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Mickaël Nogal : « Vers des logements inassurables ? »

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Nous avons un travail primordial à réaliser : cesser de penser que le changement climatique est exogène au secteur de l’immobilier. En effet, ce dernier est autant une cause du changement climatique qu’il n’en est une victime. Mickaël Nogal, ancien député et président fondateur de l’association Convergences, signe une nouvelle tribune.

photo : mickael nogal

L’un des principaux témoins du danger que nous courrons à rester inactifs sur le plan climatique se trouve sous nos pieds. Plus de 10 millions de maisons sont aujourd’hui concernées par le phéno- mène, désormais bien connu des assureurs, de « retrait et gonflement des argiles ». Il se caractérise par des mouvements alternatifs des sols argileux selon la variation de la teneur en eaux dans les sols : tantôt les argiles se rétractent et se fracturent en cas de sécheresse, tantôt elles se gonflent sous l’effet de l’accumulation en eau en cas de forte pluviométrie. Ces retraits et gonflements peuvent faire varier l’amplitude de l’ordre de -10 % à +10 % du volume des argiles, et si ce phénomène est bien documenté depuis de nombreuses années, le changement climatique en accentue considérablement l’ampleur. Ces mouvements répétés et successifs entraînent des dégâts majeurs et visibles sur de nombreuses habitations. La structure des maisons se fragilise, des fissures apparaissent, et dans certains cas cela aboutit à une menace d’inhabitabilité ou même d’effondrement de la construction. Selon le CE- REMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), dans 75 % des communes françaises, c’est plus de la moitié des habitations qui sont exposées au risque de retrait et de gonflement des argiles.

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Selon France Assureurs, le coût des sinistres climatiques (inondations, sécheresse, tempête, grêle…) s’est chiffré à 69 000 000 000 d’euros – il est toujours intéressant d’écrire en intégralité les milliards – entre 1989 et 2019.

Nous avons donc un premier travail primordial à réaliser : cesser de penser que le changement climatique est exogène au secteur de l’immobilier. Dans 75 % des communes françaises, plus de la moitié des habitations sont exposées au risque de retrait et de gonflement des argiles.

Et c’est plus du doublement de ce coût que l’association envisage, avec 143 000 000 000 d’euros, d’ici à 2050. Que nous disent ces chiffres ? Ils font planer la menace d’une France inassurable, et avec elle, des conséquences économiques, financières et sociales dévastatrices.

Car, il va bien falloir l’admettre, l’immobilier est autant une cause du changement climatique qu’il n’en est une victime. Et vice versa.

Deux tiers de l’accroissement des surfaces artificialisées sont liés aux nouveaux logements. Quant au changement climatique, le bâtiment représente 17 % des émissions (directes) de gaz à effet de serre en France (75 MtCO2e/an). C’est là le premier travail à réaliser : cesser de penser que le changement climatique est exogène au secteur de l’immobilier et qu’il suffirait de solutions techniques pour l’effacer ou le ralentir.

Et c’est bien parce que les conséquences du changement climatique ou de l’érosion de la biodiversité sont désastreuses et déjà perceptibles pour le secteur de l’immobilier que celui-ci doit se mobiliser, non à horizon 2050, mais dès aujourd’hui.

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Cela en acceptant ce qui peut apparaître comme des contraintes, législatives, réglementaires, parfois fiscales mais qui sont en réalité les seules voies possibles à l’atténuation – faisons le deuil de l’idée de résorption – de la crise. Une réponse qui doit être pilotée et coordonnée par l’Etat, en y associant les élus locaux et tous les maillons de la chaîne du logement. Mais cela passera par l’acceptation et le soutien à des mesures controversées mais pourtant ô combien nécessaires, d’interdiction de location (et de rénovation massive) des passoires énergétiques, ou encore de réduction de l’artificialisation des sols.

Pour les professionnels de l’immobilier, il en va de la protection de leur première ressource, le bâti, et donc de leur activité.

 

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