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Les syndics, au cœur de la paix républicaine par Henry Buzy-Cazaux

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Médiateur au sein de la copropriété, le syndic a un rôle de premier plan à jouer dans le bien-vivre ensemble.

photo : Henry Buzy Cazaux

La France, comme la plupart des pays occidentaux, est désormais en guerre. Contre un ennemi mal identifié. On sait finalement l’essentiel des traits de son  visage : il a les attributs et l’apparence de l’intolérance, de l’intégrisme prétendument religieux et il s’abrite derrière des idéaux de mort. On sait aussi où il recrute ses séides, ses bras armés : partout. Venu d’ailleurs, de contrées où on enrôle pour conquérir et asservir le reste du monde au nom d’un dieu qui n’a rien demandé de tout cela, il se cherche des représentants et il les trouve sans peine sur notre territoire, dans nos villes, dans nos cités, dans nos lotissements, dans nos immeubles. Là où sévissent le chômage et la pauvreté ? Oui, certes, mais plus largement là où des êtres se sentent fragiles et sans repères.

Le plus petit espace de vie, lieu de la plus terrible transmutation

Ce qui frappe, c’est que, d’après leurs voisins, celles ou ceux qui se sont radicalisés jusqu’à tuer, méprisant la vie des  autres et la leur, étaient des gens « normaux ». Ils en attestent. On ne comprend pas. Oui, bien sûr, à y réfléchir, tel avait des problèmes d’argent, mais si tous ceux qui en ont devenaient criminels pour une poignée d’euros ! Oui, le couple s’était séparé, oui l’homme ou la femme avait eu une altercation lors d’une sortie… Des indices, maigres, et une reconstitution a posteriori parce qu’il faut bien trouver des causes. Car, au fond, les êtres ordinaires qui se sont mutés en monstres vivaient parmi nous, comme nous, avec nous, où nous vivions nous-mêmes. Oui, nos espaces de vie  collective, jusqu’à la plus petite maille, celle de nos copropriétés, sont les lieux où les plus terribles transmutations peuvent se passer. Nous sommes responsables des autres, oh pas d’une responsabilité active, qui fait que je transformerais en terroriste criminel mon voisin par endoctrinement, mais indirectement, parce que je ne crée pas le lien social qui lui éviterait de tomber dans cette fragilité mère de toutes les dérives possibles.

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« Que la population reconnaisse aux syndics ce rôle de catalyseur du lien social, de facilitateur de relations sereine dans les copropriétés. »

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Contribuer à tisser le lien social

Atanase Périfan, visionnaire, a eu il y a vingt ans l’idée de la Fêtes des voisins, et, plus récemment, celle des Voisins solidaires. Il a été visionnaire sur le rôle de la copropriété dans le bien-vivre ensemble. Il n’aurait pas imaginé que la première fonction des immeubles collectifs eût été un jour de nous épargner de mourir ensemble, ou simplement de très mal vivre ensemble. Pourtant, voilà le défi actuel des copropriétés. Voilà aussi le défi actuel des syndics professionnels. Celles et ceux qui ont choisi ce métier doivent mesurer la grandeur de ce qui leur est demandé, et je pèse mes mots. Non plus seulement de gérer, de rendre des comptes, d’exécuter des décisions âprement emportées, mais de contribuer à tisser le lien social ciment des copropriétés. De bâtir le bien-vivre ensemble. Qui décrit ainsi les syndics ? Je ne dois pas être unique, mais je me sens bien seul, au sein même d’une communauté professionnelle qui geint trop et d’une collectivité de consommateurs bien ingrats en la matière.

Entend-on les médecins urgentistes se plaindre de leurs servitudes ? Entend-on la population trouver que leurs interventions coûtent trop cher ? La question ne se pose même pas. On n’aurait pas le front d’en parler. Il est souhaitable qu’il en soit de même pour les syndics. Qu’eux-mêmes gagnent en fierté de ce qu’ils font, et que la population leur reconnaisse ce rôle de catalyseur du lien social, de facilitateur de relations sereines ou encore de normalisateur de rapports humains dans les copropriétés. Dans cette période où des pairs, des proches perdent le sens des choses et du respect de l’altérité, où le risque d’incivilité est permanent, être syndic de copropriété est bien plus qu’un métier, une fonction sociale essentielle à l’équilibre démocratique et républicain.

Henry Buzy Cazaux

Après avoir conseillé Pierre Méhaignerie, ministre de l'équipement et du logement, Henry Buzy-Cazaux a occupé des fonctions de responsabilité dans des entreprises immobilières de premier plan, FONCIA, Tagerim ou encore le Crédit Immobilier de France, mais également au sein des organisations professionnelles du secteur. Ancien délégué général de la FNAIM, il a aussi été administrateur de plusieurs autres syndicats immobiliers. Il a été chargé de mission auprès du président du Conseil de l'immobilier de l'Etat.

Il mène depuis toujours une action engagée pour la formation aux métiers de l'immobilier: président d'honneur de l'Ecole supérieure des professions immobilières, cofondateur de l'Institut des villes, du territoire et de l'immobilier du Groupe ESSEC, il est aujourd'hui président fondateur de l'Institut du Management des Services Immobiliers, centre de prospective et d'enseignement.

Il est enfin membre du conseil scientifique de l'observatoire immobilier des notaires et président du groupe "Immobilier, logement et ville durable" du Forum pour la gestion des villes et des collectivités locales et territoriales.

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