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« Les bailleurs privés ne sont pas de vilains petits canards ! », Christine Fumagalli présidente d’ORPI

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En 2018, Christine Fumagalli prenait ses fonctions de présidente du réseau ORPI pour un mandat de quatre ans. L’une de ses premières décisions fut de refondre la marque et de moderniser l’identité visuelle de la coopérative. Malgré la pandémie, qui a bousculé son agenda, elle dresse un bilan positif de ces dernières années. À quelques jours de l’arrivée de son successeur – Guillaume Martinaud – Christine Fumagalli appelle les candidats à l’élection présidentielle de 2022 à se saisir avec plus de courage des questions sur le logement. Interview.

photo : Christine Fumagalli

Votre mandat de présidente d’ORPI s’achèvera le 31 décembre 2021. Quel bilan tirez-vous de ces 4 dernières années ?

 Je dresse un bilan très positif. Je suis fière d’avoir mené un travail sur notre plateforme de marque, qui a fait émerger un nouveau concept d’agence ORPI, plus transparente et davantage ouverte sur l’extérieur, ainsi qu’une nouvelle signature : « Des femmes et des hommes pour votre bien ». Je suis également heureuse d’avoir pu lancer une plateforme de formation digitale « 360 Learning », en même temps que le premier confinement. Elle a donné à nos agents immobiliers une raison de se lever le matin, dans un contexte de fermeture d’agences qui fût difficile pour eux. Un an après sa création, plus de 65 000 heures de formation ont été dispensées auprès de 8220 utilisateurs.

Certains de vos projets sont-ils restés dans les cartons ?

Oui, il y en a deux ! Le premier, c’est que je souhaitais créer une fondation ORPI afin de porter des messages sociétaux forts. Cela collait parfaitement avec le fonctionnement en coopérative de notre réseau. L’objectif était d’aller encore plus loin que nos engagements en faveur de la fondation Abbé Pierre, d’Octobre Rose… Le second, c’est que je souhaitais créer un comité d’éthique car nous ne sommes pas à l’abri d’avoir des sujets forts à porter, comme celui du harcèlement. Malheureusement, avec la crise sanitaire qui a bousculé nos agendas, je n’ai pas eu suffisamment de temps pour finaliser ces deux projets. Pour autant, je vais tâcher de les soumettre à mon successeur.

Comment voyez-vous le marché immobilier évoluer en 2022 ?

La crise a démultiplié « les envies d’ailleurs » des Français. En 2021, nous avons donc assisté à une raréfaction des biens à vendre, ce qui a abouti à une augmentation des prix. En 2022, le marché devrait revenir à la raison, d’autant que c’est une année électorale, ce qui génère de l’attentisme non pas chez les Français ayant un projet immobilier mature, mais chez ceux qui se posent encore des questions. Notre préoccupation sera de ramener des logements sur le marché. En 1996, lorsque j’ai commencé mon métier, je n’avais qu’une seule agence et 100 biens à la vente. Aujourd’hui, j’en ai trois et je ne dénombre que 30 biens. C’est cette raréfaction de biens qui amène de la spéculation sur le marché.

La pandémie a-t-elle accéléré la digitalisation de vos pratiques ?

Oui, en 2020, nous avons par exemple déployé la plateforme Digitaleo, qui nous a permis de gérer notre relation client à distance et de soulager nos collaborateurs de tâches chronophages. Nos agents immobiliers se sont également appropriés la signature électronique, que nous proposons depuis 2016. La prochaine étape pourrait être de s’appuyer sur une intelligence artificielle pour faire de la prédiction de marché. Cette approche supposera toutefois de favoriser la montée en compétences des professionnels, notamment des négociateurs, qui ne doivent plus être considérés comme des commerciaux, mais comme des experts de la gestion locative, de la copropriété, de l’urbanisme…

Faut-il également accompagner les agents immobiliers sur le volet de la rénovation énergétique ?

Pour former nos professionnels aux enjeux environnementaux et leur permettre d’adopter une posture de conseil en matière de rénovation énergétique auprès des propriétaires bailleurs, nous avons signé un partenariat avec l’ADEME. Mon sentiment, c’est que nous devrons être exigeants vis-à-vis de nos agents immobiliers avant de les mettre face à notre clientèle. Nous pourrions par exemple leur demander de valider un cursus de formation précis avant d’accompagner nos clients sur ce volet. Si nous souhaitons faire monter nos professionnels en compétences, le caractère obligatoire de la formation ne doit pas nous effrayer. Sur ce sujet, mieux vaut être ambitieux.

Quels sujets aimeriez-vous voir émerger à l’aube des élections présidentielles ?

Je ne sens pas une vraie volonté, chez les candidats à l’élection présidentielle, de porter les questions du logement. Nous avons, en France, un nombre de logements insuffisant, notamment dans les zones tendues et dans celles qui le deviennent depuis la pandémie ainsi que des projets à l’arrêt car aucun foncier ne se libère pour les promoteurs. Il faut secouer le cocotier une bonne fois pour toute et arrêter de considérer qu’une incitation fiscale suffira à augmenter l’offre de biens sur le marché ! Même si j’ai été à la présidence d’ORPI pendant 4 ans, je n’ai aucun pouvoir auprès des politiques et je me sens démunie face à cette absence de volonté. Je subis le marché, comme de nombreux professionnels.

Quelles mesures aimeriez-vous voir se réaliser ?

Sur le marché de l’ancien, qui est celui que je connais le mieux, l’enjeu est de favoriser l’accès au logement pour tous. Pour autant, il ne faut pas opposer les bailleurs sociaux et privés. Nous avons aussi besoin des investisseurs particuliers pour répondre à la demande du marché. Le message que je souhaite faire passer, c’est que les bailleurs privés ne sont pas de vilains petits canards : il faut leur donner un statut, une raison d’être. Mais c’est un message qui n’est pas entendu par les politiques, aucun candidat ne semble vouloir prendre à bras le corps ce sujet. Ce que j’attends d’eux, c’est qu’ils osent ! Les professionnels de l’immobilier attendent cet élan depuis longtemps.

Au cours du Congrès de la FNAIM, la ministre du Logement Emmanuelle Wargon a indiqué que le temps de l’immobilier n’était pas celui de la politique… Qu’en pensez-vous ?

Je le comprends parfaitement. Il est impossible de vouloir faire bouger les lignes et d’inscrire ses actions dans un calendrier de cinq ans. Sinon, c’est de la cosmétique. Pour autant, en ce qui concerne l’encadrement des loyers par exemple, l’analyse des impacts n’est pas réalisée assez rapidement. En réalité, cette mesure ne diminue pas le montant des loyers. Pire, elle dessert les professionnels de l’immobilier puisque les propriétaires préfèrent louer leur bien par leur propre biais, sans respecter l’encadrement des loyers. Ils le font en toute impunité, notamment dans les zones les plus tendues où les locataires n’ont aucun autre choix que d’accepter des logements à des loyers surévalués.

L’écosystème des acteurs de l’immobilier se consolident : les réseaux se rapprochent, fusionnent… À quoi ressemblera l’avenir d’ORPI dans ce contexte ?

 Orpi est, comme L’Adresse, l’un des derniers réseaux qui n’aient pas été rachetés, certainement parce que le modèle de coopérative n’est pas « bankable » aux yeux des financiers. Nous continuons à nous battre comme « d’irréductibles gaulois » ! J’ai vu trop d’entreprise de l’immobilier perdre leur âme, du fait de leur actionnariat. Si ORPI développe sa dimension conseil et qu’il accompagne les Français dans leurs projets immobiliers, je pense qu’il a un avenir, y compris si le marché des agences se consolident. Nos professionnels devront toutefois avoir un rôle d’informations envers leurs clients, dès l’étape de l’estimation de leurs biens, notamment sur le volet de la rénovation énergétique.

 

 

Aurélie Tachot

Aurélie Tachot est une journaliste spécialisée dans l'immobilier, qu'elle aime aborder sous le prime des innovations, notamment technologiques. Après avoir été rédactrice en chef de plusieurs médias spécialisés, elle collabore avec Le Journal de l'Agence afin de rédiger des articles d'actualité sur les acteurs qui font l'immobilier d'aujourd'hui et qui feront celui de demain.

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