elle aime aborder sous le prisme des innovations, notamment technologiques. Après avoir été rédactrice en chef de plusieurs médias spécialisés, elle collabore avec Le Journal de l'Agence afin de rédiger des articles d'actualité sur les acteurs qui font l'immobilier d'aujourd'hui et qui feront celui de demain.