Après deux années de crise, le marché immobilier ancien retrouve de la dynamique en 2025, porté par la baisse des taux et le retour des projets d’achat. Hausse des volumes, retour des primo-accédants, tensions persistantes sur l’offre et crise locative… Yann Jéhanno, président de Laforêt France, dresse un état des lieux du marché et livre ses priorités pour consolider la reprise en 2026.
Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 pour le marché immobilier ?
L’année 2025 marque clairement un rebond du marché immobilier. Après deux exercices particulièrement difficiles en 2023 et 2024, nous assistons à un redémarrage soutenu par la baisse progressive des taux d’intérêt et par le retour des projets d’achat.
A l’échelle nationale, le volume de transactions dans l’ancien devrait franchir nettement le seuil des 900 000 ventes. Au sein du réseau Laforêt, nous enregistrons une hausse de 16 % du volume de compromis signés. C’est une véritable bouffée d’oxygène pour la profession.
De nouvelles tendances se dégagent-elles par rapport aux années précédentes ?
Plusieurs évolutions sont notables. La première concerne la typologie des acquéreurs : les primo-accédants progressent. Ils représentaient 30 % des transactions dans notre réseau en 2024, contre 35 % en 2025. Cette évolution est soutenue par le PTZ et par des conditions de financement plus accessibles, même si nous restons loin des niveaux d’avant-crise, où ils représentaient la moitié des ventes.
Cela étant, une partie importante des ménages reste exclue, faute d’apport suffisant ou de capacité d’emprunt compatible avec les exigences bancaires.
Deuxième constat : les investisseurs demeurent en retrait. Ils représentent 17 % des transactions en 2025, un niveau identique à 2024, mais très inférieur à celui d’avant-crise, où plus d’un quart des acquisitions relevaient de l’investissement locatif. Le marché ancien retrouve donc de la dynamique, mais certaines fragilités persistent.
Comment évoluent aujourd’hui les rapports de force entre vendeurs, acquéreurs et bailleurs ?
La reprise est avant tout portée par la demande. Sur les douze derniers mois, nous observons une hausse de 18 % du nombre de candidats à l’achat dans le réseau Laforêt. Ce sont des projets concrets, portés par des budgets définis et des ménages engagés.
En face, l’offre se reconstitue (+10 %), mais reste insuffisante pour rétablir l’équilibre, notamment en raison du déficit de logements neufs et de la rétention de certains propriétaires ayant acheté entre 2020 et 2022 à des prix élevés.
Résultat : le marché reste tendu. Les délais de vente atteignent en moyenne 98 jours en 2025, soit un jour de plus qu’en 2024. Les acquéreurs sont exigeants et sélectifs : charges de copropriété, fiscalité locale, performance énergétique, travaux à prévoir… tout est analysé avec attention. Côté vendeurs, certains surestiment encore la valeur de leur bien et ajustent leurs prix progressivement, voire suspendent leur projet.
Quid du marché locatif ?
La situation est critique. Dans notre réseau, en 2025, la demande locative a progressé de 11 %, tandis que l’offre a reculé de 13 %. Nous sommes face à un véritable effet ciseau, alimenté par la baisse de l’investissement, les contraintes réglementaires, la hausse de la taxe foncière et l’encadrement des loyers. C’est aujourd’hui l’accès au logement qui se ferme.
Quelles mesures permettraient selon vous de débloquer la situation ?
A mon sens, deux priorités s’imposent. La première concerne l’investissement locatif. Le parc locatif privé loge près d’un Français sur quatre et joue un rôle central dans notre société. Il est indispensable de restaurer la confiance des investisseurs, notamment à travers la création d’un statut du bailleur privé, offrant un cadre fiscal clair, stable et pérenne. Cette mesure, attendue de longue date par la profession, est plus que jamais incontournable.
La seconde priorité est la primo-accession. Il me semble essentiel d’aider les Français à devenir propriétaires. Dans cette optique, le PTZ est un outil puissant, mais il est aujourd’hui mal calibré. Le PTZ dans l’ancien ne doit plus être conditionné au zonage B2 et C, au nom de l’équité territoriale et de l’efficacité du dispositif. De plus, la quotité de travaux exigée, fixée à 25 % du coût total, est dissuasive. Elle devrait être revue à la baisse et recentrée sur des travaux de rénovation énergétique réellement efficaces.
Comment envisagez-vous l’évolution du marché immobilier en 2026 ?
L’année 2026 s’ouvre sur des fondamentaux nettement plus solides : des taux d’intérêt stabilisés autour de 3,10 %, des prix plus attractifs qu’il y a trois ans et une volonté affirmée des Français de concrétiser leurs projets immobiliers.
Dans ce contexte, nous pouvons raisonnablement anticiper une poursuite de la reprise des volumes de ventes, accompagnée d’un redressement modéré des prix, de l’ordre de 1,5 à 2 %, et variable selon les typologies de biens.
Après avoir évolué pendant 10 ans au sein d'un groupe spécialisé dans les médias étudiants, l’orientation professionnelle et la gestion de carrière, en tant que rédactrice en chef adjointe, Stéphanie Marpinard a choisi de travailler à son compte et collabore depuis à différents médias. Ses domaines de prédilection sont entre autres l'immobilier, l'emploi et les ressources humaines.