Le coût de la vie devient le premier frein à la mobilité
La crise du logement n’est plus le seul obstacle aux projets résidentiels des Français. Désormais, c’est le contexte économique global qui pèse le plus lourd dans les arbitrages. Selon l’enquête Ipsos, 44 % des Français ayant envisagé un déménagement au cours des douze derniers mois déclarent avoir dû reporter ou abandonner leur projet. Parmi eux, 28 % l’ont différé et 16 % y ont renoncé.
Plus révélateur encore, la hausse du coût de la vie est désormais citée par 58 % des répondants comme principal frein à leur mobilité résidentielle, contre 51 % un an auparavant.
Une évolution qui marque un changement de paradigme : le déménagement n’est plus seulement contraint par les tensions du marché immobilier, mais par une capacité financière affaiblie des ménages.
Une mobilité qui s’ajuste plutôt qu’elle ne disparaît
Pour autant, les Français ne tournent pas le dos à leurs projets résidentiels. Ils les reconfigurent. Près de 22 % des personnes interrogées envisagent encore de déménager dans les douze prochains mois. Un chiffre en recul de 10 points par rapport à 2025, mais qui témoigne d’une mobilité toujours présente.
Les raisons personnelles demeurent la première motivation de déménagement (37 %), mais leur poids recule fortement. Elles représentaient encore 53 % des réponses l’an dernier.
Dans le même temps, les motivations liées à l’adaptation du logement restent solides :
- disposer d’un logement plus grand ou mieux adapté (34 %) ;
- bénéficier d’un cadre de vie plus agréable (30 %) ;
- saisir une opportunité professionnelle (24 %) ;
- trouver un logement plus abordable (22 %).
Autrement dit, le déménagement devient davantage une réponse à une contrainte ou à une opportunité qu’un véritable projet de vie anticipé.
À lire aussi : Projets immobiliers : 8 Français sur 10 inquiets en raison de l’instabilité politique
Les jeunes restent les plus mobiles
Certaines catégories de population conservent néanmoins une forte capacité de projection. Près d’un quart des 18-24 ans (23 %) affirment vouloir déménager avec certitude dans les douze prochains mois, tandis que 24 % supplémentaires considèrent cette perspective comme probable.
L’Île-de-France demeure également un territoire particulièrement mobile : 10 % des habitants se déclarent certains de déménager, contre 7 % en moyenne au niveau national.
Le climat s’invite dans les critères de choix résidentiels
Autre enseignement marquant du baromètre : les considérations environnementales deviennent progressivement un critère de sélection du futur lieu de vie.
Les risques naturels figurent désormais parmi les préoccupations majeures des ménages :
- 68 % accordent une forte importance au risque d’inondation ;
- 57 % aux incendies ;
- 53 % à la pollution de l’eau ;
- 53 % à la pollution de l’air ;
- 44 % aux épisodes de canicule ;
- 41 % à l’érosion.
Les sensibilités varient toutefois selon les territoires. Les habitants du Nord se montrent particulièrement attentifs aux risques d’inondation (76 %), tandis que les résidents du Sud et du Sud-Est accordent davantage d’importance aux incendies et aux fortes chaleurs.
Le logement apparaît ainsi de plus en plus comme un lieu de protection face aux aléas climatiques, un facteur qui pourrait progressivement influencer l’attractivité des territoires.
À lire aussi : Canicule : 1 Français sur 4 prêt à déménager si la situation empire
La fin de l’exode urbain ?
Les données recueillies par Nextories sur plus de 200 000 projets de déménagement confirment une autre tendance majeure : le ralentissement de l’exode des grandes métropoles observé depuis la crise sanitaire.
À Paris, la part des départs est passée de 17,44 % en 2022 à 10,28 % en 2025, soit une baisse de 41 % en trois ans. Le phénomène est similaire à Bordeaux ou Lyon, où les flux sortants continuent de diminuer mais à un rythme beaucoup plus modéré qu’auparavant.
Même constat du côté des arrivées. Après plusieurs années de recul, les grandes métropoles semblent progressivement retrouver leur attractivité ou, à tout le moins, stabiliser leurs flux résidentiels.
Cette évolution traduit un recentrage progressif vers les grands pôles urbains et la fin de la vague de départs massifs observée dans l’immédiat après-Covid.
À lire aussi : Tous les territoires français ont-ils encore un avenir immobilier ?
Le Sud reste attractif mais devient plus mobile
Si le Sud de la France continue d’attirer les ménages, il se transforme progressivement en territoire de circulation plutôt qu’en terre d’installation durable.
Les Bouches-du-Rhône enregistrent une hausse de 60 % de leur part des départs depuis 2022. L’Hérault affiche une progression de 31 % sur un an et les Alpes-Maritimes de 16 %.
Autre phénomène notable : les habitants de ces territoires s’éloignent davantage de leur région d’origine. Les flux intra-régionaux reculent notamment dans les Bouches-du-Rhône et en Gironde, signe d’une mobilité plus large et moins ancrée localement.
Paris, Marseille et Lyon restent les destinations privilégiées
Malgré les discours sur le retour aux territoires ruraux, les grandes villes demeurent les principales destinations résidentielles des Français.
En 2025, les cinq premiers pôles d’installation sont :
- Paris (6,37 % des emménagements)
- Marseille (4,47 %)
- Lyon (3,72 %)
- Bordeaux (3,33 %)
- Montpellier (2,95 %)
Ces chiffres confirment le poids persistant des grandes agglomérations dans les parcours résidentiels.
À lire aussi : Quels sont les désirs résidentiels des Français ? La géographie du « bien vivre » évolue
Un marché du déménagement sous pression
Les professionnels du déménagement observent eux aussi cette transformation des comportements. Parmi les principales difficultés rencontrées figurent la hausse des coûts d’exploitation, notamment du carburant et des matières premières, citée par 65,2 % des entreprises interrogées.
Près d’une entreprise sur deux (46,4 %) indique avoir déjà engagé des ajustements stratégiques pour préserver son activité. Cette prudence se retrouve dans les perspectives : 36,2 % des déménageurs se montrent réservés quant à l’évolution du marché au cours des douze prochains mois.
Une nouvelle géographie de la mobilité
Pour Julien Bardet, CEO de Nextories, ces évolutions traduisent une transformation profonde des parcours résidentiels.
« Les Français n’ont pas renoncé à la mobilité, mais ils l’abordent différemment : plus contraints, plus stratégiques. Nous ne sommes plus dans une logique d’exode urbain, mais dans une nouvelle phase de mobilité, plus fragmentée et plus mouvante », analyse-t-il.
Pour les professionnels de l’immobilier, ces tendances constituent un signal fort : les projets résidentiels restent nombreux, mais leur concrétisation dépend désormais davantage du pouvoir d’achat, des conditions de financement, des contraintes climatiques et des opportunités professionnelles que des seules aspirations résidentielles.
À lire aussi : Où les Français rêvent-ils d’habiter ? Les nouvelles géographies du désir immobilier

