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« Les effondrements urbains dus aux fontis », Dominique Boussuge, Pathologiste – Expert

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L’effondrement du sol en surface dû à la déliquescence souterraine des terrains porteurs est un phénomène méconnu et sous-estimé.

photo : les fontis

Paris n’est pas Marseille… La capitale est-elle pour autant à l’abri d’un effondrement d’immeubles, comme celui survenu rue d’Aubagne il y a deux ans ? A Paris et dans sa proche banlieue, les effondrements urbains dus aux fontis (effondrement du sol en surface causé par  la déliquescence souterraine progressive des terrains porteurs comme les cavités enfouies, naturelles ou anthropiques) sont une réalité, mais le risque continu d’être sous-estimé, balayé d’un revers de la main. Et pourtant, les accidents ne manquent pas : en juin 1961, un  effondrement d’une ancienne exploitation de craie à Clamart (Hauts-de- Seine) détruit tout un quartier de la ville. Avec un bilan humain  de 21 personnes décédées et 45 blessées. En 2015, un fontis de 6 mètres de diamètre se forme sur la chaussée de l’impasse privée de la Cité Saint-Chaumont dans le 19e arrondissement de Paris. La cause ? La dissolution d’une carrière de gypse. Et très récemment, le 28 juin 2020, au 47 rue Manin (Paris 19e), en bordure du parc des Buttes Chaumont, un fontis d’environ 10 mètres de diamètre s’est formé sous un immeuble et il ne reste actuellement que du vide sous le trottoir de la ville. Serait-il dû à la rupture du gros collecteur des eaux noires  qui a fait dissoudre le gypse présent dans le soussol et a créé un fontis par rupture d’une cavité souterraine ? L’expertise est en cours…

Si à Paris les exemples ne manquent pas, malheureusement, la capitale est loin d’être un cas isolé. En réalité, toutes les grandes villes de  France sont confrontées au risque d’effondrement urbain dus aux fontis. L’Inspection générale des carrières ne connaît que 10 % des  cavités souterraines  à Paris et 30 % seulement des carrières ont été identifi és dans la France entière. En fait, elles sont répertoriées au fil  de l’eau, lorsque se forme un fontis ! À Paris, par exemple, la superficie des zones exploitées par des carrières sous-terraines est de 3 140 hectares, soit 40 % de sa superficie totale qui seraient sous-minés sans qu’on ne sache exactement où ; 245 immeubles présentent déjà
un risque de dégradation de leur bâti et 20 ont été placés sous arrêté de péril, ce qui correspond à une situation où les occupants sont en
danger.

Nos sous-sols : un gruyère

Comment en est-on arrivé là ? Pendant des siècles, les sous-sols ont é té exploités pour construire villes et banlieues. Ils ont été creusés pour extraire la pierre. Jusqu’à l’apparition du béton. Toutes les grandes villes de France sont donc impactées par ce phénomène. Aujourd’hui, le sol est instable et toutes ces cavités souterraines menacent la stabilité des bâtiments. Elles sont à l’origine de différents risques de mouvements de terrains tels que les effondrements du sol et les affaissements de terrain appelés fontis. Le terme de fontis  désigne aussi bien le mécanisme d’effondrement que le cratère observé en surface. Le fontis est un effondrement localisé, il s’agit d’un  phénomène propre aux cavités situées à faible profondeur. Le risque ? Que le vide sous l’immeuble déstabilise la structure, démantibule  les ouvertures, jusqu’à former un trou béant, voire faire s’effondrer l’immeuble.

Eviter le défaut de devoir de conseil

Depuis le 1er juin 2006, vendeurs et bailleurs, le cas échéant les agences immobilières qui interviennent dans la vente ou la location, ont l’obligation de fournir à l’acquéreur ou au locataire un état des risques relatifs à l’immeuble concerné, établi moins de six mois avant la  date de conclusion du contrat. Les agents immobiliers qui opèrent dans toutes les grandes villes de France doivent donc se sensibiliser à  ce sujet. Le site https://www.georisques.gouv.fr/permet de se renseigner sur les risques naturels et technologiques liés à un un bien et éviter ainsi d’être attaqué pour défaut de devoir de conseil.

Sur place, que faut-il repérer ? Les fissures et les ouvertures qui présentent une dissymétrie. Ces éléments laissent à penser qu’il y a une  carrière en sous-sol. Ensuite, seule une étude du sol pourra dire précisément s’il y a un risque. Repérés assez tôt, les fontis peuvent être  consolidés et leur développement maîtrisé et stoppé par différentes méthodes de reprise en sous-oeuvre. Des renforts du ciel de ces cavités  peuvent-être mis en oeuvre par la création de voûtes et piliers maçonnés, mais arrêter la progression d’un fontis ancien est souvent impossible.

 

QUE FAIT L’INSPECTION GÉNÉRALE DES CARRIÈRES ?
L’Inspection générale des carrières renseigne les particuliers, maîtres d’oeuvre, notaires, géomètres ou entreprises spécialisées sur la  nature du sous-sol des parcelles et sur les risques associés. Conscient des risques majeurs qui proviennent des carrières de craie et de  gypse, pourquoi ne rebouche-t-elle pas ces cavités, qu’attend- elle ? Des effondrements comme à Marseille ? Sans relâche, depuis plus  de quinze ans, j’échange des courriers avec la gouvernance de la République (ministres du Logement, présidents de la République) pour demander de rendre obligatoire un diagnostic des structures, mais sans succès, je ne suis pas entendue. Pourtant, il y a urgence à avoir  un contrôle technique des bâtis car les pathologies présentent sur les structures permettent de savoir s’il existe une instabilité de  l’ouvrage et d’anticiper l’évacuation des personnes pour éviter des drames comme celui de Marseille.

Souvent, les syndics de copropriété ou les agents immobiliers sont mis en cause dans des effondrements, mais que peuvent- ils faire ? Ce ne sont pas des experts en pathologie du bâti les copropriétaires ne votent pas toujours les travaux  indispensables par manque d’argent !

 

Dominique Boussuge

PATHOLOGISTE - EXPERT TECHNIQUE & SCIENTIFIQUE OUVRAGES BÂTIS & OUVRAGES D’ART - PROTECTION & SAUVEGARDE DU PATRIMOINE MONDIAL - EXPERT INTERNATIONAL - CONFERENCIERE - FORMATRICE - PROFESSEURE AFFILIEE EN ECOLE SUPERIEURE

Depuis 1990, Dominique parcours le monde à la sauvegarde du patrimoine, elle exerce la fonction d’Expert technique et scientifique en Ouvrages Bâtis et Ouvrages d'Art et de Pathologiste national et international
Depuis l'an 2000, elle forme, partout en France et à travers le monde, des professionnels de l'immobilier et du bâtiment issus de tous horizons (Ministères étrangers, Ingénieurs structures, Agents immobiliers, Experts immobiliers, Banques, Promoteurs, ...) pour ses connaissances en Pathologie des ouvrages bâtis et ouvrages d'Art.et référencée Datadock.
Elle est professeure en école supérieure de l'immobilier et intervenante dans diverses Facultés en France comme à l'international pour les formations diplômantes.
Dominique est Membre du Jury à l'Université de Paris Panthéon- Sorbonne en Master 2 Ethires, pour la philosophie appliquée en entreprise, en responsabilité sociale et environnementale.

Elle a innové dans la formation en mettant en oeuvre les OUTSIDE TRAINING, afin d’optimiser les formations en pathologies des ouvrages bâtis, elle propose une innovation. Ces formations sont dispensées, au travers de visite en extérieure, sur des bâtis sélectionnés par les stagiaires ou au détour de ruelles empruntées.
Elle a souhaité traversé les frontières des murs pour vivre la formation différemment.

Elle effectue en France comme à l'International? toutes missions d’Audit, d'Expertises, d'Etudes, de Conseils ou de Formations pour : Les Etats et Ministères étrangers, Les offices publics, Le Patrimoine National, Les Maîtres d'Ouvrages (missions d’A.M.O.), Bureaux d'Etudes, Entreprises, Gestionnaires de patrimoines bâtis, particuliers, Université, Organismes d’Enseignements supérieurs ou de Formations, et tous les acteurs de l'Immobilier.

contact@lesexpertsvauban.org
06.23.69.61.65

PUBLICATIONS D'OUVRAGES:
Pathologies des ouvrages bâtis niveau 1,
Pathologies des ouvrages bâtis niveau 2,
Pathologies dans les copropriétés
Pathologies des ouvrages d'Art

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