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« Transition écologique : une fracture sociale ? », Henry Buzy-Cazaux Président de l’IMSI

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Sommes-nous passés, sans nous en apercevoir, d’une conviction environnementale incontestable à une idéologie irrationnelle ?

photo : henry buzy cazeaux

La transition environnementale est devenue une idéologie à part entière, comme l’était le climatoscepticisme. Oui, il y a bien une idéologie  écologique, au-delà de la conviction démontrée qu’il faut réellement agir pour sauver la planète, en particulier en maîtrisant les  émissions de gaz à effet de serre du parc de logements — précisons qu’ils en représentent un sixième —. Mais quelle est la différence entre  conviction et idéologie ? L’idéologie repose sur un enthousiasme quasi religieux, emportant tout sur son passage, qui prend vite la forme  de l’intégrisme quand on en vient à objecter ou seulement à nuancer. L’idéologie simplifie et dupe, ceux-là mêmes qui l’ont  installée. Elle  est dangereuse et elle a vocation à créer des rapports de domination des prêtres de la croyance envers les fidèles et des rapports de rejet  envers les mécréants.

Alors, à quels indices voit-on qu’on est passé, sans s’en apercevoir, de la conviction incontestable à la foi religieuse et irrationnelle ? Trois  grandes preuves à cela : la condamnation, l’impéritie financière et l’illusion de la connaissance partagée. Ces maux sont en train d’éloigner  les élites du bon peuple, celui des ménages français et des professionnels de l’immobilier à leur service. Il faut craindre cette fracture de la France en deux, les gouvernants d’un côté, les gouvernés de l’autre. Analyse d’un cancer qui mine notre pays sans qu’il le ressente, ou  presque.

«On n’embarquera pas la population sans lui dire combien de miles nous séparent du port d’arrivée, sans lui révéler que la mer sera  grosse, en désignant un cap invisible et idéal.» 

Des condamnations malhabiles

La ministre chargée du Logement, déléguée auprès du ministère de la Transition écologique, nous a donné récemment bien malgré elle, le  spectacle de la condamnation facile. D’une phrase malhabile, elle a montré d’un doigt accusateur les maisons individuelles consommatrices de terrains, bâties sans souci de l’environnement, obligeant à des déplacements eux-mêmes générateurs de nuisances.  Elle parlait, a-t-elle précisé, des pavillons en lotissement construits durant les années 1960 et 70… Oui mais voilà, les familles qui ont  acquis ces logements ne sont coupables de rien et ils ont beaucoup travaillé pour accéder à la propriété. Réécrire l’histoire n’a pas de sens  et les blesse inutilement. Il faut désormais les aider à améliorer ces maisons pour les rendre compatibles avec les exigences du moment et  organiser leur transition énergétique. Ne donnons pas de leçon aux Français, pas de cours magistral. En plus, Emmanuelle Wargon n’est  pas de ce bois : elle respecte et ne se pousse pas du col. Elle est une figure très humaine de la politique. Elle succombe sans le sentir à  l’idéologie ambiante, qui finit par tancer, par exclure, par disqualifier.

Une imprévision économique fautive

L’imprévision économique, quant à elle, est étonnante : ce sont plus de 1 000 milliards d’euros qui vont devoir être engagés au cours des  dix prochaines années pour redresser la vertu énergétique des logements, que ce soit des maisons individuelles, des logements en copropriété, qu’ils soient loués ou occupés par leurs propriétaires, qu’ils soient privés ou intégrés au parc HLM. On voit bien, et comment  les contribuables ne le comprendraient-ils pas, que les aides envisagées ne constitueront jamais qu’une infime partie de cette enveloppe,  sans doute 10 ou 15 % au mieux, et légitimement fléchés vers les plus faibles revenus. Aucune programmation de cet effort national,  aucune anticipation sérieuse et complète de ce que l’offre bancaire privée va pouvoir soutenir, et de ce que l’État et les collectivités  pourront faire. Les Français, eux, ont peur et n’osent se projeter. S’ils s’y hasardent, c’est pour dire qu’ils reculeront devant l’obstacle : les  bailleurs pour trop d’entre eux sont prêts à vendre. Les copropriétaires sont prêts à procrastiner, planqués derrière le collectif dont la  majorité ne se dégage pas. Les propriétaires de maisons individuelles attendent derrière leurs moyens comptés. On n’embarquera pas la population de notre pays sans lui dire combien de miles nous séparent du port d’arrivée, sans lui révéler que la mer sera grosse, en lui  désignant un cap invisible et idéal.

«À écouter nos dirigeants, la France des propriétaires et des copropriétaires serait une et indivisible.» Henry Buzy-Cazaux Président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers, vice-président de FIABCI-France

L’illusion d’une connaissance partagée

Enfi n, le dernier sondage réalisé en septembre par OpinionWay révèle que 11 % des Français connaissent MaPrimeRénov, que 4 %  savent que l’Agence national de l’habitat peut les aider à rénover leur logement, et que 4 % encore ont vent des certificats d’économie  d’énergie (CEE) — qui existent depuis 2005 —. En les interrogeant sur les obligations règlementaires, on aurait obtenu des scores plus  bas encore. D’autant que la loi Climat-Résilience a été promulguée en plein mois d’août 2021, quand les Français avaient pour beaucoup  la tête en vacances. Et si on avait ciblé les agents immobiliers et les administrateurs de biens, on eût également été édifié. Il  faut n’avoir pas conscience de ces réalités pour croire que la nation adhère massivement au détail de la méthode et avance comme une  armée en marche. À écouter nos dirigeants de tous bords, la France des propriétaires et des copropriétaires serait une et indivisible, et  ne tremblerait pas devant le défi de la transition environnementale des logements. Si, elle tremble parce qu’elle ne sait pas précisément  où elle va, ou elle doute quand elle ne sait pas. Le sombre épisode du nouveau diagnostic de performance énergétique (DPE) non fiabilisé en aura rajouté : si même les outils diagnostiques manquent de crédibilité, si les boussoles sont détraquées, comment  marcherait-on avec assurance ? Nos gouvernants vont droit vers un écueil terrible qui peut faire éclater la société, rompre sa solidarité  fondamentale de droit et de fait. Nous sommes en train de mesurer quel succès peut remporter dans l’opinion un discours politique  élémentaire, simpliste et empreint de raccourcis, diront certains. Alertons plutôt sur les dangers de discours éthérés, qui nuisent à la  cause environnementale avec l’intention louable de la servir.

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Henry Buzy Cazaux

Après avoir conseillé Pierre Méhaignerie, ministre de l'équipement et du logement, Henry Buzy-Cazaux a occupé des fonctions de responsabilité dans des entreprises immobilières de premier plan, FONCIA, Tagerim ou encore le Crédit Immobilier de France, mais également au sein des organisations professionnelles du secteur. Ancien délégué général de la FNAIM, il a aussi été administrateur de plusieurs autres syndicats immobiliers. Il a été chargé de mission auprès du président du Conseil de l'immobilier de l'Etat.

Il mène depuis toujours une action engagée pour la formation aux métiers de l'immobilier: président d'honneur de l'Ecole supérieure des professions immobilières, cofondateur de l'Institut des villes, du territoire et de l'immobilier du Groupe ESSEC, il est aujourd'hui président fondateur de l'Institut du Management des Services Immobiliers, centre de prospective et d'enseignement.

Il est enfin membre du conseil scientifique de l'observatoire immobilier des notaires et président du groupe "Immobilier, logement et ville durable" du Forum pour la gestion des villes et des collectivités locales et territoriales.

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