En France, plus de 99 % des transactions immobilières suivent un schéma classique : affichage d’un prix, négociation, compromis. Ce modèle reste dominant et efficace. Pourtant, la vente digitale interactive — encore marginale — peut, lorsqu’elle est maîtrisée, devenir un véritable levier stratégique pour les professionnels de l’immobilier. Arnaud Viallaneix partage ici son retour d’expérience terrain et explique comment intégrer concrètement ce dispositif dans sa stratégie de mise en marché.
Un outil ancien… que j’avais déjà testé il y a 10 ans
Le modèle n’est pas nouveau. Aux États-Unis, des plateformes comme Auction.com ont structuré la vente immobilière digitale depuis longtemps.
En France, j’y ai été exposé il y a une dizaine d’années, lorsque j’étais directeur marketing au sein d’un grand réseau national d’administration de biens et de transaction. Nous avions lancé un test dans plusieurs villes. Le projet s’est arrêté — non parce qu’il ne fonctionnait pas — mais parce que le groupe avait d’autres priorités stratégiques.
Ce que j’en ai retenu était clair : la clé n’est pas technologique. Elle est stratégique et pédagogique.
2026 : une application terrain assumée
Depuis plus d’un an, en tant que conseiller immobilier indépendant, j’utilise la vente digitale interactive sur plus de 90 % des biens que je mets sur le marché. Non pas comme solution de secours. Mais comme stratégie de mise en marché initiale. Contrairement aux usages souvent réservés aux biens surexposés, je l’applique principalement à des biens frais, récemment positionnés et cohérents en prix.
Pourquoi ? Parce que la dynamique concurrentielle fonctionne mieux lorsque le bien est attractif, que le marché n’a pas encore figé sa perception et que l’effet nouveauté est présent.
Il existe aujourd’hui plusieurs plateformes en France, issues du notariat, de start-up spécialisées ou d’acteurs hybrides.
Pour ma part, j’ai choisi de travailler avec Squarimo. En quelques années, la plateforme est devenue leader en nombre d’annonces publiées et propose trois mécanismes :
prix libre,
enchère progressive et
enchère dégressive.
Personnellement, j’utilise quasi exclusivement le modèle progressif, c’est-à-dire une montée des prix par paliers définis, comparable à une enchère classique animée par un commissaire-priseur.
Pourquoi ? Parce que la montée progressive crée une tension concurrentielle positive, valorise le bien, engage psychologiquement les acquéreurs et reste culturellement compréhensible. Le modèle dégressif peut fonctionner, mais dans une logique différente.
L’important n’est pas l’outil. C’est l’adéquation entre le mécanisme et le produit.
Comment décider qu’un bien est adapté ?
Tous les biens ne sont pas pertinents. J’utilise des critères simples :
un marché actif,
la capacité à générer plusieurs visites,
un prix estimé cohérent et
un vendeur ouvert à la transparence.
À l’inverse, un bien surévalué, un marché totalement atone ou un vendeur réfractaire à la dynamique concurrentielle constituent de mauvais candidats. La vente digitale interactive amplifie la réalité du marché. Elle ne la corrige pas.
Présenter le dispositif au vendeur : méthode concrète
Le vendeur ne connaît pas le système. C’est à moi de structurer le discours. Je présente toujours le fonctionnement : un prix de départ stratégique — attractif mais maîtrisé — des paliers définis, une durée encadrée et la liberté d’accepter ou non l’offre finale.
J’expose ensuite les bénéfices : transparence totale, concentration des offres, accélération du processus et dossiers qualifiés.
Enfin, j’insiste sur les points d’attention : nécessité d’un prix cohérent, acceptation du principe concurrentiel et engagement sur la période d’enchères.
Sans pédagogie, le vendeur refuse. Avec pédagogie, il comprend la logique.
L’élément décisif : l’animation
Une plateforme ne vend pas. Un agent vend.
Comme dans une salle des ventes physique, il faut un animateur. Concrètement, cela signifie concentrer les visites, qualifier les dossiers immédiatement, expliquer individuellement la plateforme et relancer activement pendant toute la période d’enchères.
Emails, appels, SMS, suivi quotidien. Sans animation, l’outil est neutre. Avec animation, il devient un accélérateur.
Ce que j’ai observé après un an
J’ai travaillé avec des vendeurs de tous âges, sur des biens variés — appartements comme maisons — en province comme en zone premium. Les dossiers acquéreurs sont généralement mieux qualifiés. La seule réserve concerne encore l’ultra-luxe, culturellement moins habitué à ce modèle, même si les mentalités évoluent.
Ce que la vente digitale interactive n’est pas
Ce n’est pas une solution miracle.
Ce n’est pas un outil pour masquer un mauvais prix.
Ce n’est pas un automatisme.
Elle exige stratégie, pédagogie, animation et rigueur.
Un levier stratégique, pas une mode
La vente classique reste majoritaire. Elle continuera de l’être.
Mais la vente digitale interactive est un outil supplémentaire dans la boîte à outils de l’agent immobilier moderne.
La vraie maturité professionnelle consiste à se poser cette question : Pour ce bien, dans ce marché précis, quel mécanisme créera le plus de valeur et de confiance ?
Ce n’est pas une question de modernité. C’est une question de méthode.
Après plus de vingt ans dans les secteurs de la grande distribution et des télécoms, au sein de groupes de référence tels que Carrefour et Bouygues Telecom, Arnaud Viallaneix rejoint en 2011 le monde de l’immobilier en intégrant le groupe Nexity, alors leader du marché. Il y exerce des fonctions de direction commerciale et marketing au sein du pôle administration de biens, avant de poursuivre son parcours chez Foncia, acteur majeur de l’administration de biens, puis chez Geoxia, spécialiste de la maison individuelle avec les Maisons Phénix.
Tout au long de sa carrière, il accompagne la transformation commerciale, digitale et marketing des grands acteurs du logement, avec une expertise marquée dans le pilotage de la performance, l’animation des réseaux et l’évolution des offres.
Chez Nexity, il contribue à l’unification des marques sous une bannière unique. Chez Foncia et Geoxia, il se concentre sur l’amélioration de la croissance organique en développant des leviers commerciaux, digitaux et marketing adaptés aux enjeux de chaque marché.
Après plusieurs années de conseil en stratégie et management de transition dans l’écosystème immobilier (construction, gestion, promotion, transaction), il choisit de se recentrer sur la transaction immobilière, en opérant sur les marchés haut de gamme à Paris et dans l’Ouest parisien.
Convaincu que la confiance des clients repose d’abord sur l’expertise et la rigueur des professionnels, il défend une approche indépendante, centrée sur la valeur du service plutôt que sur l’enseigne.