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L’IA répond à tout, mais les acquéreurs hésitent : comment les aider à se décider ?

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L’intelligence artificielle s’installe à grande vitesse dans le parcours immobilier. En quelques secondes, elle donne à l’acquéreur l’impression de pouvoir rechercher un bien, l’estimer, analyser un DPE, décrypter une copropriété, évaluer des travaux ou comprendre un marché. Cette apparente maîtrise devrait accélérer la prise de décision mais, paradoxalement, elle produit exactement l’inverse. Éclairage et vue du terrain de Peter Jorgensen.

photo : L’IA répond à tout, mais les acquéreurs hésitent : comment les aider à se décider ?

Nous le vivons de plus en plus au quotidien : « Oui, mais l’IA me dit que… », « Pourtant, l’IA estime le bien à… ». Le professionnel doit désormais composer avec une nouvelle réalité : des acquéreurs qui arrivent avec leurs propres analyses et accordent parfois davantage de crédit à la réponse d’une IA qu’à l’expertise d’un professionnel expérimenté.

Plus d’informations, mais une décision plus difficile

L’une des grandes forces de l’IA est de rendre la recherche d’informations simple, rapide et quasiment sans limite. Mais cette facilité fait disparaître une contrainte qui existait auparavant : celle du temps et de l’effort nécessaires pour obtenir une information supplémentaire.

Un acquéreur qui s’interroge sur le DPE d’un logement peut désormais questionner immédiatement l’IA sur les travaux à réaliser, leur coût, les évolutions réglementaires, leur impact sur la valeur du bien, puis sur sa valeur future ou ses conditions de revente.

Chaque réponse appelle une nouvelle question. Chaque risque identifié peut conduire à en rechercher un autre. L’acquéreur peut alors entrer dans une boucle de vérifications dont il devient difficile de sortir. La recherche légitime d’informations se transforme progressivement en recherche d’une certitude que l’immobilier, par nature, ne pourra jamais lui apporter.

Le paradoxe est là : plus l’acquéreur dispose d’informations pour sécuriser sa décision, plus il peut trouver de raisons de la repousser.

Quand la confiance se déplace vers la machine

À cette surinformation s’ajoute un second phénomène, probablement plus important encore pour notre profession : le déplacement de la confiance.

Une IA répond immédiatement. Elle structure son raisonnement, développe des arguments, produit des chiffres et les présente avec assurance. Elle ne semble ni hésiter ni avoir quelque chose à vendre. Cette apparente neutralité lui confère une force de conviction considérable.

À l’inverse, la parole du professionnel peut être perçue, à tort ou à raison, comme intéressée : l’agent immobilier souhaite réaliser la transaction, le vendeur défendre son prix, le chasseur faire aboutir l’acquisition.

Face à eux, la machine donne l’impression de n’avoir aucun intérêt particulier à défendre. C’est ainsi que nous entendons de plus en plus : « Je comprends votre raisonnement, mais l’IA me dit autre chose. » Le problème n’est donc plus seulement que l’acquéreur dispose de davantage d’informations. Il accorde parfois davantage de confiance à l’outil qui les lui fournit.

Une réponse précise n’est pas nécessairement une réponse juste

L’estimation immobilière illustre parfaitement cette situation. Un acquéreur peut aujourd’hui demander à une IA d’estimer un bien et obtenir, en quelques secondes, un prix précis et argumenté. La rapidité de la réponse, la précision du chiffre et l’assurance avec laquelle il est présenté peuvent facilement donner l’impression que l’estimation est fiable.

Pourtant, nous, professionnels, en connaissons les limites. Une estimation dépend de la qualité des données utilisées, de la manière dont elles sont retraitées et de la capacité à apprécier les caractéristiques propres au bien. Les données DVF en sont un exemple évident : utilisées de manière brute, certaines informations relatives aux prix ou aux surfaces peuvent conduire à des comparaisons inadaptées, voire à des conclusions totalement erronées.

Nous le savons. L’acquéreur, lui, ne le sait pas nécessairement. Il ignore quelles données l’IA a utilisées, comment elle les a interprétées, ce qu’elle a éventuellement omis ou encore quelle importance elle a accordée aux différents critères du bien. À cela s’ajoute la qualité du prompt qu’il a lui-même formulée : l’IA ne peut intégrer correctement un critère qui ne lui a pas été communiqué ou dont l’importance a été mal appréciée.

C’est précisément là que réside le risque : la qualité apparente de la réponse peut masquer la fragilité de l’analyse qui l’a produite.

Et les conséquences peuvent être très concrètes : écarter un bien considéré à tort comme trop cher, formuler une offre inadaptée ou, à l’inverse, accepter un prix surévalué.

Du professionnel qui informe au professionnel qui aide à décider

Face à cette nouvelle réalité, notre réponse ne peut pas consister à opposer notre parole à celle de la machine. Dire « l’IA se trompe » ne suffira pas. Pas plus qu’il ne suffira d’affirmer : « ce bien vaut tant ».

Le client arrive désormais avec ses recherches, ses comparables, ses analyses et parfois sa propre estimation. Il faudra donc moins affirmer et davantage démontrer.

Pourquoi les références retenues ne sont-elles pas comparables ? Pourquoi telle donnée doit-elle être retraitée ? Pourquoi tel critère crée-t-il une décote ou, au contraire, une prime ? Pourquoi un prix théorique au mètre carré ne suffit-il pas à déterminer la valeur d’un bien ?

Il devient primordial de privilégier la preuve à la promesse : expliquer le raisonnement, confronter les données à la réalité du terrain et montrer, point par point, pourquoi l’analyse professionnelle peut aboutir à une conclusion différente de celle de l’IA. C’est ainsi que la confiance pourra progressivement changer de camp.

Mais notre rôle doit probablement aller encore plus loin. Face à des acquéreurs capables de produire toujours plus d’informations et de scénarios, la valeur du professionnel ne résidera plus seulement dans sa capacité à apporter une information supplémentaire. Elle résidera aussi dans sa capacité à hiérarchiser, contextualiser et finalement refermer le champ des interrogations.

Autrement dit, aider l’acquéreur à distinguer le risque réel du risque théorique, l’information déterminante de l’information secondaire et, surtout, à identifier le moment où il dispose de suffisamment d’éléments pour prendre sa décision.

À lire aussi : Professionnels de l’immobilier : « l’IA n’est pas votre concurrente, elle amplifie votre talent »

Transformer l’information en décision

L’IA ne réduit donc pas le rôle du professionnel. Elle le transforme. Pendant longtemps, une partie de notre valeur résidait dans l’accès à une information difficilement accessible au particulier. Cette information devient aujourd’hui abondante et immédiatement disponible.

Notre valeur ajoutée se déplace vers une autre compétence : savoir sélectionner, retraiter, interpréter et hiérarchiser cette information pour permettre au client de décider.

Car c’est finalement tout le paradoxe : l’acquéreur n’a jamais eu autant d’informations à sa disposition et pourtant, à force de vouloir tout analyser et tout sécuriser, il peut avoir de plus en plus de difficultés à passer à l’action.

L’enjeu pour les professionnels de l’immobilier sera donc moins de concurrencer l’IA sur sa capacité à produire de l’information que de réussir à restaurer la confiance, réduire l’incertitude et redonner à l’acquéreur les moyens de décider. Car demain, notre valeur ne résidera peut-être plus seulement dans notre capacité à savoir. Elle résidera aussi dans notre capacité à aider nos clients à décider.

À lire aussi : Utiliser l’IA : de nouvelles règles de transparence pour les professionnels de l’immobilier

Peter Jørgensen

Peter Jørgensen est spécialiste de la chasse immobilière à Paris depuis 2011. Il a fondé et dirige aujourd'hui le cabinet de chasseur immobilier Peter Jørgensen Consulting, spécialisé dans la recherche de biens à Paris.
Fort de son expertise en finance, il a mis au point un outil d’estimation performant qui permet d’évaluer avec précision les biens immobiliers.
Membre actif et l'un des premiers adhérents de la Fédération des Chasseurs Immobiliers (FCI), Peter Jorgensen participe activement à la promotion et à la reconnaissance de ce métier auprès des pouvoirs publics et des autres acteurs de la transaction immobilière.
En parallèle, Peter a également co-dirigé un centre de formation en immobilier (estimation immobilière, découverte client et chasse immobilière).
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