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Syndics : comment désamorcer les conflits dans des copropriétés sous tension ?

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Le syndic de copropriété ne peut plus se limiter à maîtriser le droit, la comptabilité ou la technique. Face à des copropriétaires toujours plus exigeants, la prévention des conflits devient une compétence essentielle. Dans cet article, Olivier Brane, avocat honoraire, formateur et expert IFEJO, spécialiste du contentieux de la copropriété, et Damien Lutz, médiateur professionnel, ancien syndic pendant près de 30 ans et dirigeant de cabinet, montrent comment la médiation peut éviter des procédures longues, coûteuses et souvent destructrices.

photo : Syndics comment désamorcer les conflits dans des copropriétés sous tension ?

Syndic, un défi humain avant tout

Le métier de syndic est en pleine mutation. La réglementation devient toujours plus dense. Les copropriétés doivent engager des rénovations énergétiques, financer des travaux importants, intégrer de nouvelles obligations techniques et environnementales, répondre aux exigences de transparence des copropriétaires et composer avec une intelligence artificielle qui fournit désormais à chacun des réponses juridiques… parfois pertinentes, parfois incomplètes, parfois totalement erronées.

Pourtant, ce ne sont pas ces évolutions qui rendent aujourd’hui la mission du syndic la plus difficile.

Le véritable défi est humain. Le syndic ne gère plus seulement un immeuble. Il gère des personnalités, des inquiétudes, des frustrations, des incompréhensions, des intérêts parfois contradictoires et des conflits qui dépassent largement le seul droit de la copropriété.

Autrefois, les désaccords opposaient principalement bailleurs et occupants. Aujourd’hui, les conflits naissent aussi des difficultés économiques, du coût des travaux, de la défiance envers les institutions, de la peur de perdre de l’argent, des informations contradictoires trouvées sur internet ou auprès de l’intelligence artificielle, et parfois simplement d’un manque d’explication ou d’écoute.

Une décision parfaitement conforme à la loi peut ainsi être rejetée parce qu’elle n’a pas été comprise ou acceptée.

À lire aussi : L’avenir d’un métier à réinventer : « Soyons fiers d’être syndic de copropriété ! »

Des conflits de copropriété qui coûtent cher

Or un conflit de copropriété coûte cher. Il mobilise le syndic pendant des mois, bloque des projets essentiels, détériore durablement les relations entre voisins et finit souvent devant les tribunaux.

Prenons deux situations très concrètes.

Premier exemple : dans un immeuble ancien, trois copropriétaires utilisent depuis l’origine un WC commun situé au dernier étage. Ensemble, ils décident d’y installer une douche afin de créer un cabinet de toilette. Quelques mois plus tard apparaissent des accusations d’infiltrations, de nuisances sonores et de dégradations des parties communes. Les expertises techniques ne permettent pas d’identifier clairement l’origine des désordres. En réalité, le conflit dépasse largement les questions de plomberie. L’amélioration des trois studios a augmenté leur valeur. Les jalousies apparaissent. Les soupçons s’installent. Chaque incident devient un nouveau motif d’affrontement.

Second exemple : une copropriété engage un ambitieux projet de rénovation énergétique. Les études techniques sont solides mais les copropriétaires retiennent surtout le montant des appels de fonds. Les aides financières sont mal comprises, les intérêts des bailleurs et des occupants divergent, le conseil syndical se divise et une action judiciaire est engagée pour obtenir l’annulation de l’assemblée générale. Les travaux sont retardés de plusieurs années.

Dans ces deux situations, le droit est indispensable. Mais il ne suffit plus.

Lorsqu’un dossier arrive devant un tribunal, le juge tranche un litige juridique. Il ne répare ni la confiance entre voisins ni les relations de travail entre un syndic et les copropriétaires. Or ces derniers continueront à vivre ensemble longtemps après le jugement.

copropriétés sous tension

Damien Lutz et Olivier Brane

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Prévenir plutôt que plaider

Le juriste rappelle le cadre légal. Il explique les textes applicables, la jurisprudence, les chances réelles de succès d’une procédure, les aléas judiciaires, la durée prévisible d’un contentieux et son coût.

Beaucoup de copropriétaires ignorent qu’un litige peut immobiliser une copropriété pendant trois ou quatre ans et générer, avec les honoraires d’avocats, les frais d’expertise judiciaire et les différentes procédures, des dépenses de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Cette première étape est souvent déterminante. Elle permet de distinguer les revendications juridiquement fondées de celles qui relèvent davantage d’un malentendu, d’une réaction émotionnelle ou d’un conflit personnel.

Le médiateur intervient à la suite du juriste ou même pendant ses explications. Sa démarche est différente. Il ne cherche pas d’abord à savoir qui gagnera un procès. Il cherche comment résoudre durablement le problème sans attendre plusieurs années. À partir des contraintes juridiques exposées par le juriste, il aide les participants à construire d’autres solutions.

Si le désaccord porte sur des infiltrations, des nuisances sonores ou un problème technique, un audit indépendant permettra souvent d’identifier rapidement une solution, pour un coût très inférieur à celui d’une expertise judiciaire qui serait de toute façon ordonnée plusieurs années plus tard.

Si le conflit est essentiellement financier, d’autres réponses peuvent être recherchées : compensation entre copropriétaires, répartition différente de certaines dépenses, évolution des tantièmes ou des modalités de répartition des charges lorsque le cadre juridique le permet, ou encore aménagements techniques répondant aux préoccupations de chacun.

Une démarche pour construire des solutions réalistes, acceptables et durables

Dans bien des dossiers, le conflit ne disparaît pas parce que le droit a changé. Il disparaît parce que chacun comprend enfin les contraintes, les intérêts et les attentes de l’autre.

La méthode repose sur des situations réellement vécues. Les participants doivent alors analyser les causes profondes des conflits puis  ils sont invités à participer à des jeux de rôle dans lesquels ils deviennent successivement syndic, président du conseil syndical, copropriétaire opposant, voisin ou médiateur. Cette immersion permet de modifier le regard porté sur le conflit et de faire émerger des solutions auxquelles personne n’aurait pensé en restant enfermé dans sa propre position.

L’objectif n’est pas de rechercher un compromis à tout prix. Il est de construire une solution qui soit à la fois juridiquement sécurisée, techniquement réaliste, économiquement acceptable et humainement durable.

Car l’expérience montre que nombre de procédures de copropriété ne sont pas inévitables. Elles résultent souvent d’une succession d’incompréhensions, de maladresses, de défauts de communication ou d’affrontements d’ego qui finissent par coûter des années perdues et des sommes considérables, avant que chacun ne regrette de ne pas avoir cherché plus tôt une autre voie.

Le syndic de demain restera naturellement un professionnel du droit, de la gestion et de la technique. Mais il devra aussi devenir un professionnel de la prévention des conflits. C’est probablement l’une des évolutions les plus importantes de la profession. Et peut-être celle qui fera demain la différence entre un syndic qui gère les contentieux… et un syndic qui les empêche de naître.

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