Risque sécheresse, consommation, équipements : l’eau, un nouveau critère de valeur pour les biens immobiliers

Restrictions généralisées à l'été 2026, prix de l'eau en hausse durable, extension du zonage argiles depuis le 1er juillet : la question de l'eau s'invite dans les transactions. Points de vigilance à la mise en vente, équipements à valoriser, chiffres à connaître ; tour d'horizon de ce qui change pour les agents immobiliers, et de ce qui peut devenir un argument. Par Quentin Lagallarde.

Un contexte qui s’installe durablement

Quelques ordres de grandeur suffisent à mesurer l’ampleur du sujet. La France a perdu environ 14 % de sa ressource en eau renouvelable en moins de trente ans, et plus d’une centaine de bassins versants sont aujourd’hui en tension structurelle. Les projections des organismes publics convergent : à l’horizon 2050, la disponibilité de la ressource pourrait reculer de 10 à 40 % selon les territoires, avec des débits d’étiage des cours d’eau en baisse du même ordre, notamment sur les bassins Seine-Normandie et Adour-Garonne ; dès 2040, le déficit hydrique national est estimé entre 2 et 4 milliards de mètres cubes par an. L’État a d’ailleurs fixé le cap avec le Plan Eau en 2023, qui vise une réduction de 10 % des prélèvements d’ici 2030.

La traduction économique est déjà visible sur les factures. Un ménage moyen consomme entre 120 et 150 m³ par an, soit au moins 148 litres par jour et par personne, pour une dépense de l’ordre de 550 à 700 euros par an au prix moyen national d’environ 4,70 € TTC le mètre cube. Or ce prix a progressé de près de 20 % entre 2016 et 2024, et les études récentes anticipent des hausses de 3,5 à 6 % par an dans les prochaines années, sous l’effet du renouvellement des réseaux, dont un litre sur cinq se perd aujourd’hui en fuites, et de la mise en conformité de l’assainissement avec la nouvelle directive européenne sur les eaux urbaines. Autrement dit, la facture d’eau d’un logement pourrait doubler en une quinzaine d’années.

Pour l’agent immobilier, la conclusion s’impose : la question de l’eau pourra peser sur la valeur des biens comme la performance énergétique a fini par le faire. La consommation d’eau d’un logement, son exposition aux restrictions et sa capacité à s’en affranchir deviendront des critères de choix, donc des critères de prix. L’agent qui intègre dès aujourd’hui ce paramètre dans son discours de mandat et dans ses annonces prend une longueur.

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Points d’attention lors de la mise en vente

Le retrait-gonflement des argiles, premier réflexe.

C’est le risque le plus directement lié à la sécheresse : les sols argileux se rétractent en période sèche et gonflent au retour des pluies, ce qui fissure les constructions à fondations superficielles, principalement les maisons individuelles. Point d’actualité essentiel : un nouveau zonage réglementaire, issu de l’arrêté du 9 janvier 2026, s’applique aux promesses et actes conclus depuis le 1er juillet 2026. Des communes entières basculent en aléa moyen ou fort ; un terrain qui n’était soumis à aucune obligation l’an dernier peut l’être aujourd’hui. Vérifiez systématiquement le classement du bien sur Géorisques lors de l’estimation.

L’état des risques, à jour et remis au bon moment.

L’état des risques doit refléter le zonage en vigueur au jour de la signature ; avec l’extension du zonage argiles, un document établi sur d’anciennes cartes peut se révéler erroné et donc trompeur. Rappelons que ce document doit être porté à la connaissance de l’acquéreur dès la première visite, et non découvert lors de la signature de l’avant contrat.

Terrains à bâtir : l’étude géotechnique préalable.

En zone d’exposition moyenne ou forte, la vente d’un terrain non bâti constructible impose au vendeur de faire réaliser une étude géotechnique préalable, annexée à la promesse puis à l’acte.

Fissures et sinistres sécheresse : la transparence avant tout.

Interrogez le vendeur sur les sinistres déclarés au titre des catastrophes naturelles, les indemnisations perçues et les travaux réalisés ; et recueillez les déclarations sur un écrit. Un sinistre sécheresse mal traité pèse lourdement sur la valeur et sur l’assurabilité du bien ; un sinistre correctement réparé, avec factures et éventuelle reprise en sous-œuvre, se documente et se défend. Dans les deux cas, mieux vaut que l’information vienne de vous que d’une contre-visite avec un expert après la vente…

Puits et forages : vérifier la régularité.

Tout prélèvement domestique d’eau souterraine doit être déclaré en mairie et l’ouvrage doit être conforme. Un forage non déclaré n’est pas un atout, c’est un passif. Demandez le récépissé de déclaration, l’éventuelle analyse de qualité de l’eau et, si le puits alimente des usages intérieurs, la question de la séparation avec le réseau d’eau potable. Attention également aux arrêtés sécheresse : ils peuvent restreindre les prélèvements sur nappe, y compris pour les particuliers. Or une maison non reliée à un réseau d’eau potable collectif et qui parfois n’a plus d’accès à l’eau potable prélevée perdra son caractère d’habitabilité.

Piscines et jardins : prudence dans l’argumentaire.

Dans les départements régulièrement placés en alerte ou en crise, promettre en annonce une piscine que l’on ne pourra pas remplir ou un parc arrosé toute l’année devient hasardeux. Décrivez les équipements sans garantir des usages que la réglementation locale peut suspendre ; le site VigiEau permet de vérifier en temps réel les restrictions applicables à l’adresse du bien. La création de piscine peut apparaître réalisable dans un PLU, mais les pouvoirs publics peuvent aussi interdire ces créations au titre de l’indisponibilité de la ressource.

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À l’intérieur : les équipements d’une maison sobre

Dans un logement, 93 % de l’eau consommée sert à l’hygiène et au nettoyage ; c’est donc sur les équipements sanitaires que se joue l’essentiel. Chaque poste peut être vérifié, ce qui donne à l’agent un argumentaire concret, comparable à celui des factures de chauffage pour l’énergie.

Les points d’eau

Une chasse d’eau ancienne libère 9 à 12 litres par utilisation ; un mécanisme à double commande descend à 3 ou 6 litres, soit une économie de l’ordre de 50 % sur un poste qui représente environ un cinquième de la consommation du foyer. Sur les robinets, un simple mousseur ou aérateur, pour quelques euros, ramène le débit de 12 à 15 litres par minute à 5 ou 6 litres, sans perte de confort. Une douchette économe fait passer une douche de 60 à 80 litres à 35 ou 40 litres. Un mitigeur thermostatique, en supprimant le temps de réglage de la température, économise encore quelques litres à chaque usage.

L’électroménager

Un lave-vaisselle récent consomme 10 à 16 litres par cycle, quand une vaisselle à la main en demande facilement autant pour un résultat moindre, et les anciens modèles dépassaient 25 litres. Même logique pour le lave-linge : les machines actuelles consomment moitié moins que celles d’il y a vingt ans. Lors de la visite, l’âge des équipements est donc une information qui se valorise.

La chasse aux fuites

Un robinet qui goutte représente jusqu’à 35 m³ par an, une chasse d’eau qui fuit jusqu’à 220 m³, soit près du double de la consommation annuelle d’un ménage entier, envolée en pure perte. Les compteurs communicants et détecteurs de fuites permettent de repérer une consommation anormale en quelques heures. Un relevé de consommation stable sur trois ans, produit avec les factures, est aussi un bon indicateur.

Demain, la réutilisation des eaux grises

La réglementation française s’ouvre progressivement à la réutilisation des eaux de douche ou de lavage pour les toilettes ou l’arrosage, sous conditions strictes de traitement et de séparation des réseaux. Encore marginaux, ces équipements se banaliseront dans le neuf ; un logement qui en dispose, avec une installation professionnelle documentée, se distinguera nettement sur le marché.

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À l’extérieur : l’eau gratuite et le jardin résilient

La récupération d’eau de pluie, l’argument pour le jardin et le potager.

Le calcul est simple à exposer en visite : un millimètre de pluie sur un mètre carré de toiture représente un litre d’eau. Une toiture de 100 m² sous une pluviométrie de 700 à 800 mm par an, ce qui correspond à une large partie du territoire, permet ainsi de capter en théorie 60 à 70 m³ par an, soit la moitié de la consommation d’un foyer moyen, pour un usage autorisé au jardin, au lavage des sols ou, avec réseau séparé, aux toilettes. Une cuve extérieure de quelques centaines de litres coûte moins de 200 euros ; une cuve enterrée de 5 000 à 10 000 litres avec pompe représente un investissement de 3 000 à 8 000 euros, qui se lit désormais comme un équipement de confort durable : elle assure la continuité d’usage du jardin quand le réseau est restreint.

L’arrosage raisonné

Un système de goutte-à-goutte, avec programmateur et arrosage nocturne, réduit de 50 à 70 % les volumes par rapport à un arrosage par aspersion, tout en respectant plus facilement les plages horaires imposées par les arrêtés sécheresse. Associé au paillage, qui limite fortement l’évaporation au pied des plantations, il permet de présenter un jardin entretenu même en année de restriction.

La piscine maîtrisée

Une piscine non couverte perd par évaporation plusieurs centimètres d’eau par semaine en été, soit plusieurs mètres cubes par mois pour un bassin familial. Une bâche ou un volet roulant réduit cette évaporation de manière drastique, tout en limitant le recours au remplissage d’appoint, précisément l’usage que les arrêtés interdisent en premier. Un local technique récent, un traitement économe en renouvellement d’eau et une couverture automatique transforment un équipement devenu sensible en équipement défendable.

Le jardin sec, signe d’anticipation

Végétation locale ou méditerranéenne peu gourmande, ombrage, réduction des surfaces engazonnées : le jardin conçu pour le climat cesse d’être un pis-aller. Les acquéreurs qui ont vécu les étés récents y voient un entretien allégé et une facture réduite ; c’est un élément de description d’annonce à part entière.

Le puits ou forage en règle.

Régulièrement déclaré en mairie, entretenu et analysé, il redevient ce qu’il a toujours été dans les campagnes : un vrai supplément de valeur, particulièrement recherché pour les biens avec terrain, sous la réserve, rappelée plus haut, que les arrêtés sécheresse peuvent en restreindre temporairement l’usage.

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En conclusion

Hier, personne n’imaginait qu’une étiquette énergétique conditionnerait la mise en location d’un logement ; aujourd’hui, le DPE structure le marché. L’eau suit le même chemin, plus vite peut-être : ressource en recul, prix en hausse durable, réglementation en extension. Le professionnel de l’immobilier qui sait lire un zonage argiles, réclamer les bons documents, sécuriser son information précontractuelle et vérifier les équipements de sobriété rendra un double service : à son vendeur, dont il défendra le prix avec des arguments mesurables, et à son acquéreur, qui achètera en connaissance de cause. C’est exactement la définition du devoir de conseil ; c’est aussi, désormais, un avantage concurrentiel.

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Quentin LAGALLARDE: Quentin LAGALLARDE , Chartered surveyor FRICS, expert évaluateur en immobilier près la Cour d'Appel de Caen. Certifié en expertise immobilière de l'ESSEC Business School et titulaire du DU expertise judiciaire (faculté de Droit de l'université de CAEN). Il est vice-president du collège des experts du SNPI et membre de la CNEJI. Quentin LAGALLARDE dispose de plusieurs années d'expérience dans différents cabinets immobiliers en matière d'expertise, transaction et location. Il est certifié REV par TEGoVA, FRICS et également inscrit sur la liste des experts près la Cour d'Appel de Caen. En sus de son activité expertise, il est formateur auprès des professionnels de l'immobilier. Ses formations sont disponibles sur www.cotentin-expertise.fr.