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Prospecter, créer la relation, savoir relancer : trois fondamentaux qui n’ont jamais été aussi actuels. Alors que les nouvelles règles du démarchage téléphonique rebattent les cartes, Audrey Antonini invite les professionnels de l’immobilier à ne pas chercher un nouveau raccourci, mais à construire un véritable vivier d’opportunités. Objectif : ne plus courir seulement après les mandats d’aujourd’hui, mais préparer ceux de demain.
La nouvelle réglementation sur le démarchage téléphonique rebat les cartes de la prospection immobilière. Pour certains professionnels, elle pourrait surtout révéler une fragilité longtemps masquée, celle d’une activité dont une part importante de l’acquisition reposait sur un seul canal. La pige avait en effet une particularité redoutablement efficace puisqu’elle permettait d’aller directement vers un propriétaire qui avait déjà publiquement matérialisé son intention de vendre.
Pour les agents qui avaient construit autour de la pige une part importante de leur rentrée de mandats, sans avoir parallèlement développé d’autres sources d’opportunités suffisamment structurées, le nouveau contexte peut donc être brutal. Ce n’est pas seulement une technique de prospection qu’il faut adapter. C’est parfois tout un système d’acquisition qu’il faut repenser.
Certains professionnels n’ont jamais réellement maîtrisé la pige. D’autres en avaient fait un levier parmi plusieurs. D’autres encore en étaient devenus fortement dépendants. Ce sont ces derniers qui risquent aujourd’hui de ressentir le plus fortement le changement.
Mais plutôt que de chercher immédiatement ce qui pourrait remplacer ce canal, cette évolution pose une question beaucoup plus pertinente pour la profession : comment construire une activité immobilière qui ne dépende pas essentiellement de l’accès à des vendeurs dont le projet est déjà déclaré ? La réponse oblige à revenir à des fondamentaux que la profession a parfois délaissés.
Prospecter, n’est pas seulement chercher quelqu’un qui veut vendre aujourd’hui, ce serait une vision court-termiste
La prospection terrain a longtemps été l’un des socles du métier. Elle a pourtant vieilli dans les représentations, jugée chronophage, inconfortable, poussiéreuse, presque anachronique à l’heure des réseaux sociaux, des campagnes digitales, des portails, de l’automatisation et de l’intelligence artificielle.
Le terrain et le digital n’ont pourtant aucune raison d’être opposés. Le terrain crée la rencontre ; le digital peut prolonger la présence. L’un permet d’entrer dans une relation qui n’existait pas encore, l’autre de rester visible, de nourrir une expertise et de continuer à exister dans l’esprit de ceux que le professionnel a rencontrés.
Encore faut-il ne pas confondre visibilité et prospection. Être présent sur les réseaux sociaux ne signifie pas mécaniquement créer des opportunités commerciales, surtout lorsqu’un professionnel y devient le clone de centaines d’autres, avec les mêmes publications, les mêmes promesses et les mêmes prises de parole. Le digital peut amplifier une présence. Il ne remplace pas la capacité à créer une relation. Aucun outil ne change donc cette réalité : une activité solide ne peut pas reposer uniquement sur les personnes qui déclarent spontanément avoir besoin d’un agent immobilier.
Reste alors une autre source d’opportunités particulièrement recherchée parce qu’elle dispense, en apparence, d’aller les provoquer soi-même : la recommandation.
Elle est précieuse, encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle réellement une recommandation. Les campagnes des professionnels de l’immobilier destinées à recruter des apporteurs d’affaires, sur le modèle « Vous connaissez quelqu’un qui vend ? Cela peut vous rapporter 500 euros », entretiennent parfois une confusion. Transmettre les coordonnées d’un vendeur potentiel contre rémunération, c’est apporter une affaire. Recommander un professionnel, c’est engager son propre jugement sur la qualité de son travail.
Une véritable recommandation naît d’une expérience suffisamment forte pour qu’une personne accepte d’engager une part de sa crédibilité en prononçant le nom d’un professionnel. Ce n’est plus seulement un contact transmis mais bel et bien une confiance transférée. Elle est puissante certes, mais pas programmable.
Espérer être recommandé, ce n’est pas piloter une activité. Et espérer n’est pas un métier…
Piloter suppose de créer soi-même une partie de ses opportunités futures plutôt que d’attendre qu’elles arrivent selon un calendrier que personne ne maîtrise. C’est ce que permet la prospection lorsqu’elle cesse d’être pensée comme une chasse permanente au mandat immédiat et devient la construction méthodique d’un vivier.
Dès lors, la valeur d’une prospection ne peut plus se mesurer seulement au nombre de vendeurs immédiatement prêts à agir qu’elle permet de rencontrer.
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Le vendeur chaud produit du présent, les autres préparent l’avenir La pige avait justement la force de concentrer naturellement l’attention sur un propriétaire dont le projet était déjà déclaré. Le professionnel intervenait à un moment où la réflexion avait suffisamment mûri pour devenir visible. À force de chercher le vendeur qui veut vendre maintenant, une partie de la profession a pourtant fini par sous-estimer tous ceux qui vendront plus tard.
Or une activité immobilière ne se construit pas uniquement avec des projets arrivés à maturité. Elle se sécurise aussi avec les propriétaires rencontrés plus tôt, ceux dont le projet est encore tiède, lointain, imprécis, parfois inexistant au moment du premier échange. Une mutation se prépare, une famille s’agrandit, un logement devient inadapté, une succession survient, une séparation bouleverse une trajectoire, un projet patrimonial commence à germer. L’immobilier accompagne des vies qui bougent, rarement des calendriers parfaitement prévisibles.
Prospecter consiste donc aussi à être présent avant que le projet devienne une annonce. C’est ce vivier qui protège l’activité de ses fameuses dents de scie : beaucoup de dossiers aujourd’hui, presque rien demain, puis une nouvelle course à la prospection lorsque le portefeuille commence à se vider
Le vendeur chaud produit du présent. Les vendeurs tièdes et froids préparent l’avenir.
Prospecter ne consiste donc pas seulement à trouver des mandats. Prospecter consiste aussi à construire le chiffre d’affaires qui n’existe pas encore.
Mais cette promesse n’a de valeur qu’à une condition : ne pas perdre demain les relations que la prospection a permis de créer aujourd’hui. C’est exactement là que le fichier clients prend toute sa dimension.
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Une prospection qui ne laisse aucune trace est une prospection à recommencer. Un professionnel consacre plusieurs heures à son secteur, échange avec différentes personnes et ne décroche aucun rendez-vous. Il peut rentrer avec le sentiment que sa prospection n’a rien produit. Mais s’il a rencontré un propriétaire qui envisage de vendre l’année suivante, une famille qui s’interroge sur son logement devenu trop petit, quelqu’un qui attend une mutation ou une personne avec laquelle un premier lien a été créé, sa prospection a produit quelque chose. Pas nécessairement du chiffre d’affaires aujourd’hui. De la matière commerciale pour demain.
Encore faut-il ne pas la perdre.
Prospecter sans conserver, qualifier puis entretenir les relations créées revient à recommencer son activité à zéro chaque semaine. La prospection coûte du temps, de l’énergie, parfois de l’argent et toujours une part d’engagement humain. Ne pas capitaliser ensuite sur ce qu’elle a permis de construire revient à investir sans jamais conserver le capital créé.
Le fichier clients devrait être l’endroit où cette valeur s’accumule. À condition de ne pas le réduire à un carnet d’adresses. Car conserver une relation ne consiste pas seulement à conserver les coordonnées d’une personne.
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Le CRM n’est pas un outil administratif, c’est un bras droit commercial. Beaucoup de professionnels considèrent encore leur CRM comme une contrainte supplémentaire, un logiciel à renseigner après les rendez-vous, les visites, la prospection et les urgences de la journée. C’est une erreur de lecture. Un CRM correctement renseigné est le bras droit commercial du professionnel.
Nom, prénom, téléphone et adresse mail permettent de retrouver une personne. Ils ne permettent pas de retrouver la relation. Pourquoi ce contact est-il entré dans le fichier ? Dans quel contexte a-t-il été rencontré ? Où en était sa réflexion ? Quelle échéance avait-il évoquée ? Qu’est-ce qui semblait accélérer son projet ou, au contraire, le retenir ? Quel a été le dernier échange ? Que s’est-il passé depuis ? Quelle devrait être la prochaine action ?
Le CRM n’est pas seulement la mémoire informatique de l’activité. Il devrait en être la mémoire commerciale. La différence entre les deux devient flagrante lorsqu’on regarde non plus ce qu’un fichier contient, mais ce qui a pu arriver aux personnes qu’il contient pendant que personne ne s’en occupait.
Si chaque professionnel auditait réellement, ne serait-ce qu’une fois, les 100, 300 ou 500 relations accumulées au fil des années dans son CRM, il serait sans doute surpris de découvrir la quantité de chiffre d’affaires qui y sommeille.
Il retrouverait un propriétaire qui ne se souvient même plus de lui. Le contact a été conservé, mais la relation a disparu. Un autre lui apprendrait qu’il a vendu quatre mois plus tôt. L’opportunité était donc quelque part dans son fichier pendant qu’elle devenait le chiffre d’affaires d’un autre professionnel. Il retrouverait cet acquéreur toujours en recherche que personne n’a accompagné depuis des mois, cet ancien acheteur devenu propriétaire, ce prospect dont la situation a changé, cet ancien client susceptible de le recommander ou cette personne qui lui répondrait simplement : « Vous tombez bien. »
Toutes ces situations ont un point commun : elles existaient déjà dans le fichier.
Ce ne sont donc pas seulement des données qui dorment dans les CRM. C’est du chiffre d’affaires en sommeil. Et parfois du chiffre d’affaires qui part ailleurs pendant que le professionnel cherche de nouveaux prospects.
Faire cet exercice une fois serait déjà révélateur. Le véritable enjeu consiste à ne jamais avoir besoin de le faire comme une opération de sauvetage, parce que le fichier est travaillé, qualifié et entretenu en continu, dans le respect des règles applicables aux données et aux différents canaux de contact. Mais pour qu’un fichier reste vivant, encore faut-il ne pas figer les personnes dans la situation qui était la leur au moment où elles y sont entrées.
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Faire parler son fichier, c’est comprendre ce que les personnes sont devenues. Une base immobilière ne devrait jamais se limiter aux vendeurs ayant un projet déclaré.
Elle contient les rencontres issues de la prospection terrain ou digitale, les estimations qui n’ont pas abouti, les propriétaires qui réfléchissaient sans être prêts, les anciens clients vendeurs, les anciens acquéreurs, les acheteurs accompagnés pendant plusieurs semaines qui ont finalement acheté ailleurs, les contacts sans projet immédiat, les prescripteurs et toutes ces personnes croisées au fil des années dont la situation immobilière peut évoluer.
Le piège consiste à continuer de regarder chacune d’elles à travers le statut qui lui a été attribué le jour de son entrée dans le fichier.
La donnée se fige. La vie, elle, continue. L’acquéreur qui cherchait hier peut être propriétaire aujourd’hui et vendeur demain. Celui qui a acheté avec un autre professionnel peut malgré tout avoir vécu une excellente expérience d’accompagnement et devenir prescripteur. Le propriétaire qui n’avait aucun projet lors d’une rencontre de prospection peut connaître six mois plus tard un événement qui change sa situation.
Une personne n’est pas un projet. Son intérêt relationnel et commercial ne disparaît pas parce que le projet pour lequel elle était entrée dans le fichier est terminé, reporté ou transformé.
Faire parler son fichier, c’est donc regarder ce que les relations déjà créées peuvent être devenues. Reste alors la question essentielle : comment rester présent pendant que ces situations évoluent, parfois pendant plusieurs mois ou plusieurs années, sans transformer la relation en succession de sollicitations commerciales ?
C’est là que la relance prend un tout autre sens.
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Relancer n’est pas programmer une date de rappel. Un propriétaire explique en juin qu’il envisage de vendre l’année suivante et demande au professionnel de le recontacter en mars. L’agent consciencieux inscrit la date dans son CRM et rappelle en mars. Le propriétaire a vendu quatre mois auparavant. L’agent pourrait considérer qu’il a pourtant fait ce qui lui avait été demandé. Le problème est justement là. En effet, il a confondu une date de rappel avec une stratégie de présence.
Une temporalité annoncée plusieurs mois auparavant n’est jamais une date gravée dans le marbre. Entre-temps, une situation familiale peut changer, une mutation s’accélérer, un projet d’achat apparaître, une contrainte financière surgir ou un autre professionnel entrer dans la relation.
Une date de relance n’est pas la date à laquelle une relation doit ressusciter. C’est un repère à l’intérieur d’une relation qui n’aurait jamais dû mourir. Cela ne signifie pas solliciter sans cesse un prospect. La présence n’est pas la pression.
Une véritable stratégie de relance consiste à savoir pourquoi il est pertinent de reprendre une relation et ce que ce nouveau contact peut apporter : une évolution du marché local, une vente significative dans le secteur, une information utile au regard d’un échange précédent, un changement susceptible d’avoir une incidence sur le projet, un bien réellement pertinent pour un acquéreur encore actif ou une attention cohérente avec l’histoire de la relation.
La bonne question n’est donc pas seulement quand relancer ? Mais pourquoi cette personne aurait-elle intérêt à entendre parler de ce professionnel aujourd’hui ? Cette exigence oblige à segmenter son fichier, à distinguer les projets selon leur maturité, à adapter le rythme, le canal et la raison de reprendre contact. La relance cesse alors d’être une répétition commerciale. Elle devient une stratégie de présence.
Et lorsque prospection, qualification, CRM et relance commencent enfin à être regardés ensemble, le véritable sujet apparaît : celui du système qui relie toutes ces actions.
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Une activité en dents de scie est souvent un problème de système. Il y a quelque chose de paradoxal à consacrer une énergie considérable à rencontrer de nouvelles personnes tout en laissant disparaître de son radar celles pour lesquelles cette énergie a déjà été dépensée. C’est pourtant ce qui se produit lorsqu’un professionnel prospecte beaucoup mais capitalise peu : il remplit sans cesse le haut de son activité pendant que des opportunités s’échappent par le bas.
Voilà l’une des fuites de business les plus silencieuses du métier, chercher continuellement de nouvelles opportunités pendant que celles déjà créées mûrissent sans le professionnel.
Une activité en dents de scie est presque toujours, un problème de système. Par système, il ne faut pas entendre une mécanique froide ou une succession de tâches automatisées. Il s’agit d’un enchaînement organisé qui évite qu’une opportunité dépende de la mémoire du professionnel, de son envie du jour ou de l’urgence du moment : prospecter, qualifier, conserver, entretenir, relancer, réactualiser.
Lorsque la prospection, le CRM et la relance fonctionnent comme trois tâches indépendantes, le professionnel recommence sans cesse ce qu’il avait déjà commencé. Lorsqu’ils appartiennent au même système, chaque rencontre peut alimenter l’activité présente ou préparer l’activité future.
La prospection remplit le vivier. Le CRM en conserve l’intelligence. La relance entretient la relation.
C’est l’articulation des trois qui transforme une succession d’opportunités en activité durable. Et c’est peut-être finalement ce que la disparition ou la transformation d’un canal oblige à regarder..non pas seulement ce qu’il faut mettre à sa place, mais la solidité de tout ce qui existe autour.
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Au moment où les outils deviennent toujours plus sophistiqués, certaines des réponses les plus solides restent des fondamentaux que la profession a parfois délaissés parce qu’ils lui semblaient anciens : aller vers les gens, créer des relations avant d’avoir besoin d’elles, connaître son secteur, écouter, qualifier, garder une trace, revenir au bon moment, entretenir les liens et apporter quelque chose avant de demander quelque chose.
Rien de cela n’est spectaculaire. Mais une activité immobilière durable ne se construit pas uniquement avec ce qui l’est. Elle se construit avec un système capable de produire aujourd’hui, de préparer demain et de ne pas perdre ce qui a été construit hier.
Le nouveau contexte de la prospection téléphonique peut être vécu comme une contrainte. Il peut aussi obliger la profession à regarder avec davantage d’exigence la manière dont elle construit son activité. Lorsqu’un canal se referme ou se transforme, la réponse n’est pas forcément de chercher immédiatement le prochain raccourci. Les fondamentaux ne sont pas devenus poussiéreux. Ils sont simplement devenus moins séduisants que les raccourcis. Pourtant, lorsque les raccourcis disparaissent, ce sont toujours les fondamentaux qui restent.

Prospecter pour créer ses propres opportunités, qualifier pour ne pas les perdre, relancer pour accompagner leur maturation : une activité immobilière ne se construit pas seulement avec ceux qui veulent vendre aujourd’hui. Elle se construit aussi avec tous ceux que le professionnel aura su ne pas oublier avant qu’ils veuillent vendre demain.
Audrey Antonini, formatrice et consultante en immobilier, accompagne les professionnels dans la transformation de leurs pratiques commerciales et la construction d’une performance durable.
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