Tirer les bonnes leçons de la crise

Lundi 11 janvier 2010, dans Dossier

Après deux années de fortes tur­bu­lences, le mar­ché donne des signes de redé­mar­rage. Mais la pro­fes­sion ne sort pas indemne de la tour­mente. Le point sur les ensei­gne­ments à tirer de la situation.

Si le plus dur semble passé, la crise est loin d’être ter­mi­née. Sans doute fau­dra t-il patien­ter jusqu’à 2011 pour retrou­ver la crois­sance et des chiffres plus ras­su­rants en termes de chô­mage. Selon René Pal­lain­court, pré­sident de la Fnaim, « le recul de l’activité s’établit à 20 % en un an ». Mais aujourd’hui, dans un contexte de baisse des taux, les pro­fes­sion­nels entre­voient une embel­lie. Cepen­dant, force est de consta­ter que cet opti­misme reste mesuré. Pour maître Bazaille, pré­sident de l’Institut nota­rial de l’immobilier, « la crise n’est pas der­rière nous, elle entre dans une phase de sta­bi­li­sa­tion. Il faut tou­te­fois se méfier, car si en 2007 on comp­ta­bi­li­sait en moyenne 820 000 tran­sac­tions dans l’ancien, elles chu­taient en 2008 à 670 000, et 2009 devrait s’achever sur 530 000 ventes envi­ron ». Dans ce contexte de mar­ché per­turbé et de plus en plus concur­ren­tiel, un double constat s’impose : d’une part, une baisse signi­fi­ca­tive des résul­tats des agences immo­bi­lières, aggra­vée par des hono­raires « à la casse », et, d’autre part, un nombre impor­tant de fer­me­tures d’agences et des réseaux fragilisés.

Hono­raires bra­dés et agences low-cost

Toute crise est pré­texte pour le consom mateur à recher­cher des écono­mies. Le sec­teur de l’immobilier n’échappe pas à cette règle, d’autant que cer­tains jour­naux conseillent de négo­cier les hono­raires des agents immo­bi­liers, favo­ri­sant ainsi un réflexe de mar­chan­dage, qui conduit hélas beau­coup trop d’agences à bra­der leurs com­mis­sions. La plu­part des res­pon­sables de réseaux s’en défendent, mais cer­tains avouent être inquiets de ce phé­no­mène qui se déve­loppe, encou­ragé par l’arrivée d’agences low-cost comme Effi­city. com., Meilleurs Agents.com, 4 % Immo­bi­lier…). Une dérive qui résulte d’un manque de pro­fes­sion­na­lisme et d’une insuf­fi­sance de for­ma­tion, trop de négo­cia­teurs étant inca­pables de pro­po­ser une véri­table exper­tise. Jean-Pierre Rouas, pré­sident de la Fnaim des Bouches-du-Rhône et fran­chisé Cen­tury 21, témoigne : « Mal­gré un mar­ché dif­fi­cile, mon hono­raire moyen aug­mente cette année, grâce à une pra­tique du man­dat exclu­sif et à un souci de qua­lité. » S’il est évident qu’un ser­vice de qua­lité jus­ti­fie des hono­raires élevés, la pro­fes­sion va tou­te­fois devoir s’adapter à la baisse du pou­voir d’achat et aux nou­velles règles du jeu (déve­lop­pe­ment d’Internet, accès aux bases de don­nées des notaires, concur­rence de nou­veaux acteurs, banquiers ou avo­cats). Une étude réa­li­sée par ERA Europe montre que la France est lea­der pour le taux des hono­raires (5,21 %), alors que les trois quarts des agents euro­péens pra­tiquent un taux de 3 à 4 %. Ces der­niers sont-ils pour autant moins effi­caces ? Une baisse des hono­raires passe obli­ga­toi­re­ment par une amé­lio­ra­tion de la pro­duc­ti­vité, et la bonne pra­tique du man­dat exclu­sif y contri­bue. « En temps de crise, il faut adap­ter sa struc­ture de coût à ses reve­nus en pra­tiquant le métier un peu dif­fé­rem­ment », remarque Chris­tophe du Pon­ta­vice, fon­da­teur d’Efficity. com. Ses recettes ? « Une bonne ges­tion et des volumes plus impor­tants, afin de pou­voir pro­po­ser des com­mis­sions réduites et de répondre à une attente légi­time du marché. »

Fer­me­tures d’agences en hausse

2009 a enre­gis­tré une sinis­tra­lité record en matière de défaillance d’entreprises immo­bi­lières. Un retour de bâton assez logique après dix années très favo­rables pour le sec­teur. « Nos entre­prises sont sou­vent des TPE fra­gi­li­sées car elles n’ont pas beau­coup de fonds propres, pré­cise René Pal­lain­court. Cette fra­gi­lité peut être un avan­tage car ces struc­tures fonc­tionnent à peu de frais. » La Fnaim a ainsi comp­ta­bi­lisé une perte de 300 adhé­rents sur 13 000. Au Syn­di­cat natio­nal des pro­fes­sion­nels immo­bi­liers (SNPI), Alain Duf­foux est satis­fait. « Nous comp­tons 400 adhé­rents de plus que l’an passé », se féli­cite son pré­sident. Chez les admi­nis­tra­teurs de biens, la crise a eu moins d’impact. « Le métier d’administration de biens est une acti­vité récur­rente car les man­dats sont annuels, lance Serge Ivars. En copro­priété, les pro­blèmes se sont ten­dus avec le vote des tra­vaux. » Un constat confirmé par le consul­tant Ber­nard Char­luet : « Dans l’administration de biens, on ne recense pas de fer­me­tures liées à la crise, et l’activité souffre glo­ba­le­ment moins que la tran­sac­tion. » Quant aux notaires, la pro­fes­sion a égale­ment été tou­chée de plein fouet avec la perte de 8 000 emplois. C’est égale­ment le cas dans les agences, où l’on constate une dimi­nu­tion impor­tante des effec­tifs, sur­tout chez les com­mer­ciaux. Pour Pierre Pozzo (huit agences dans la Manche), « l’accès à la pro­fes­sion est trop facile, trop de négo­cia­teurs, mal enca­drés et insuf­fi­sam­ment for­més, font miroi­ter de fabu­leuses pro­messes à leurs clients, qu’ils sont inca­pables de tenir. Nous consta­tons par ailleurs dans notre région une recru­des­cence de ven­deurs “Tuper­ware” qui exercent sans for­ma­tion, sous cou­vert d’une carte d’agent com­mer­cial trop faci­le­ment distribuée. »

Réor­ga­ni­sa­tion et formation

Pour faire face à cette nou­velle situa­tion, les pro­fes­sion­nels s’organisent. « Nous avons mis à dis­po­si­tion de nos adhé­rents une hot line – qui n’a pas eu un suc­cès fou­droyant, sinon au début de la crise, regrette le pré­sident de la Fnaim. La plu­part de nos adhé­rents appe­laient pour savoir com­ment trans­for­mer un contrat sala­rié en contrat de tra­vailleur indé­pen­dant. Depuis la ren­trée, nous avons égale­ment ouvert un forum animé par un expert-comptable. » Chez les notaires, des prêts ont été accor­dés, avec la Caisse des dépôts, aux études pour sou­te­nir leur tré­so­re­rie. « La crise a eu l’avantage de faire redé­cou­vrir le droit de la famille aux notaires », indique Pierre Bazaille. Quant aux études qui fai­saient de la négo­cia­tion, selon lui, elles ne s’en sortent fina­le­ment pas trop mal Pour Valery de La Bou­ra­lière, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion et des par­te­na­riats chez Cen­tury 21 France, « la réor­ga­ni­sa­tion du mana­ge­ment de nos agences a été ini­tiée dès la fin de 2007. L’équipe des consul­tants Century21 France, qui accom­pagnent les agences sur le ter­rain, a été consi­dé­ra­ble­ment étof­fée. Nous avons mul­ti­plié les for­ma­tions et adapté notre cata­logue de stages aux attentes et aux besoins du moment ». Même démarche chez ERA France. « Nous avons mis en place pour 2010 un pro­gramme de for­ma­tions gra­tuites et décen­tra­li­sées pour les com­mer­ciaux. Par ailleurs, les indi­ca­teurs d’activité dont nous dis­po­sons nous per­met­tront de déce­ler des signes de défaillances, et d’intervenir immé­dia­te­ment pour sou­te­nir une agence en dif­fi­culté », témoigne éric Allouche, direc­teur exé­cu­tif adjoint. Sur un mar­ché en crise, le pro­fes­sion­nel de l’immobilier ne rega­gnera la confiance des par­ti­cu­liers que s’il s’engage sur la voie du sérieux et de l’éthique. Selon une étude récente réa­li­sée par l’Ifop, pour le réseau Guy Hoquet, 68 % des Français ont une mau­vaise opi­nion des agents immo­bi­liers. Les attentes expri­mées dans cette étude sou­lignent l’expression d’un besoin de conseils et d’accompagnement de qua­lité à toutes les étapes d’un projet immo­bi­lier. Les mesures qui sont prises vont dans le bon sens.

Gérard Bor­not

  • Google Bookmarks
  • Yahoo! Bookmarks
  • Facebook
  • Twitter
  • Wikio FR
  • Digg
  • del.icio.us
  • Live
  • MSN Reporter
  • Netvibes
  • Yahoo! Buzz
  • blogmarks
  • PDF
  • Print
  • email
  • RSS

Qu'en pensez vous?