La résurrection des taux révisables

Mardi 13 octobre 2009, dans Repère financier

La baisse des taux d’intérêts ren­force l’attrait des prêts à taux révi­sable. Mais un mini­mum de péda­go­gie s’impose pour expli­quer ces pro­duits com­plexes. Avec le retour à une nor­ma­lité de la courbe des taux, les offres de prêts à taux variable com­mencent à refaire leur appa­ri­tion, por­tées par des taux d’intérêts attrac­tifs et une évolu­tion récente de la loi sur leur dis­tri­bu­tion, suite aux décon­ve­nues de cer­tains emprun­teurs en 2007–2008. Alors : ins­tru­ment dan­ge­reux ou vraie bonne affaire?

Les prêts à taux révi­sable sont issus de la famille des prêts à taux variable

Le taux révi­sable implique une varia­tion de l’échéance de rem­bour­se­ment en fonc­tion de l’évolution de son indice de réfé­rence. Le taux révi­sable pon­dère cette varia­tion en n’effectuant une modi­fi­ca­tion de l’échéance qu’à une date anni­ver­saire contrac­tuelle (géné­ra­le­ment annuelle) et en tenant compte de toutes les fluc­tua­tions sur la période concer­née. Il gomme les à-coups.

Tou­te­fois, si l’indice de réfé­rence grimpe, l’échéance aug­men­tera d’autant plus qu’en cas de mou­ve­ment inverse l’impact de la baisse va d’abord être com­pensé par les hausses pré­cé­dentes. C’est pour­quoi ce type de contrat est sou­vent assorti d’un pla­fon­ne­ment des varia­tions (à la baisse, on parle de « floor », à la hausse de « cap ») ou d’une clause d’échéance constante, la varia­tion des taux étant dès lors impu­tée sur la durée de remboursement.

Les for­mules à taux révi­sable ont été source de sévères mal­en­ten­dus entre 2006 et 2008

Du côté des consom­ma­teurs d’abord. Séduits avant tout par un taux facial attrac­tif et un allon­ge­ment de la durée, ils n’ont pas tenu compte des mises en garde qui pou­vaient être faites ici et là. Quant aux ban­quiers, ils portent aussi leur part de res­pon­sa­bi­lité. Leurs cal­culs d’endettement pro­je­taient sur l’ensemble de la durée du prêt le taux d’appel ini­tial. En opti­mi­sant ainsi l’enveloppe de prêt, il était évident qu’une hausse des taux pro­vo­que­rait, en l’absence d’échéance constante, une envo­lée de la charge de rem­bour­se­ment. Autre mal­en­tendu, des clauses contrac­tuelles pas tou­jours limpides.

Les contrats poin­tés du doigt pré­sen­taient sou­vent une période ini­tiale « dopée » par un taux d’appel. Du coup, dès la fin de la période boni­fiée, le taux était recal­culé sur la base des condi­tions de mar­ché. Avec le mou­ve­ment bru­tal de hausse, les cor­rec­tions ont été sévères et les emprun­teurs se sont vu pré­le­ver des échéances cor­res­pon­dant à 120, 140 voire 160 % de l’échéance initiale.

Enfin, les ban­quiers se sont mon­trés défaillants en matière d’information sur les contrats en cours. En effet, la hausse conti­nue des taux et l’absence de pers­pec­tive de baisse auraient pu déclen­cher une mesure excep­tion­nelle d’information aux emprun­teurs afin de pro­po­ser un pas­sage en taux fixe, ou du moins une alerte. Mais ils se seraient alors expo­sés à une vague impor­tante de rené­go­cia­tions ou de rachats anti­ci­pés par des concur­rents. Ils ont parié sur une accal­mie et ont été à pos­te­riori stig­ma­ti­sés par les asso­cia­tions de consom­ma­teurs et les médias.

Les pou­voirs publics ont dû inter­ve­nir pour pal­lier les déra­pages des établis­se­ments financiers.

Devant cette situa­tion, le minis­tère des Finances a émis un cer­tain nombre de recom­man­da­tions. Désor­mais, la loi Cha­tel du 1er octobre 2008 oblige les établis­se­ments finan­ciers qui dis­tri­buent ce type de prêts à plus de trans­pa­rence (infor­mer les clients des risques liés à la nature des taux, four­nir une simu­la­tion sur la base d’un scé­na­rio vrai­sem­blable et sur celle d’un scé­na­rio de forte hausse, pro­po­ser ou pré­voir une alter­na­tive en taux fixe) et inter­dit l’existence de taux d’appel « trompeurs ».

Mal­gré un contexte por­teur, la part des taux révi­sables dans les cré­dits immo­bi­liers reste faible

Avant la crise de 2007, la part des prêts à taux variable dans les cré­dits immo­bi­liers était mon­tée à plus de 10 %. Après une quasi-disparition durant ces deux der­nières années, elle remonte pro­gres­si­ve­ment grâce au dif­fé­ren­tiel attrac­tif par rap­port aux prêts à taux fixe.

Ce manque d’intérêt repose sur plu­sieurs cri­tères. Le consom­ma­teur fran­çais, dans sa géné­ra­lité, n’est pas adepte d’une prise de risque sur son endet­te­ment. Et il reste d’autant plus pru­dent face à une infor­ma­tion sur­mé­dia­ti­sée sur la situa­tion des emprun­teurs dans les pays anglo-saxons ou en Espagne, régions où le taux variable est la règle. Face à lui, l’emprunteur a un ban­quier qui, étant lui-même consom­ma­teur, n’est pas un ven­deur très convaincu par ce type de prêt. D’autant que trau­ma­ti­sés par les années 2007–2008, les établis­se­ments finan­ciers rechignent à dyna­mi­ser leurs forces de vente sur ce type de prêts. Enfin, le légis­la­teur ren­force cette atti­tude en enca­drant l’endettement plus sévè­re­ment que dans tous les autres pays libéraux.

Le taux révi­sable, une solu­tion for­mi­dable pour emprun­teurs avertis

Avant tout, l’emprunteur doit connaître le risque qu’il encourt réel­le­ment lorsqu’il sous­crit un cré­dit à taux révi­sable. S’il est indis­pen­sable d’étudier sérieu­se­ment l’impact sur les men­sua­li­tés d’une hausse des taux d’interêt, il ne faut pas oublier d’envisager aussi les effets posi­tifs en cas de baisse des taux.

Pre­nons le cas d’emprunteurs qui ont contracté un prêt avec des taux révi­sables autour de 6 % il y a quelques mois et qui se retrouvent actuel­le­ment avec un taux tombé à 2,8 ou 3 %. Pour eux, l’incidence de la baisse va pou­voir géné­rer des rac­cour­cis­se­ments de durée de rem­bour­se­ment de deux à cinq ans, sur une durée ini­tiale de vingt à vingt-cinq ans. Le prêt à taux révi­sable avec échéance constante est bien adapté aussi pour l’investissement loca­tif. Dans ce cas, la hausse des taux se tra­duit alors par un allon­ge­ment de la durée du cré­dit. Comme cette dis­po­si­tion est pré­vue contrac­tuel­le­ment, elle est oppo­sable aux ser­vices fis­caux. Ceci signi­fie que les inté­rêts payés durant la période de pro­lon­ga­tion pour­ront tou­jours être impu­tés sur les reve­nus loca­tifs encaissés.

Enfin, les prêts à taux révi­sable sont une oppor­tu­nité pour les jeunes accé­dants. En effet, on sait que, sta­tis­ti­que­ment, la pre­mière acqui­si­tion n’est conser­vée que pen­dant sept à huit ans. En cas de revente, le prêt sera rem­boursé par anti­ci­pa­tion. Comme les inté­rêts sont plus impor­tants les pre­mières années, dis­po­ser d’un taux d’intérêt plus faible minore le coût du cré­dit et accé­lère la phase d’amortissement sur le capital.

En conclu­sion, sauf aver­sion à ce type de cré­dit, com­plexité de cal­cul qui rende incom­pré­hen­sible le contrat et les moda­li­tés d’évolution, ou cré­dit des­tiné à être conservé sur une durée supé­rieure à dix ans, il y a toutes les rai­sons de s’intéresser à ce type de contrat. Mais l’intervention d’un cour­tier demeure là encore une sécu­rité, car ce der­nier véri­fiera l’adéquation du contrat avec la psy­cho­lo­gie, la stra­té­gie d’investissement et l’intérêt de l’emprunteur.

Bruno Rou­leau.
Direc­teur asso­cié du cour­tier in&Fi crédits.

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