Une profession qui ne manque pas d’émotions
On parle souvent des compétences techniques du syndic : maîtriser le droit de la copropriété, suivre des travaux, gérer les sinistres, préparer les assemblées générales ou encore arbitrer les conflits entre copropriétaires.
On évoque moins souvent une autre facette du métier : la charge émotionnelle.
Parce qu’entre un conseil syndical exigeant, une fuite d’eau qui n’en finit plus, un artisan qui « a oublié » son intervention ou un copropriétaire qui répond à tout l’immeuble par mail, il faut parfois savoir garder son calme… et son sens de l’humour.
C’est précisément ce qu’a illustré Gilles Frémont, président de l’ANGC, dans une publication aussi drôle que terriblement réaliste.
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La roue des émotions du syndic, selon Gilles Frémont
Le trac
Quand tu arrives seul au monde dans la salle d’AG quelques minutes avant la réunion.
La crainte
Quand tu as un contrat concurrent en face et tu sais que ça va être ta fête.
La frustration
Quand tu proposes une solution au conseil syndical et qu’ils décident de ne pas t’écouter.
La colère
Quand tu reçois un mail assassin avec tout l’immeuble en copie.
La déception
Quand t’oublies d’enregistrer ton ordre du jour que t’as mis trois heures à rédiger.
La culpabilité
Quand tu as soldé l’entreprise de travaux alors qu’il restait des réserves.
Le stress
Quand tu dois faire partir ta convocation d’AG et qu’il te manque encore quatre devis plus les comptes.
La peur
Le dimanche soir avant de rouvrir tes mails le lundi matin.
La surprise
Quand le notaire te rembourse le reliquat de ta provision… cinq ans plus tard.
L’étonnement
Quand l’assurance te rembourse la facture de recherche de fuite.
La contemplation
Quand tu es sur les toits de Paris et tu regardes l’horizon.
L’exaspération
Quand tu proposes une date d’AG et qu’on te la change dix fois.
L’indignation
Quand tu perds les clés de la salle d’AG.
La désillusion
Quand les copropriétaires changent de syndic en te disant : « Ce n’est pas contre vous. »
La nostalgie
Quand les mails n’existaient pas.
L’incompréhension
Quand tu lis le dernier décret sur le prêt collectif.
La sidération
Quand tu découvres l’armoire de fibre optique éventrée.
Le remords
Quand tu t’es lancé dans des travaux de pose de compteurs individuels.
Le doute
Quand ton dégât des eaux réparé depuis un an et demi ne sèche toujours pas.
La perplexité
Quand le conseil syndical te dit qu’il a trouvé « un bon avocat » qui va s’occuper du dossier.
La solitude
Quand les copropriétaires en AG te demandent d’attendre dans le couloir avant de te présenter.
L’irritation
Quand tu as passé un ordre de service à une entreprise il y a trois mois et qu’elle te répond : « Oups, j’ai zappé. »
La consternation
Quand tu lis un article de l’ARC.
L’hésitation
Quand on te consulte pour un immeuble de deux lots… et trois procédures en cours.
La joie
Quand le président du conseil syndical qui t’envoie dix mails par jour t’annonce qu’il part à l’étranger pour une mission de six mois.
La satisfaction
Quand tu envoies ta dernière convocation d’AG de l’année.
La tristesse
Quand un copropriétaire âgé t’annonce qu’il a perdu sa femme et qu’il faut changer son adresse.
La nausée
Quand un copropriétaire t’envoie la photo de ses toilettes bouchées au petit déjeuner.
La fierté
Quand tu réceptionnes un beau ravalement de façade et que tu vois les copropriétaires satisfaits.
La plénitude
Quand tu pars en vacances et que ta boîte mail est miraculeusement vide.
L’espoir
Quand un copropriétaire te remercie sincèrement pour tout le travail que tu fais.
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Toute ressemblance avec des situations vécues serait évidemment… volontaire
Si cette « roue des émotions » prête à sourire, c’est surtout parce qu’elle sonne juste. Derrière chaque situation se cache une réalité bien connue des syndics : les assemblées générales sous tension, les entreprises qui tardent à intervenir, les sinistres qui s’éternisent, les évolutions réglementaires parfois difficiles à suivre, les conseils syndicaux très investis… ou les boîtes mail qui débordent.
Le métier de syndic exige aujourd’hui bien plus que des compétences juridiques, techniques ou comptables. Il faut aussi savoir gérer les imprévus, désamorcer les conflits, faire preuve de pédagogie, de diplomatie… et, bien souvent, conserver une bonne dose d’autodérision.
À la lecture de cette « roue des émotions », chacun retrouvera sans doute un souvenir, une anecdote ou une situation vécue. Et si certains se reconnaîtront dans le stress de la convocation d’assemblée générale ou dans la joie d’un conseil syndical temporairement moins bavard, beaucoup conviendront probablement que la dernière émotion est la plus précieuse : celle ressentie lorsqu’un copropriétaire prend simplement le temps de dire merci.
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