Maison et intimité

Lundi 19 janvier 2009, dans Coaching

Perla Serfaty-Gazon est socio­logue et psy­cho­logue. Cher­cheuse, elle est connue pour ses tra­vaux sur l’appropriation du chez-soi.

Qu’elle est la part du visible et du caché de ce ter­ri­toire intime que nous pou­vons dévoi­ler à l’autre ? Réflexion sur ce rap­port maison-vie privée.

On peut habi­ter n’importe quel type de loge­ment et l’appeler « chez soi » pourvu que nous puis­sions le faire notre, y vivre en famille et y exer­cer notre hos­pi­ta­lité à l’égard des autres.

Nos gestes les plus ordi­naires (entre­te­nir, mettre en ordre, bri­co­ler, déco­rer) et extra-ordinaires (trans­for­mer, réno­ver, agran­dir) trans­forment notre mai­son et nous font dire qu’elle « nous ressemble ».

Par cette trans­for­ma­tion, nous ten­tons, en quelque sorte, de faire coïn­ci­der l’intérieur de notre mai­son avec ce que nous sommes à l’intérieur de nous-mêmes, à nos propres yeux.

L’appropriation est sou­vent humble et sans pré­ten­tion mais elle s’appuie sur de forts et longs inves­tis­se­ments finan­ciers et affectifs.

Elle sup­pose éner­gie et expres­sion de soi.

Elle trans­forme l’habitant. Agir sur son chez-soi et en être changé : là sont les racines de l’attachement au chez-soi.

Je suis d’autant plus attaché(e) à ma mai­son que j’ai rude­ment tra­vaillé pour qu’elle me res­semble. Et ainsi, d’une cer­taine manière, ma mai­son c’est moi, c’est le résumé de mon inves­tis­se­ment dans ma propre vie.

Le visible et le secret La mai­son a son avant-scène, qui est le salon — propre, ordonné, décoré — auquel s’ajoutent, de nos jours, cer­tains espaces tra­di­tion­nel­le­ment consi­dé­rés comme rele­vant des cou­lisses, tels la cui­sine et le bureau : c’est la face visible de la mai­son, celle de la mise en scène d’une inti­mité « sous contrôle » parce qu’offerte au regard du visiteur.

Elle a ses cou­lisses qui pro­tègent du regard d’autrui tous les gestes de l’habitant qui sont liés au corps (les soins, la sexua­lité, le som­meil) et ceux qui tra­duisent l’incessante lutte du propre contre le sale (l’entretien ména­ger, la les­sive) et la trans­for­ma­tion des matières (la cui­sine). La mai­son se vit ainsi : entre le mon­tré et le caché, le visi­bi­lité et le secret.

L’intimité se cache parce qu’elle est de l’ordre de la pro­fon­deur et non de la super­fi­cia­lité. Elle s’ouvre par­fois et dans cer­tains lieux, jamais au hasard. C’est pour­quoi la mise en dan­ger ou en dés­équi­libre du chez-soi – un démé­na­ge­ment, une perte à l’occasion d’une sépa­ra­tion, voire une visite impré­vue — désta­bi­lise l’habitant et lui fait craindre le dévoi­le­ment incon­trôlé de son intimité.

Parce que la mai­son est aujourd’hui, plus que jamais, consi­dé­rée comme un sanc­tuaire, toute visite, y com­pris celle d’un agent immo­bi­lier et d’acheteurs éven­tuels, porte en elle un poten­tiel d’intrusion.

  • Google Bookmarks
  • Yahoo! Bookmarks
  • Facebook
  • Twitter
  • Wikio FR
  • Digg
  • del.icio.us
  • Live
  • MSN Reporter
  • Netvibes
  • Yahoo! Buzz
  • blogmarks
  • PDF
  • Print
  • email
  • RSS

Qu'en pensez vous?