Le marché immobilier s’est remis en mouvement, mais le véritable changement est ailleurs. Sur le terrain, les agents immobiliers indépendants observent que les décisions des acquéreurs et des vendeurs se construisent désormais autour de nouveaux paramètres : géopolitique, climat, réglementation énergétique, financement… Décryptage des principaux enseignements du Baromètre T2 2026 de l’Observatoire Interkab.
Un marché plus actif… mais toujours exigeant
Les derniers indicateurs de l’Observatoire Interkab confirment que le marché immobilier poursuit sa remise en mouvement. Au deuxième trimestre 2026, le volume de compromis signés progresse de 41 % par rapport au trimestre précédent, tandis que les prix restent globalement stables (-0,4 %) et que les marges de négociation se maintiennent autour de 5,4 %.
Pour autant, les professionnels interrogés ne parlent pas d’un retour à la normale. Le marché reste sélectif et chaque projet immobilier demande davantage de préparation, de pédagogie et d’accompagnement.
Comme le résume Olivier Bugette, président fondateur de La Boîte Immo, « le marché immobilier n’attend plus un grand signal de reprise. Il s’est remis en mouvement, autrement. (…) Le marché cherche son nouvel équilibre. »
C’est sans doute le principal enseignement de cette édition : les décisions immobilières ne sont plus uniquement dictées par les prix ou les conditions de financement.
Ainsi, 78 % des agents immobiliers indépendants estiment que le contexte géopolitique influence désormais les décisions de leurs clients. Les tensions internationales alimentent un climat d’incertitude qui pousse certains ménages à différer ou à mûrir davantage leurs projets.
Autre évolution marquante : le changement climatique s’impose progressivement comme un critère de choix. 61 % des professionnels observent que les acquéreurs s’intéressent désormais davantage au confort d’été, à l’isolation des logements, à leur exposition ou encore à leur capacité à résister aux épisodes de fortes chaleurs.
« Les épisodes de canicule successifs changent progressivement le regard porté sur un bien immobilier. Au-delà du prix ou de l’emplacement, les acquéreurs se projettent davantage dans leur qualité de vie au quotidien et dans la capacité du logement à rester confortable malgré les fortes chaleurs », observe Olivier Bugette.
Le bien immobilier n’est donc plus seulement évalué pour son prix ou son emplacement. Il l’est aussi pour sa capacité à répondre aux enjeux de demain.
Le baromètre montre également que les investisseurs locatifs n’ont pas déserté le marché. Ils demeurent présents, mais attendent davantage de visibilité.
Près de deux professionnels sur trois constatent une stabilité, voire un regain d’intérêt depuis l’entrée en vigueur du dispositif Jeanbrun. En revanche, l’assouplissement annoncé concernant les logements classés F et G n’a pas encore modifié les intentions des bailleurs selon 75 % des agents interrogés.
« Les investisseurs restent attentifs. Ils ont besoin de visibilité, mais l’intérêt pour la pierre demeure. Dès lors que les règles seront mieux comprises et stabilisées, ce segment pourrait retrouver progressivement de la dynamique », analyse Olivier Bugette.
Plus que jamais, le rôle de conseil fait la différence
Cette complexification du marché renforce mécaniquement la valeur ajoutée des professionnels de l’immobilier.
Près de 70 % des agents estiment que leurs clients restent insuffisamment informés sur les dispositifs existants, qu’il s’agisse du prêt à taux zéro, du dispositif Jeanbrun, du logement locatif intermédiaire ou encore des mécanismes liés au neuf.
Dans ce contexte, le métier évolue. Au-delà de la transaction, les agents indépendants deviennent des interprètes du marché, capables d’expliquer des réglementations toujours plus nombreuses, de sécuriser les parcours d’achat et d’aider leurs clients à arbitrer dans un environnement devenu plus incertain.
Comme le souligne enfin l’édito du baromètre, « l’agent immobilier indépendant reprend sa place. Non comme simple intermédiaire, mais comme lecteur du marché. Celui qui perçoit les blocages, les écarts entre prix affichés et réalité, les signaux faibles qu’aucun tableau ne suffit à raconter. »
Plus qu’un simple baromètre de conjoncture, cette nouvelle édition de l’Observatoire Interkab met ainsi en lumière une évolution de fond : le marché s’est remis en mouvement, mais les attentes des acquéreurs et des vendeurs se sont profondément transformées. Pour les professionnels de l’immobilier, comprendre ces nouveaux ressorts devient désormais aussi important que suivre l’évolution des prix, des taux ou des volumes de transactions.