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Métiers de la transaction et de la gestion : et la RSE bordel !

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Les métiers de la transaction et de la gestion n’échappent pas à la réflexion sur l’attractivité. Pour recruter, ils doivent séduire les jeunes — et même les actifs en reconversion. Mais un levier reste encore largement sous-exploité : la RSE. Tribune d’Henry Buzy-Cazaux.

photo : Buzy Cazaux

Bien des analyses pointent les faiblesses des professions de service à l’immobilier : un certain archaïsme social est évoqué, d’autres métiers présentant plus d’avantages dans la majorité des entreprises et des rémunérations dans certaines professions en décalage par rapport à d’autres comparables par l’exigence des diplômes, des facteurs de pénibilité, avec des horaires éprouvants, un déficit d’image, la cyclicité conjoncturelle… Bref, les raisons du manque d’attractivité sont de plusieurs ordres. Il en est un dont on ne parle pas, la responsabilité sociale et environnementale. Plus exactement, le sujet, rapporté aux entreprises immobilières, est évoqué, mais très rarement comme un atout d’attractivité.

La RSE, nouveau critère de choix des candidats

Une thèse de doctorat est ainsi en cours à l’Institut du Management des Services Immobiliers, d’autres sans doute dans d’autres établissements, sur l’impact du statut d’entreprise à mission et de la RSE sur la stratégie des sociétés immobilières. Son auteur ne fera certainement pas l’impasse sur la dimension RH, mais ce thème n’y sera pas central. Il mérite un focus : qui fréquente en particulier les étudiants des écoles immobilières ou leurs diplômés récents sait que la RSE constitue désormais un critère de sélection des enseignes.

Pour le dire plus crûment, si une entreprise de transaction ou d’administration de biens n’a pas de démarche RSE, bien des candidats passeront leur chemin.

C’est la fameuse quête de sens qu’on attache à raison aux générations actuelles. Sévères envers les professionnels des générations antérieures entrés dans la filière il y a longtemps… qui ne se seraient pas préoccupés du sens. On ne peut nier que d’autres considérations guidaient nos choix, telles l’envie de faire carrière, et aussi le besoin de travailler, souvent inculqué par les parents, menant à une sorte de respect aveugle de l’entreprise, envers laquelle on n’aurait pas osé formuler d’autres exigences que celle de rémunérer correctement !
Chercher le sens est d’évidence vertueux et oui, les plus jeunes ne transigent pas avec ça. On ne fera pas offense au secteur de l’immobilier en reconnaissant un vrai retard en la matière. Peut-être d’ailleurs faut-il en chercher l’origine dans une caractéristique des métiers eux-mêmes : ils ont du sens ontologiquement. Loger les ménages, les entreprises, les commerces, entretenir leurs actifs a du sens. On pourrait s’arrêter là. Pourtant, cela ne suffit pas. Quels progrès doivent accomplir les agences, les cabinets, avec le concours voire à l’initiative de leurs réseaux si elles en sont membres ou de leur syndicat, ou spontanément ? Les compartiments du jeu sont nombreux et on n’aura pas ici l’ambition d’épuiser le sujet.

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Parité, inclusion, diversité : des attentes fortes

La parité de la gouvernance, sinon des effectifs, du moins des effectifs de dirigeants ou de cadres, en est une composante. L’immobilier pèche par la surreprésentation des hommes qui s’y constate, surtout à des fonctions de responsabilité. Il ne faudrait d’ailleurs pas croire que les jeunes hommes y sont indifférents… Question à leurs yeux de modernité sociale. Même exigence quant à l’inclusion sous d’autres formes.

Intégrer le handicap dans les équipes est-il une préoccupation des patrons ? Les plus grands groupes le font… pour certains. Plus laborieux pour les entreprises de moindre taille, qui s’estiment moins observées et pour lesquelles il n’existe pas d’obligation règlementaire.

La diversité reste un sujet, qu’il s’agisse de la couleur de peau, des origines ethniques ou religieuses. Dans les agences ou les cabinets, les peurs pétrifient encore : un gestionnaire de copropriété dans le quartier huppé d’une grande ville sera-t-il accepté s’il ne ressemble pas à la majorité des copropriétaires ? Un négociateur ne doit-il pas présenter les mêmes caractéristiques ?

Un autre marqueur de RSE, la sensibilité sociale. Le secteur de l’immobilier est réputé libéral et de droite, plus qu’il n’aurait le cœur à gauche. Intéressant au demeurant de voir que des initiatives caritatives du secteur lui-même veulent corriger ces a priori, telles I lodge you ou Les agents immobiliers ont du cœur. Elles ne bénéficient d’ailleurs pas de l’adhésion qu’elles méritent et qui convertirait vraiment l’image globale des professions concernées. Un jeune gestionnaire locatif devra comprendre que la rigueur des procédures de recouvrement des loyers est essentielle, mais il n’admettra pas que ne sont pas intégrées aux process la dimension humaine, avec des actions prévues pour inciter au dialogue et au conseil envers un locataire rencontrant des difficultés de la vie.

L’humanité est une valeur fondatrice de la RSE. Un salarié ou un candidat avisé des pratiques sociales de l’entreprise sanctionnera aussi la brutalité : il ne sera pas choqué par la nécessité d’un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), mais sera attentif aux conditions de sa mise en œuvre…

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Transition écologique et conditions de travail : le tournant décisif

La transition environnementale est également devenue majeure pour les candidats. Les professionnels en exercice, quarantenaires, cinquantenaires ou sexagénaires, ne mesurent pas que leurs discours de réticence ou de rejet des obligations écologiques ne résonnent pas du même son dans les oreilles des représentants de la génération Y ou Z. Là encore, ils y discernent de l’archaïsme, vite mis dans la colonne des moins au moment de jeter leur dévolu sur leur future entreprise. En outre, des gestes environnementaux impactant la vie de l’entreprise sont appréciés, fussent-ils mineurs : la végétalisation de la façade des bureaux, un potager si les locaux le permettent, une charte de bonne conduite pour la consommation énergétique, un local à vélos pour faciliter les trajets entre domicile et travail grâce aux mobilités douces… Ne pas en sourire et considérer que tout compte désormais dans la construction d’une identité RSE.

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Enfin, la RSE, c’est aussi penser aux conditions de travail des collaborateurs, à tous égards. À l’heure du télétravail, on attend des bureaux qu’ils soient des lieux de partage, de vie, de ressourcement aussi.

Quant aux pratiques, elles ne doivent pas négliger les personnes : les assemblées générales de copropriété tardives passent de moins en moins bien chez les gestionnaires, dont la vie privée est obérée.

L’insuffisante digitalisation des cabinets et des agences complique les tâches, alors que les collaborateurs pourraient être centrés sur leur valeur ajoutée et allégés des gestes mécaniques ou répétitifs, telles les saisies. Le recours au numérique à haute dose ou à l’intelligence artificielle ne sont plus seulement indispensables pour la compétitivité de l’entreprise mais aussi pour son attractivité envers les candidats à l’emploi. Les jeunes en plus ont sur cette question un sens critique affûté : comment admettraient-ils qu’une agence ou un cabinet n’exploite pas à son maximum des moyens dont les prix ont baissé, alors que l’efficacité commerciale et le confort des collaborateurs en dépendent ? Pis : alors que c’est le secret pour que les collaborateurs épanouissent leur valeur ajoutée ?

Il est urgent que les professions de la transaction et de la gestion ouvrent les yeux sur l’importance de la RSE pour leur attractivité.

Sans en avoir peur, sans crainte de ne pas être à la hauteur, avec la conscience que les générations du moment… et les plus anciennes, désormais éveillées aux mêmes enjeux, y veillent. Pas une mode, une lame de fond : rien ne sera plus comme avant. La RSE entre dans la grille d’appréciation du monde, comme la tendresse dans les schémas des post soixante huitards.

Et la RSE ? Bordel !

Les nouveaux critères d’attractivité dans l’immobilier

  • La quête de sens des candidats
  • La parité de la gouvernance
  • L’inclusion, notamment du handicap
  • La diversité (origines, profils)
  • La sensibilité sociale dans les pratiques
  • La transition environnementale
  • Les conditions de travail et la digitalisation

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Henry Buzy Cazaux

Après avoir conseillé Pierre Méhaignerie, ministre de l'équipement et du logement, Henry Buzy-Cazaux a occupé des fonctions de responsabilité dans des entreprises immobilières de premier plan, FONCIA, Tagerim ou encore le Crédit Immobilier de France, mais également au sein des organisations professionnelles du secteur. Ancien délégué général de la FNAIM, il a aussi été administrateur de plusieurs autres syndicats immobiliers. Il a été chargé de mission auprès du président du Conseil de l'immobilier de l'Etat.

Il mène depuis toujours une action engagée pour la formation aux métiers de l'immobilier: président d'honneur de l'Ecole supérieure des professions immobilières, cofondateur de l'Institut des villes, du territoire et de l'immobilier du Groupe ESSEC, il est aujourd'hui président fondateur de l'Institut du Management des Services Immobiliers, centre de prospective et d'enseignement.

Il est enfin membre du conseil scientifique de l'observatoire immobilier des notaires et président du groupe "Immobilier, logement et ville durable" du Forum pour la gestion des villes et des collectivités locales et territoriales.

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