La reprise bridée par la remontée du chômage

Dimanche 10 janvier 2010, dans Conjoncture

La pro­duc­tion de cré­dits a pour­suivi son redres­se­ment au troi­sième tri­mestre. Si le point bas de la crise est net­te­ment dépassé, la reprise est clai­re­ment bri­dée par les effets que la remon­tée du chô­mage pro­duit main­te­nant sur la primoaccession.

En octobre 2009, les taux des prêts du sec­teur concur­ren­tiel (hors assu­rance et coût des sûre­tés) se sont établis en moyenne à 3,8 %. Depuis novembre 2008, ceux des cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers ont reculé de 135 points de base, pour reve­nir à leur niveau du prin­temps 2006. Alors que la baisse avait mar­qué le pas durant le mois d’août, le mou­ve­ment a repris dès sep­tembre à un rythme sou­tenu. Par cette baisse, les établis­se­ments de cré­dit sou­tiennent acti­ve­ment le mar­ché, bien que toutes les consé­quences de la crise finan­cière inter­na­tio­nale ne soient pas dis­si­pées et que la remon­tée des risques consé­cu­tifs à la pro­gres­sion du chô­mage érode leurs marges. En pro­po­sant des condi­tions de taux par­ti­cu­liè­re­ment attrac­tives, sur un mar­ché tou­jours très dif­fi­cile du fait de la dégra­da­tion du mar­ché du tra­vail qui para­lyse la demande, les établis­se­ments de cré­dit ont en effet per­mis aux mar­chés immo­bi­liers d’enrayer leur dégra­da­tion et d’entrevoir une pro­chaine sor­tie de récession.

Dans un contexte de baisse des taux de cré­dit, le niveau des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal emprunté est en net recul.

La demande pour­rait pour­tant plei­ne­ment béné­fi­cier de la baisse des taux puisque l’on observe une rela­tive sta­bi­lité des durées des prêts accor­dés depuis la fin de 2008 : en octobre 2009, elle s’est ainsi établie à 212 mois (220 dans le neuf et 232 dans l’ancien). Dans l’ensemble, les condi­tions de cré­dit sont tou­jours excel­lentes : le niveau des men­sua­li­tés asso­ciées à un même capi­tal emprunté est main­te­nant de près de 9 % infé­rieur à celui de décembre 2008 !

Une reprise rapide de la pro­duc­tion de crédits

Depuis six mois, l’indicateur de sol­va­bi­lité de la demande béné­fi­cie tou­jours de l’amélioration des condi­tions de cré­dit, mais il com­mence à encais­ser les contre­coups de la crise écono­mique sur le pou­voir d’achat des ménages et la remon­tée du coût des opé­ra­tions réa­li­sées (à un rythme annuel moyen de 1,3 %). Il se dégrade donc len­te­ment, d’autant que le recul de l’apport per­son­nel est main­te­nant rapide dans le contexte actuel de blo­cage du mar­ché de la revente et de trans­for­ma­tion des clientèles.

Entre le troi­sième tri­mestre 2008 et le pre­mier tri­mestre 2009, la pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers aux par­ti­cu­liers s’était effon­drée : – 44,5 % ! Dans son sillage, le mar­ché de l’ancien avait dévissé de 45 %, selon l’Observatoire de la conjonc­ture du Syn­di­cat natio­nal des pro­fes­sion­nels immo­bi­liers (SNPI). Mais dès le deuxième tri­mestre 2009, la pro­duc­tion s’est res­sai­sie, d’après l’Observatoire de la pro­duc­tion de cré­dits immo­bi­liers (OPCI). Après la « des­cente des quatre marches » débu­tée au prin­temps 2008, elle a en effet pro­gressé de 32,7 % d’un tri­mestre sur l’autre, récu­pé­rant une par­tie de la demande non expri­mée du début de l’année. Bien sûr, ce tri­mestre est habi­tuel­le­ment celui de la reprise sai­son­nière de l’activité, mais pour retrou­ver un mou­ve­ment d’une telle vigueur à cette période de l’année il faut remon­ter à 2005 et à la mise en place du nou­veau prêt à taux zéro (PTZ).

Le troi­sième tri­mestre confirme main­te­nant que le mar­ché a bien dépassé le point bas de la réces­sion : avec une nou­velle pro­gres­sion de 24 % d’un tri­mestre sur l’autre, le redres­se­ment de la pro­duc­tion de cré­dits est tout aussi spec­ta­cu­laire que son effon­dre­ment avait pu l’être. Il convient néan­moins de res­ter pru­dent avant de conclure au renou­veau d’une demande sou­te­nue « à bout de bras » par des condi­tions de cré­dit et des dis­po­si­tions publiques sans pré­cé­dent (ainsi, dans le mar­ché du neuf, compte tenu du niveau des taux d’intérêt, du dou­ble­ment du prêt à taux zéro, du cré­dit d’impôt au titre des inté­rêts d’emprunt… les taux d’effort des accé­dants sont à leur plus-bas depuis 1978 !). L’Observatoire du finan­ce­ment des mar­chés rési­den­tiels sug­gère plu­tôt que ne res­tent sur le mar­ché que ceux qui n’ont pas ou plus la pos­si­bi­lité de dif­fé­rer leur déci­sion (consti­tu­tion de ménage, trans­for­ma­tion fami­liale, mobi­lité pro­fes­sion­nelle contrainte…). Sur les neuf pre­miers mois de l’année 2009, la pro­duc­tion a dimi­nué de 27,2 % par rap­port à la période cor­res­pon­dante de 2008. Si elle s’est res­sai­sie au troi­sième tri­mestre, elle est tou­jours en recul de 10,5 % par rap­port à la même période de 2008.

Un mar­ché de l’ancien tou­jours hésitant

Si en 2008 le recul des mar­chés immo­bi­liers n’a pas été plus bru­tal, c’est en rai­son de la bonne résis­tance des flux de pri­moac­ce­dants à la pro­priété. Depuis le début de 2009, cette pri­moac­ces­sion est affec­tée par la mon­tée rapide du chô­mage et par l’extension des mesures de chô­mage tech­nique, mais aussi par la sup­pres­sion des heures sup­plé­men­taires et des primes dans les entre­prises tou­chées par la crise. Faute d’une sécu­ri­sa­tion satis­fai­sante des par­cours rési­den­tiels, les pro­jets immo­bi­liers des ménages expo­sés à ces risques sont donc repor­tés à des jours meilleurs, voire aban­don­nés.  Ainsi, le mar­ché de l’ancien a connu un nou­veau recul au troi­sième tri­mestre 2009, même si ce der­nier est de moindre ampleur que ceux consta­tés jusqu’alors : – 4,5 % par rap­port à un troi­sième tri­mestre 2008 déjà for­te­ment affecté par la crise. Il est vrai que le blo­cage du cir­cuit de la revente est loin d’être ter­miné : sa redy­na­mi­sa­tion sera longue tant que les reven­deurs res­te­ront blo­qués par des can­di­dats à l’achat qui « conti­nuent à lire » que les prix vont encore bais­ser. Compte tenu de l’activité consta­tée sur le mar­ché de l’ancien depuis le début de l’année 2009 (– 22,4 % sur un an, d’après l’OPCI, ce que cor­ro­bore le SNPI dans son der­nier obser­va­toire), le mar­ché de l’ancien ne devrait pas enre­gis­trer plus de 480 000 tran­sac­tions (sur loge­ments exis­tants, donc hors chambres de ser­vice, caves, garages et acces­soires) en 2009 : soit une baisse totale de près de 35 % en deux ans, pour une acti­vité reve­nue au niveau de 1991. Et pour l’heure, le redé­mar­rage, qui devrait se pour­suivre en 2010, ne devrait pas por­ter l’activité à plus de 525 000 transactions.

Michel Mouillart

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