Hier réservée aux loisirs, la résidence secondaire a pris de nouvelles formes pour s’adapter au mode de vie de chacun.

photo : belle maison en pierre et son jardin # 02

Insee donne une définition de la résidence secondaire orientée vers l’usage : c’est un logement utilisé pour les loisirs ou les vacances. Mais aujourd’hui, les chercheurs montrent que l’image de la résidence secondaire classique n’est plus réellement d’actualité. En effet, afin de répondre à la fragmentation des modes de vie de chacun, la résidence  secondaire devient un espace de vie alternée qui peut prendre de multiples formes : maison de famille réhabilitée ou cabane de pêcheur rénovée, appartement en multipropriété ou mobile home, etc. Et ce d’autant plus qu’elle est facilement connectée avec la résidence principale : grâce aux nouvelles technologies et à la facilité d’accès aux transports.

Un attachement plus fort qu’à la résidence principale

Cette deuxième résidence n’implique d’ailleurs pas d’être propriétaire de sa résidence principale. D’autres notions émergent pour rendre compte de ce phénomène : « double résidence », « système résidentiel », « résidence alternée»… La manière d’y vivre inclut le fait d’y passer quelques jours par semaine, les week-ends ou six mois de l’année. Les  recherches montrent un réel attachement à la résidence secondaire, parfois plus fort qu’à celui de la résidence  principale. D’après l’enquête menée par les sociologues Martyne Perrot et Martin de La Soudière, les nouveaux propriétaires choisissent leur résidence secondaire car ils tombent amoureux du lieu. Ils sont alors motivés pour construire un héritage, en important de nouvelles valeurs (urbaines) dans un espace d’adoption. Stedman a confirmé qu’aux États-Unis aussi, les résidents secondaires montraient plus d’attachement au lieu de résidence que les habitants normaux. Avec une exigence en termes de qualité environnementale et de maintien de la beauté du lieu. Mais en France, la capacité à se projeter dans la vie sociale locale serait aussi un moteur important : les dynamiques associatives, culturelles, sportives, favorisant le renouvellement des liens sociaux, sont souvent de l’initiative de résidents secondaires.

Cette attention aux traditions locales s’ancre d’ailleurs parfois dans une nostalgie un peu fantasmée, teintée du désir  d’authenticité et de confort absolu : tourisme vert, paysages entretenus, services de proximité, infrastructures sportives adaptées, bref… de quoi sublimer la vie d’antan.

« Familles recomposées, enfants, parents, amis… La résidence secondaire est devenue ce lieu où tout le monde se retrouve. »

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Les notions de ménage et de logement éclatées

Ce nouvel espace d’alternance est vécu comme la reprise des liens familiaux ou de nouvelles manières de vivre les liens de famille qui se recomposent entre générations ou amis proches, avec en arrière-plan une représentation de la campagne « familialiste », au sens large, un retour des pratiques traditionnelles (potager, bricolage, cuisine) et du «slow living ». Ces nouvelles manières de vivre ré-interrogent les notions classiques de ménage et de logement  aujourd’hui éclatées et dessinent un système résidentiel élargi au groupe de référence (parents, enfants, conjoints, fratrie, amis), qui joue un rôle essentiel dans des relations : il est le lieu où tout le monde se retrouve, loin des contraintes quotidiennes. Il comble les failles que la vie urbaine ne peut plus colmater et rend possibles des recompositions de logique d’achat : on n’achète moins un logement à plusieurs que plusieurs logements à proximité, y compris avec l’idée d’y vivre ses vieux jours ou simplement quelques années. Mais, la contrainte économique que  représente l’entretien d’une autre résidence  devient une question qui aura des implications concrètes sur l’aménagement du territoire français.

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Source : « La résidence secondaire : un nouveau mode d’habiter la campagne ? », Martyne Perrot et Martin La Soudière (de), Ruralia [en ligne], 02|1998, mis en ligne le 1/1/2003. « Understanding place attachment among second home owners », R.C. Stedman, 2006, American behavioral scientist, 50(2), 187-205.

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