Crédits immobiliers et à la consommation : un recul inédit du nombre de ménages endettés en 2025

Le recours au crédit par les ménages français continue de reculer. Selon l’Observatoire des Crédits aux Ménages, le taux de détention de crédits est tombé en 2025 à son niveau le plus bas depuis 1989. Publié chaque année, ce rapport offre un éclairage unique sur la situation des ménages endettés, leur perception de leur situation financière et leurs intentions de souscrire de nouveaux crédits dans les mois à venir. Un baromètre précieux, dirigé par Michel Mouillart, qui permet de mieux comprendre la conjoncture actuelle des marchés du crédit et ses implications pour le marché immobilier.
Crédits immobiliers et à la consommation : un recul inédit du nombre de ménages emprunteurs en 2025

Selon le dernier rapport de l’Observatoire des Crédits aux Ménages (Fédération Bancaire Française et Association des Sociétés Financières) présenté le 5 mars dernier, le taux de détention des crédits par les ménages recule pour la 7ème année consécutive pour s’établir à 40,4%, son plus bas niveau depuis la création de l’Observatoire en 1989 (et inférieur de 21 % par rapport à son niveau moyen constaté jusqu’en 2009).

Néanmoins, plus de 12,5 millions de ménages détenaient des crédits en 2025 : 6,91 millions détenaient des crédits immobiliers, 3,62 millions détenaient des crédits consommation, et 1,99 millions de ménages détenaient les deux types de crédits.

En 2025, poursuite du recul du taux de détention des crédits

Auparavant, la détention des crédits immobiliers avait résisté à la crise sanitaire : et en 2020, 31,4 % des ménages détenaient des crédits immobiliers, dont 24,2 % en cours d’accession à la propriété, le niveau le plus élevé observé depuis le début des années 2000.

Mais à partir de 2021 le taux de détention des crédits immobiliers a commencé à reculer, pour revenir en 2023 à son niveau du milieu des années 2000. Avec le resserrement de l’accès au crédit, la perte d’efficacité des soutiens publics à l’accession à la propriété et à l’investissement locatif privé, le déclenchement de la guerre en Ukraine et le renforcement des incertitudes économiques et géopolitiques, puis à partir de l’été 2022 avec la remontée des taux des crédits immobiliers, les intentions de souscription et la demande de crédits immobiliers ont nettement fléchi. L’usage des crédits destinés à l’accession à la propriété et à l’investissement locatif privé a reculé, ainsi que ceux dédiés au financement des travaux sur le logement (dont les travaux de rénovation énergétique).

Certes en 2024 le taux de détention des crédits immobiliers s’est stabilisé : cette stabilisation a d’ailleurs bénéficié à tous les types de biens financés. L’amélioration des conditions de crédit a permis à la demande de se ressaisir durant une grande partie de l’année : l’activité du marché de l’ancien s’est ressaisie, les tensions sur les prix de l’immobilier résidentiel sont réapparues, les ventes de maisons des constructeurs de maisons individuelles ont commencé à se redresser, ainsi que celles des promoteurs immobiliers … et la demande de crédits immobiliers s’est relevée, comme d’ailleurs la production de crédits. Mais durant l’automne l’environnement politico-économique des ménages s’est rapidement dégradé. Et tous les déséquilibres se sont renforcés, dans un paysage dominé par la montée de l’incertitude.

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Le taux de détention des crédits immobiliers a donc repris le chemin de la baisse, quel que soit le type de biens financés. Jusqu’en 2023 le repli du taux de détention des crédits immobiliers s’était inscrit dans un contexte de resserrement de l’accès au crédit et de dégradation de l’activité des marchés immobiliers. Mais en 2024 et en 2025, l’activité de la plupart des marchés s’est améliorée, sous le double effet d’une remontée de la demande et d’un élargissement de l’offre de crédits bancaires. Néanmoins la structure de la demande s’est transformée, avec notamment le recul significatif des flux de la primo accession à la propriété et donc le renforcement du rôle et de la place dans les marchés des opérations immobilières précédées d’une revente préalable : outre le fait que les effectifs des nouveaux emprunteurs sont largement inférieurs à ceux des ménages terminant le remboursement de leurs crédits immobiliers en cours, la fonte de la primo accession pèse sur le taux de détention.    

Aussi pendant que le taux de détention des crédits immobiliers reculait de 2,7 points entre 2020 et 2025, le nombre de ménages concernés a baissé de 416 000 unités. Mais durant ces années, la détention des crédits à la consommation a reculé rapidement, perdant 6,8 points : ce qui a largement alimenté la diminution du taux global de détention qui est passé de 46,5 % en 2020 à 40,4 % en 2025. Le nombre de ménages détenant des crédits a ainsi reculé de 1 267 000 unités depuis 2020, au total : contre 660 000 durant la crise des subprimes.      

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Le taux de détention des crédits à la consommation à très bas niveau

Entre 2008 et 2012, le taux de détention des crédits à la consommation avait reculé rapidement, passant de 33,8 % à 27,6 %. Les deux crises économiques qui se sont succédées ces années avaient conduit les ménages à réviser leurs projets de consommation. Puis sous l’effet de la loi Lagarde, les ménages ont fortement réduit leur utilisation des crédits renouvelables. Le taux de détention des crédits à la consommation a encore diminué entre 2012 et 2014, avec un taux passant de 27,6 % à 25,6 %, en deçà du point le plus bas constaté jusqu’alors (27,3 % en 1995) : dans un environnement économique peu propice à la réalisation des projets de consommation durable (électroménager, automobile et motocycle, travaux d’amélioration du logement), le renforcement des dispositions de la loi Lagarde par la loi Hamon ayant restreint encore un peu plus le recours aux crédits renouvelables.

Cependant, dès l’automne 2014 la demande de crédits à la consommation s’est stabilisée, avant de remonter en 2017. Ce rebond avait été porté par une augmentation de la demande des ménages auprès des banques et des organismes de crédit. En revanche, le recul de la détention des cartes de crédit a repris dès 2017 : 3,4 % des ménages détenant ces produits en 2020, contre 4,5 % en 2017 et 7,7 % en 2009. Et ce recul coïncide en 2020 avec un affaissement du taux de détention des crédits obtenus directement auprès du vendeur : mais aussi, et dans une moindre mesure, après de la famille et des amis, voire auprès d’autres organismes (caisses de retraire, mutuelles, …). Le taux global de détention des crédits à la consommation s’était ainsi établi à 24,9 % en 2020.

Depuis, la part des ménages détenant des crédits à la consommation n’a cessé de s’affaiblir, quel que soit leur réseau de distribution. Le taux de détention de ces crédits est ainsi descendu à 18,1 % en 2025, soit le niveau le plus bas constaté par l’Observatoire depuis 1989. Et pourtant le nombre de ménages contractant un nouveau crédit à la consommation s’est nettement redressé depuis 2021, après le recul de 2020 d’une ampleur sans précédent depuis la fin des années 80.

Evolution dans les usages du crédit à la consommation

Lorsque les ménages sont inquiets sur leur avenir ou si leur contrainte budgétaire se resserre (en réponse à la dégradation de leur pouvoir d’achat ou sous l’effet de la montée du chômage, par exemple), ils diffèrent leurs projets de consommation durable : l’achat d’une automobile, mais aussi le remplacement de l’électroménager ou l’acquisition d’un équipement de loisir (les bateaux et les caravanes, notamment). De telles circonstances invitent en effet les ménages à plus de prudence dans la gestion de leurs dépenses, surtout lorsque leur financement fait appel au crédit. Mais cela est aussi le cas lors de la mise en place ou lors du renforcement de dispositions législatives applicables au crédit à la consommation.

Ainsi dès 2009, et avant l’entrée en vigueur des principales dispositions de la loi Lagarde en juillet 2010, ils avaient réduit leur recours aux crédits renouvelables. Cette évolution s’est poursuivie depuis, d’autant que la loi Hamon de mars 2014 est venue renforcer les dispositions de la loi Lagarde applicables au crédit à la consommation : elle a encore restreint le recours à un crédit renouvelable et confirmé son recentrage sur la gestion du budget et le financement de petits achats à caractère répétitif (le financement « des dépenses de consommation courante », pour l’Observatoire).

De même avec le déclenchement de la crise sanitaire, le taux de détention des crédits à la consommation qui s’était ressaisi entre 2017 et 2019 a rechuté, pour s’établir à 24,9 % en 2020 sous l’effet du recul de la détention des cartes de crédit et des crédits obtenus directement auprès du vendeur. La baisse s’est poursuivie sous l’effet de la dégradation de l’environnement économique et financier des ménages et de la montée de leurs inquiétudes et de leurs difficultés budgétaires et financières dans le contexte d’une poussée inflationniste : la part des ménages détenant des crédits à la consommation s’est alors établie à 20,9 % en 2023.

Au-delà des évolutions associées aux transformations de la conjoncture et de la perception qu’ils peuvent en avoir, les ménages recourent toujours largement aux crédits à la consommation pour financer la réalisation de projets patrimoniaux et améliorer leur cadre de vie, donc pour réaliser des projets de consommation durable (pour acheter un bien d’équipement de la maison, une automobile, une moto) et améliorer leurs logements (rénovation, transformation et adaptation du logement, réalisation de travaux d’économie d’énergie). Au fil des années, ils ont en revanche allégé leur usage des crédits à la consommation pour financer des dépenses de consommation courante : ces utilisations qui concernaient 5,3 % des ménages en 2007 (10,2 % des ménages endettés) ne sont plus le fait que de 1,9 % des ménages en 2025 (4,7 % des ménages endettés). Les évolutions récentes confirment donc l’inflexion des comportements amorcée avec le déclenchement de la crise de 2008, renforcée par la mise en œuvre des lois Lagarde et Hamon et amplifiée avec l’apparition de la crise de la Covid-19.

En revanche, en 2025 16,7 % des ménages (41,3 % des seuls ménages avec crédit(s)) détenaient des crédits pour acheter un (des) bien(s) d’équipement de la maison, une automobile, une moto ou payer des travaux d’amélioration du logement. Cependant, le poids relatif de cette catégorie de ménages qui était resté pratiquement stable jusqu’en 2011 (ils étaient 29,3% en 2009 et 28,7 % en 2011) a sensiblement reculé depuis. Ainsi la part des ménages qui souscrivent des crédits à la consommation pour acquérir une automobile ou un motocycle qui s’était relevée en 2017 pour se maintenir autour de 15 % en moyenne, a rapidement reculé à partir de 2022 : pour s’établir à 9,8 % en 2025 (24,3 % des seuls ménages avec crédit(s)), contre 14,9 % en 2021 (33,0 % des seuls ménages avec crédit(s)).

Par contre, si l’usage des crédits à la consommation pour financer des travaux d’amélioration du logement ne s’est pas ressaisi au cours des dernières années, il se maintient à bas niveau depuis 2021 : il s’établit néanmoins à bas niveau, 2,8 % en 2025 (6,9 % des ménages avec crédit(s)).

Détérioration de la situation financière et budgétaire ressentie

Lors de chocs économiques ou financiers (comme durant les années 2008-2009 et 2012-2013, ou plus récemment en 2020), mais aussi lors de la détérioration de l’environnement économique national et international (comme en 2022), l’appréciation que les ménages détenant des crédits portent sur leur situation financière se dégrade plus ou moins rapidement. Mais généralement, durant ces périodes la situation de ces ménages ne se dégrade pas plus que celle des autres ménages, le recours au crédit étant rarement synonyme de situation budgétaire ou financière plus délicate : tous les ménages, qu’ils soient endettés ou non, subissent de manière comparable les conséquences de la montée du chômage et de la stagnation du pouvoir d’achat, par exemple.

Ainsi, dès le début de l’année 2019 les ménages ont corrigé la perception qu’ils avaient eu jusqu’alors de leur environnement économique et professionnel. Les appréciations qu’ils portaient sur leurs situations financière et budgétaire se sont alors nettement améliorées, qu’ils soient ou non détenteurs de crédits. De même, la proportion de ceux qui considèrent que leur budget ne leur permet que d’y arriver difficilement ou que les dettes sont nécessaires avait reculé. Ce regain de confiance des ménages détenant des crédits s’est confirmé en 2020. Alors que leur environnement a été malmené par la crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales, les appréciations portées sur les situations financières et budgétaires se sont de nouveau améliorées.

Le ralentissement rapide de l’inflation, puis la baisse des taux des crédits ont modifié le paysage budgétaire et financier des ménages en 2024 et leur moral s’est redressé. Mais les conditions économiques générales (croissance économique et situation du marché de l’emploi, notamment) ne se sont pas véritablement améliorées et à partir de l’été, la montée de l’incertitude (dans un environnement politico-économique détérioré) est venue altérer l’optimisme relatif qui avait prévalu en début d’année : le sentiment de la plupart des ménages détenant des crédits a alors été celui d’une stabilisation de leur situation financière et budgétaire, 47,8 % des ménages estiment ainsi que leur situation financière s’était stabilisée contre 40,8 % en 2023. Pourtant 57,9 % considèrent encore être à l’aise avec leur budget ou que ça va (contre 56,6 % en 2023 et 54,2 % en longue période).  En outre, après deux années de dégradation, la proportion de ceux qui se déclarent à l’aise avec leur budget s’est sensiblement redressée pour s’établir à un niveau élevé, à 19,7 % (contre 18,2 % en 2022 et 2023) : largement au-dessus de la moyenne de longue période (16,1 % depuis 2001) et bien au-delà des niveaux observés durant la 1ère moitié des années 2010, par exemple.

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La détérioration de la situation économique et financière a marqué l’ensemble de l’année 2025, alors que le climat d’incertitude s’est renforcé avec la persistance de la fragmentation de la vie politique intérieure et parlementaire. Dans ces conditions, le moral des ménages s’est détérioré, pesant durant une grande partie de l’année sur leurs intentions de réaliser des achats immobiliers ou des travaux dans leurs logements et provoquant un affaissement de leur demande de crédits. Le sentiment d’un plus grand nombre de ménages détenant des crédits a alors été celui d’une dégradation de leur situation financière et budgétaire : 41,8 % des ménages ont ainsi estimé que cette situation financière s’était dégradée, un peu ou nettement, contre 39,5 % en 2024 (en 40,0 % en longue période) ; mais encore assez loin de la situation qui prévalait en 2022 et 2023 (46,6 % en moyenne). D’ailleurs, la part de ceux qui s’estiment à l’aise ou qui considèrent que ça va n’a que modérément reculé : pour s’établir à 56,8 % contre 57,9 % en 2024, mais bien au-dessus de la valeur moyenne de longue période (54,2 %).

Et au final, l’année 2025 présente cette particularité d’une détérioration du sentiment exprimé par les ménages détenant des crédits, mais sans le bouleversement constaté par le passé lors des situations de crise économique ou financière.

Des charges de remboursement un peu moins supportables

L’appréciation que les ménages portent sur le poids de leurs charges de remboursement ne se dégrade que rarement en raison d’un recours excessif au crédit ou en raison des conditions de crédit qui leur sont faites, mais en réponse à la détérioration de l’environnement général. Et a contrario, lorsqu’ils ressentent une amélioration de leur situation budgétaire et financière, à chaque fois qu’ils expriment un regain d’optimisme, lorsque les conditions de crédit se sont suffisamment améliorées, les ménages considèrent que le poids des charges de remboursement de leurs crédits s’allège.

Ainsi en 2019, l’amélioration des situations financière et budgétaire ressenties et des conditions de crédit devenues plus avantageuses se sont accompagnées d’un repli significatif de la part des ménages détenant des crédits estimant le poids des charges de remboursement élevées ou beaucoup trop élevées. Cette situation n’a pas été remise en cause par le déclenchement de la crise sanitaire de 2020. En dépit d’un recours accru aux crédits immobiliers et/ou à la consommation, l’amélioration rapide des conditions de crédit avait permis d’alléger le poids des charges de remboursement ressenti : jusqu’alors, l’élargissement de la production de crédits et un accès à des crédits très bon marché avaient permis de renforcer la demande des ménages sur les marchés immobiliers et des biens de consommation durable, tout en apportant un soutien essentiel à la croissance économique française.     

En revanche en 2021, alors que les conditions de crédit bénéficiaient d’une nouvelle amélioration et que les grands indicateurs de fragilité des ménages endettés (niveau du surendettement et défauts de remboursement, par exemple) résistaient bien dans un contexte de montée des incertitudes et d’altération du moral des ménages, le sentiment d’une dégradation du pouvoir d’achat exprimé dans les appréciations portées sur les situations budgétaire et financière a pesé sur la perception du poids des charges de remboursement. Et après une année 2022 d’hésitations, la proportion de ceux pour qui les charges sont supportables ou très supportables s’est contractée : pour s’établir en 2023 à 49,9 % (56,5 % en 2020) et redescendre sous sa moyenne de longue période (51,4 %). La dégradation de la situation financière et budgétaire des ménages dans un environnement économique incertain marqué par une nette progression du rythme de l’inflation et la remontée rapide des taux des crédits ont largement contribué à cette dégradation. Pourtant en 2023, 86,0 % des ménages estimaient que les charges de remboursement de leurs crédits étaient supportables.

Bénéficiant d’une amélioration de leur environnement, les ménages détenant des crédits ont considéré en 2024 que le poids de leurs charges de remboursement s’allégeait : ils étaient 50,7 % à estimer que les charges sont supportables ou très supportables, contre 49,9 % en 2023 (51,4 % en longue période). Le ralentissement de l’inflation, le sentiment d’une amélioration de leur situation financière et un moral qui se redresse ont certes contribué à cette évolution : mais dans le même temps, comme la proportion des ménages considérant qu’ils ne peuvent y arriver que difficilement ou avec des dettes s’est maintenue à un niveau élevé, la part de ceux qui estiment que les charges sont élevées ou beaucoup trop élevées s’est encore accrue pour la 4ème année consécutive, pour s’établir à 14,6% (au-dessus de sa moyenne de longue période, 14,4 %).

Dans un contexte général dominé par la montée de l’incertitude, les appréciations que les ménages portent sur le poids de leurs charges de remboursement ont poursuivi leur lente dégradation en 2025. La part des ménages ayant des charges considérées comme élevées ou beaucoup trop élevées s’est établie à 14,9 % : en progression depuis 2020 (11,3 %), cette évolution révèle les conséquences que la dégradation de l’environnement des ménages peut avoir sur leurs appréciations. Pourtant, aucun des grands indicateurs de fragilité des ménages endettés n’a présenté des signes d’une telle détérioration, après une demi-douzaine de crises et de bouleversements politico-économiques. Néanmoins, en 2025, 85,1 % des ménages estimaient toujours que les charges de remboursement de leurs crédits étaient supportables, un peu en dessous de sa moyenne de longue période (85,6 %).

Repli des intentions de souscrire de nouveaux crédits

Les intentions de souscription de nouveaux crédits, qu’ils soient immobiliers ou à la consommation, dépendent largement de la perception que les ménages ont de leur environnement. Lorsque les ménages deviennent plus optimistes sur leur avenir et qu’ils estiment que leur contrainte budgétaire se desserre, ils renforcent leurs projets d’achat immobilier (l’accession à la propriété, la réalisation de travaux ou l’investissement locatif, par exemple) et de consommation durable (l’achat d’une automobile, mais aussi le remplacement de l’électroménager ou l’acquisition d’un équipement de loisir, par exemple). Et pendant ce temps, l’amélioration de leur confiance dans l’avenir se traduit presque toujours par le renforcement du sentiment que le poids des charges de remboursement de leurs crédits s’allège, bien au-delà de ce que de meilleures conditions de crédit auraient pu permettre.

Pour la majorité des ménages, le recours au crédit constitue, en effet, un facilitateur indispensable leur permettant de concrétiser un projet, souvent nourri de longue date s’il s’agit d’immobilier. Lorsque le crédit leur paraît abondant, d’un accès simple et à des conditions leur paraissant financièrement supportables, ils envisagent donc d’y souscrire.

Aussi les ménages n’ont pas été très ambitieux dans leurs intentions de souscrire de nouveaux crédits au 1er semestre 2024. D’ailleurs, les intentions de souscrire des crédits immobiliers ont été les plus faibles de ces 25 dernières années : à 2,8 %, elles se sont établies très en deçà de leur moyenne de longue période (4,6 % depuis le début des années 2000). Alors que les intentions concernant les crédits à la consommation se dégradaient encore : à 3,5 %, contre 4,1 % sur longue période.

Le rebond des intentions de souscrire de nouveaux crédits dans les 6 premiers mois de 2025 a pesé sur les tendances dépressives de la demande dont les indicateurs de l’OCM s’étaient faits l’écho depuis plusieurs années. Pourtant l’environnement décisionnel des ménages n’a pas été particulièrement porteur : entre une nouvelle détérioration du paysage politico-économique, le renforcement des inquiétudes sur l’évolution des taux des crédits immobiliers, la poursuite de la hausse des prix des logements, … tout semblait concourir à la persistance de l’atonie des marchés. Mais la demande partiellement ressaisie, comme le maintien à haut niveau des projets d’achat de logement décrit par l’enquête de l’INSEE auprès des ménages en a témoigné.

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Concernant les intentions de souscription de crédits à la consommation, le rebond est léger : à 3,7 %, la proportion des ménages envisageant le recours à ces crédits au 1er semestre 2025 n’a pas empêché le maintien à bas niveau du ratio entre l’encours des crédits à la consommation et le revenu disponible des ménages (11,7 % en 2025 contre 12,5 % en moyenne durant les années 2017 et 2022). Le rebond des intentions concernant les crédits immobiliers a aussi été notable, après une année 2024 qui avait pris les habits d’une reprise, lente et encore hésitante : conjuguant remontée de la demande et élargissement de l’offre de crédits bancaires, la reprise du marché des crédits immobiliers est cependant restée modérée ; avec un ratio entre l’encours des crédits immobiliers et le revenu disponible des ménages qui a encore reculé en 2025, pour s’établir à 68,1 % contre 75,1 % en moyenne durant les années 2018 à 2022. Et d’ailleurs, en s’affichant à 2,8 % pour 2025, les intentions de souscrire des crédits immobiliers restent très inférieures à leur moyenne de longue période (4,4 %).

Le rebond des intentions de souscrire de nouveaux crédits pour les 6 premiers mois de 2025 aura donc été sans suite. Les intentions des ménages concernant le 1er semestre 2026 ont en effet rechuté pour s’établir à leur plus bas niveau depuis la création de l’Observatoire : à 2,8 % pour les crédits immobiliers, très en deçà de leur moyenne de longue période (4,6 % depuis le début des années 2000), le nombre de ménages ayant l’intention de souscrire un tel crédit au 1er semestre 2026 est donc en recul de 90 000 sur un an ; comme d’ailleurs pour les crédits à la consommation, à 3,0 % contre 4,1 % sur longue période, soit un recul de 210 000 ménages sur un an.

L’incertitude concernant l’environnement politico-économique national des ménages ne s’est guère améliorée en effet (sans oublier le récent déclenchement de la guerre au Moyen-Orient), et peu d’éclaircies sont à attendre du côté des taux d’intérêt ou du desserrement des contraintes d’accès au crédit par exemple. Même si cet attentisme des ménages n’est pas encore (en tant que tel) annonciateur d’une récession des marchés immobiliers ou des crédits, il révèle néanmoins un renforcement des comportements prudents qu’illustrent par exemple le maintien de taux d’épargne élevés : avec en conséquence de cela, un affaiblissement des décisions d’achat de biens durables, la faible appétence des ménages pour la primo accession à la propriété et le manque de dynamisme des flux de l’investissement locatif privé.

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Fiche technique de l’enquête

La photographie des ménages détenant des crédits que propose la 38ème vague de l’enquête effectuée par KANTAR pour l’Observatoire des Crédits aux Ménages (OCM) a été prise en novembre 20254. L’enquête a été réalisée par voie postale auprès d’un échantillon représentatif de 13 000 ménages : 9 498 ont répondu dans les délais (un ménage métropolitain sur 2 868 a été enquêté). Le taux de réponse (73,1 %) s’est accru par rapport aux deux vagues précédentes (66,8 % en 2023 et 72,7 % en 2024) : il retrouve ainsi les niveaux constatés de 2008 à 2020. De plus il est élevé pour une enquête réalisée par voie postale. D’autant qu’il a été réalisé dans un contexte politico-économique chahuté, après les différentes crises sanitaires, économiques et internationales qui se sont succédées depuis 2020.

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Michel Mouillart: Michel Mouillart est Professeur émérite à l’Université et FRICS (Fellow de la Royal Institution of Chartered Surveyors). Il est Docteur d’Etat en Economie et Docteur sur travaux en Economie et Financement du Logement. L’essentiel de son action dans le secteur du logement a consisté en la réalisation d’études et de recherches sur le secteur de l’immobilier résidentiel. Il a ainsi mis en place ou contribué au développement de nombreux observatoires qui ont trouvé leur place dans le système d’informations sur le logement privé en France. Il assure la direction scientifique de ces observatoires : les crédits aux ménages (Fédération Bancaire Française) depuis 1989, les loyers du secteur locatif privé (CLAMEUR) de 1998 à 2019, la production de crédits immobiliers aux particuliers (Observatoire de la Production de Crédits Immobiliers) depuis 1999, l’accession à la propriété (Institut CSA) depuis 1999, l’Observatoire Crédit Logement/CSA depuis 2007 et l’Observatoire LPI sur les prix des logements neufs et anciens depuis 2011. En tant que personnalité qualifiée, il a été nommé et il siège au Conseil National de l’Habitat depuis 1990. Il a ainsi été Président de nombreux groupes de travail du Conseil National de l’Habitat, dont récemment le groupe « Redynamiser l’accession à la propriété » (2023). Il avait aussi été rapporteur des « Rencontres ConstructionAménagement du Territoire » de l’Assemblée Nationale de 1989 à 2001. Par ailleurs, et toujours en tant que personnalité qualifiée, il a été membre du Conseil National de l’Information statistique (1991-2000), de la Commission des Comptes du Logement 1992-2014) et de l’Observatoire National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale (2006-2013). De même, il a été Administrateur de l’Office HLM de la ville de Nanterre (1983-2014) et de la Fédération Nationale Habitat et Développement (2008- 2015). Depuis 2010, il est membre du Conseil de Développement du Pays de Brest, toujours en tant que personnalité qualifiée. Et depuis 2015, il est administrateur de SOLIHA-Finistère. Auteur régulier de nombreux articles dans des revues scientifiques ou professionnelles, il a publié ou participé à la publication de nombreux ouvrages sur l’économie et le financement du logement. Il est par ailleurs Chevalier de la Légion d’Honneur et Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.